‹ La démocratie et le travailChapitre 15 sur 46 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

pédagogues de la Destinée qui ferment les yeux sur le présent et décident de ce qui adviendra dans le plus lointain avenir.

La révolution par abstention des producteurs ouvriers, — à supposer qu'ils soient unanimes, — ne peut aboutir parce qu'elle a contre elle une armée inliniment plus nombreuse et plus puissante, l'armée des consommateurs, dont le producteur ouvrier lui-même fait partie; de façon qu'il souffre tout le premier du mal qu'il voudrait faire aux autres.

La grève des électriciens a frappé une quantité de travailleurs, non moins intéressants que les ouvriers chargés de distribuer la lumière, par exemple, les typographes, les gens de théâtre, etc. Pour quelques jours, ils ont ri ou patienté. Mais si la crise s'était prolongée, i'I y aurait eu un soulèvement : aussi, M. Palaud se tient coi, ou n'agit que par des manifestations soigneusement localisées et délimitées.

La grève générale, arrêtant le travail de tous, suspend la nourriture de tous. Les « ventres » n'étudient pas la métaphysique. Si tout le monde a besoin, les organisateurs du pacte de famine passeront un mauvais quart d'heure. Faire, de tous les habitants d'un pays, des meurt-de-faim pour les enrôler, bon gré mal gré, dans la troupe révolutionnaire, c'est un rêve à rebours qui pro-

XXVllI LA DÉMOCRATIE ET LE TRAVAIL

voquerait tout autre chose que cet enthousiasme « héroïque » sur lequel compte un rêveur apocalyptique.

Les consommateurs sont les plus nombreux et les plus forts. Ils ont « de quoi » pour attendre, pour se défendre, pour s'éloigner au besoin et laisser passer l'orage, pour provoquer des concurrences, solder des défenseurs. Il n'y aurait pas tout le poids de la société organisée qu'il y aurait celui de la richesse accumulée; il y aurait les ambitions particulières, les interventions extérieures, les défections intérieures. Les chefs de la grève se chargeraient de la détourner et de l'enliser pour en recueillir seuls le profit.

Mais il existe une force de résistance plus générale encore et qui n'attendra pas que la lutte soit engagée pour intervenir : c'est l'opinion. 11 est prodigieux que ces polémistes J qui recourent sans cesse à elle, en tiennent si peu de cas. De même qu'on ne gouverne pas contre l'opinion, on ne fait pas de révolution contre l'opinion. Or, l'opinion n'est pas d'un parti, n'est pas d'une classe. Elle est, réellement, l'expression ÏÏé"~la Démocratie, de cet^e^démocratie qui * emb{;asse tout le peuple et non pas une certaine I partie du peuple et qu'on ne peut pas détruire. I Cela, c'est le roc.

I Ouand l'opinion aide un courant, il est irrésis- I tiblc; si elle se met en travers, il se perd et se

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