INTRODUCTION XXXIII
Quant au syndicalisme, iljoue toute sa partie sur la carte de la grève générale : mais il reporte luimême ses chances à un avenir très lointain. Le Maître a dit, à propos du « mythe » : « Tout en lui est imprévisible.» En attendant, il prétend éduquer les masses et les entraîner vers 1' « héroïsme ». Qui s'en plaindra? Si le syndicalisme doit réellement développer chez le peuple les plus nobles vertus, saluons-le, car il lui apprendra, en même temps, la tolérance et la mansuétude.
Ou la grève générale accompagnée de violences, avec un échec brutal et immédiat, ou une lente et longue éducation des classes ouvrières s'adaptant à la vie sociale futur^ par les organismes du travail professionnel : de toute façon, le socialisme, tel qu'il s'est manifesté jusqu'ici, est fini. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de « question sociale ». ' " ■'■■■^■"
La Réhabilitation du Travail.
La Morale de l'Effort.
Ce serait un étrange aveuglement de ne pas constater que la pensée révolutionnaire reste à l'état d'aspiration affirmée ou latente dans les masses, notamment dans les masses industrielles et urbaines. Comment nier la violence,
XXXIV i,A hk.mocuatie et lk travail
à peine contenue, du prolétariat, ce caractère hardi, provocateur, intrépide de l'ouvrier français? Un militant insiste sur ce trait, non sans l'exagérer un peu. « Ce qui caractérise, chez nous, l'ouvrier, c'est qu'il est audacieux et indépendant. Rien ne l'épouvante; il est au-dessus de tout respect, de toute autorité, de toute hiérarchie. Devant un ordre du pouvoir, tandis que le premier mouvement de l'ouvrier allemand est d'obéir, le premier mouvement de l'ouvrier français est de se révolter. Il résiste et proteste; il critique el s'insurge. Et il passe à l'acte immédiatement. II ne se demande pas, avant d'agir, si la loi lui permet ou non d'agir. Il agit, et voilà tout. . . ^ »
Encore une fois, l'auteur crâne un peu. Pourtant, en gros, le portrait est ressemblant. Oui, la lutte des classes subsiste. N'est-ce pas la vieille querelle des pauvres contre les riches, qui ne finira qu'avec les inégalités sociales, avec la misère, avec les malechances et les injustices, c'est-à-dire avec l'Humanité?
Sans que les incidents — en somme secondaires — qui se sont produits aient, jusqu'ici, touché le tuf inébranlable sur lequel repose la nation, ils ont causé une sorte de trépidation et d'inquiétude qui aurait des suites bien fâcheuses
l. Griffi:elhes, Caractèy^e du Syndicalisme français. (Conférences internationales d'avril 1907).