‹ La démocratie et le travailChapitre 20 sur 46 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

si elle développait une prédisposition à la panique par la permanence d'un pessimisme trembleur : avoir peur, c'est être à moitié vaincu. Par contre, l'effet serait salutaire si cette émotion incitait des bonnes volontés, chaque jour plus nombreuses, aux études plus attentives et aux sacrifices nécessaires.

Si l'infaillibilité socialiste ne sait pas tenir ses promesses, il appartient à la Démocratie, c'est-àdire à la nation, maîtresse de ses destinées, de remplir les siennes. Ce n'est pas en se détournant des problèmes, ou en les rapetissant au cadre d'une opération de police qu'on les résoudra. Il faut porter la vue plus haut et les traiter dans leurs rapports avec l'évolution de la pensée humaine. Tout système politique et social réalise une psychologie et une métaphysique. Saint Louis était le phénomène de saint Thomas d'Aquin, Louis XIV vivait selon la doctrine de Bossuet, la Convention, Napoléon, selon celle de Montesquieu et de Jean-Jacques.

On reproche surtout, à notre temps, de manquer d'idéal.

Qui sait ?

Combien ûv, n>i> n csL-il pas arrivé, au cours des siècles, qu'une époque avant d'avoir discerné, en elle-même, le principe de sa grandeur, s'en inspirait inconsciemment. H y a un christianisme

antérieur au Christ, une réforme avant Luther, une révolution avant la Révolution.

Notre âge suit peut-être, aussi, une direction intime et encore obscure. Il marche vers une étoile qu'il n'a pas nommée, mais qui lui est un pôle.

Cette foi nouvelle, qui naît peu à peu dune lente évolution de l'âme humaine, c'est, à mon avis, l'adhésion unanime à la loi du travail joyeusement accepté, honoré, réhabilité.

L'homme a toujours travaillé; jamais il n'a aimé, choisi, préféré le travail, commo il \p fnit maintenant.

La conception aristocratique de la destinée humaine — avec son corollaire, l'esclavage — telle que l'avait conçue l'antiquité a pu, seule, dépouiller le travail de l'honneur qui est le sien. Les vertus militaires, indispensables aux premiers âges, refoulèrent au plus bas degré d'estime les vertus domestiques. Les guerriers protégeaient, par les armes, le peuple des travailleurs et lui faisaient payer, en argent et en humiliation, le prix du risque couru, par eux, « noblement » sur les champs de bataille.

Dans la suite des siècles, la suppression de l'esclavage et du servage a eu pour suite la diminution progressive des aristocraties et des féodalités. «Un homme vaut un homme», tel fut l'évangile nouveau. Au fur et à mesure que Thu-

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