‹ La démocratie et le travailChapitre 21 sur 46 · INTRODUCTION XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXVII

manité s'égalisa, le travail se réhabilita. Nous sommes arrivés à l'époque où cette tendance, longtemps indécise, s'affirme dans les mœurs et dans les lois, dans les esprits et dans les cœurs. Demain il sera banal de penser qu'un homme n'est un homme que dans la mesure où il tra vaille.

Travailler, c'est réaliser un idéal.

Parmi les paradoxes de Karl Marx, il n'en est pas de plus téméraire que celui qui prétend imposer à l'histoire une explication uniquement matérialiste. Non, le « ventre » n'est pas tout l'homme.

La vie a, certainement, pour premier objet de s'entretenir elle-même, soit individuellement, soit collectivement à la surface de la terre. Mais, c'est le propre de l'énergie humaine qu'elle tend à s'élever au-dessus de la nécessité immédiate : ses ressources nerveuses lui permettent de viser au delà.

L'ambition de n'être pas seulement un animal plus ou moins plantureusement nourri distingue l'homme, parmi les êtres vivants. En s'arc-boutant sur lui-même, il s'élance toujourTplus haut. Le sauvage réfléchi qui, en arrangeant quelques morceaux de bois, créa la première machine, le jeune berger qui chercha, en la racine du buis, les linéaments d'une image sculptée, le riverain de la mer qui osa se confier aux flots,

/ l'ingénieur contemporain, fils de ces ancêtres I anonymes, qui s'éleva dans les airs ne songeaient I guère à la satisfaction de leurs besoins maté- \ riels : quelque chose en eux les appelait et leur \ volonté. 'Féx'al tant à la peine, ne voulut (Voiitor Vqué cette voix.

L'fijomihe a d'autres besoins que le besoin. Il a besoin d'aimer; c'est la première extériorisation de sa puissance; il a besoin de se sacrifier : c'est l'issue débordante du trop-plein de sa force; enfin, il a besoin d'imposer sa marque aux choses matérielles : c'est Tépanouissément complet de sa nature conquérante et ambitieuse : en un mot, le développement normal de l'animalhomme et de l'humanité se gradue ainsi qu'il suit : vivre, aimer, souffrir, créer.

La plénitude des facultés ne trouve son emploi que dans cette lutte constante, cette tension de la volonté triomphant de la paresse corporelle et mentale. En dépit de la malédiction biblique, Adam aime que la sueur coule de son front : sa nature ne s'achève que par l'effort.

L'effort est une vertu, l'éducation de l'effort est une morale, parce qu'elle canalise et emploie le trop-plein des facultés individuelles que la philosophie antique laissait déborder et que la morale chrétienne prétend contenir. Qui travaille prie : prier c'est tendre sa volonté vers un désir, travainer, c'est tendre sa volonté vers un acte. .

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