INTRODUCTION LXI
il y a le conllit des intérêts et aussi le conflit des âmes !
Mais cet idéal, ce « mythe d de la pacification méritent bien d'être affirmés, si difficile et si lointaine qu'on en suppose la réalisation.
Est-il impossible de se représenter l'image d'une société où l'union lentement élaborée des deux agents de la production. Tentreprise et la main-d'œuvre, serait un fait accompli? La nation est devenue un vaste atelier où tout le monde s'applique en vertu de>règles et de tarifs librement débattus et consentis ; les conflits individuels ont leurs juges dans les groupements professionnels, les conflits des groupements professionnels ont leurs juges dans les Conseils du travail exerçant la vigilance publique, aménageant les forces vives de la société. L'État s'abstient ou n'intervient que pour maintenir l'ordre et la paix. Il est le bras séculier. 11 assume le rôle que le parte guel fa \0Mdi si longtemps à Florence, quand l'Morence, dans l'éclat de sa splendeur, était une République professionnelle sous le régime des Arts ou xMétiers. Ainsi, toutes les parties de la Société agissent ensemble et combinent leur mouvement simultané donnant, du môme entrain, le coup de collier. Pas de forces perdues, pas de gaspillage, pas d'exploitation possible, toute violence inutile, parce que toute injustice est surveillée et réprimée. Le frottement réduit au minimum.
Ce progrès, la loi ne peut pas, seule, l'accomplir : il y faut les mœurs. Les mœurs vont en s'adoucissant ; l'évolution se fait, partout, et en tout, vers la conciliation et la paix. Pourquoi en serait-il autrement dans le domaine (lu travail, c'est-à-dire au point essentiel de la vie sociale?
Quelle étrange contradiction de voir, en cette époque de pacifisme, les protagonistes du désarmement et de l'internationalisme tenir en réserve la violence, comme une balle en la giberne, pour leurs collaborateurs, leurs compatriotes , leurs parents !
A bas la Barricade!
Quelle que soit l'exagération des thèses et des systèmes, il est un arbitre suprême qui se chargera de mettre tout le monde à la raison et de faire la police des idées, c'est l'opinion.
L'opinion s'est grandement éduquée, dans ces derniers temps, sur les choses qui paraissaient, jadis, le domaine réservé des savants et des économistes : elle ne se laisse plus piper aux mots; elle va au fond des choses. Elle distingue, elle pèse le pour et le contre entre le producteur et
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le consommateur, puisqu'elle exprime les aspirations de l'un et de l'autre; elle s'instruit par les faits, par les expériences répétées; elle juge; elle aura le dernier mot.
Encore une fois, nous sommes d'accord avec les théoriciens du syndicalisme, si, en vérité, leur système n'est qu'une entreprise d'éducation des prolétaires en vue du règlement de la question sociale. Mais nous nous séparons d'eux, quand ils affirment que cette éducation, cet entraînement aboutiront dans un temps plus ou rtioins éloigné, mais aboutiront fatalement, à une crise violente. Entre les deux systèmes, entre les deux tendances, Topinion prononcera.
<( Professeurs de paix sociale », nous dit-on I Eh bien, soit! Mais nous prenons nos leçons, nous-mêmes, auprès d'une maîtresse que l'on ne peut désavouer, l'humanité. L'humanité, dans la marche continue de son développement historique, a toujours voulu la paix. Les hostilités, les violences ont été déplorées, dans tous les temps, comme le résultat de terribles malentendus. Il faut la témérité intellectuelle de notre époque pour que des appels pareils à ceux qui se sont produits puissent être proférés et entendus. Jamais l'apologie de la brutalité ne s'est réclamée si hardiment de je ne sais quel héroïsme millénaire. Seuls, jusqu'ici, des maréchaux victorieux avaient vanté si audacieusement la guerre!
Oui, il y a, sur la question du travail, une mentalité à refaire, un « héroïsme » à développer, mais il ne peut y avoir qu'un objectif : la réhabilitation du travail lui-même, car il est, à lui seul, rhéroïsme, l'abnégation, la justice.
A refaire cette mentalité, tous doivent s'employer : les publicistes en produisant au lecteur troublé ces formules heureuses qui s'incrustent dans les mémoires; les agents de l'éducation nationale en scrutant, avec une vigilance avertie, les aptitudes individuelles et en préparant, d'avance, le recrutement des métiers^, les groupements, en ne se laissant ni intimider ni séduire, et en tenant pour suspects les conseils téméraires de la direction sans responsabilités; et puis les familles en montrant l'exemple de la concorde, les pères en donnant celui de la modération et de la sobriété, les femmes en acceptant le premier de leur devoir, la maternité. Chacun à son œuvre, chacun à sa tâche, chacun à son travail! C'est le minimum d'effort moral qu'on puisse demander à l'humanité.
D'ailleurs, volens, nolens, cet effort elle le fait.
1. 11 y a un mot, dans la préface des Réflexions de G. SoREL, qui suffirait presque à corriger le dangereux paradoxe de son livre : « Mon ambition est de pouvoir éveiller parfois des vocations ». C'est là tout, en effet : « des vocations » !