‹ La démocratie et le travailChapitre 35 sur 46 · LE P"" MAI · texte numérisé non relu

LE P"" MAI

toujours besoin de se rapprocher, de se grouper, comme ils ne peuvent marcher seuls, — sauf les très hauts et les très puissants, — ils s'agglomèrent, immanquablement, autour de ce qui fait leur principal souci, leur principale ressource, leur raison d'être et leur espérance. Aujourd'hui, c'est le travail, c'est-à-dire la profession.

La formation sociale et politique que ces dispositions préparent, si elles aboutissaient, n'auraient rien d'insolite en histoire.

Dans la Florence du Moyen Age, la République, longtemps démocratique, fut une République « professionnelle », une République de corporations et de métiers. Aussi, M. Thiers disait-il, avec son universelle compétence et sagacité, qu'il n'y aurait pas, pour la démocratie française, d'étude plus utile que celle des annales florentines. On trouverait, sans doute, dans la série des phénomènes qui ont marqué la grandeur et la décadence de cette illustre cité, l'image de ceux que la société moderne tend à reproduire, et des erreurs dont elle pourrait avoir à se garder.

Quoi qu'il en soit, l'organisation sociale par catégories professionnelles est un cadre où notre jeune démocratie est en train de se ranger, et c'est ce cadre, devenu légal depuis 1884 et les

lois Waldeck, qui tend à s'élargir sous la forme nouvelle du socialisme : le Syndicalisme.

Qu'est-ce que c'est, en somme, qu'un Syndicat? C'est une association; une association devant avoir en vue exclusivement les intérêts communs de ceux qui exercent, au même titre, une même profession ; une association créant, entre ses membres, un contrat collectif et parfaitement défini par la loi. Aussi, M. Fournière, dans l'étude qu'il a consacrée à l'Association elle-même, montre-t-il le Syndicat, — complété par la coopérative de consommation, — comme une des formes les plus satisfaisantes parmi les groupements de faits qui doivent, selon lui, remplacer et absorber le socialisme doctrinal.

Le Syndicat réalise, pour le métier, cette tendance universelle à l'association qui, de plus en plus, s'empare de chaque individu, qui le saisit et l'entraîne dans toutes les manifestations de son activité, qu'il s'agisse de ses plaisirs, de ses jeux, de ses sentiments, de sa foi, de sa sécurité.

L'homme moderne devient, en effet, un multiple, un universel associé ; il s'inscrit sur les listes des mutuelles, des tourings, des amicales, des cercles, des chorales et des fanfares. L'asso-

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