INTRODUCTION V
résisté. Dans les études qui vont suivre, et qui ont paru au fur et à mesure des événements, je me suis efforcé d'expliquer comment et pourquoi. C'est un tournant historique, comme on dit, et il n'est pas inutile d'en conserver le souvenir.
Dans la présente Introduction^ je voudrais me placer surtout au point de vue de la Doctrine et essayer de dégager certaines indications plus générales. Dès maintenant, il est possible de relever le calcul de la courbe, de déterminer comment elle est arrivée à une extrême tension et comment elle revient, graduellement, vers une partie de la trajectoire moins raide et moins périlleuse.
L'Échec du Socialisme parlementaire.
Si nous assistons à une « faillite », il semble que ce serait plutôt à la « faillite du socialisme ».
En tant que parti parlementaire, un peut dire qu'il a échoué, aux yeux du grand public, quand il fut démontré que M. Jaurès manquait à l'engagement pris par lui, à la tribune, d'apporter, un jour, un programme de réformes et son esquisse de la société future.
L'opinion n'a pas le temps de se prêter au détail des évolutions individuelles : elle voit l'efTet des coups plutôt qu'elle ne les compte ou les mesure. Du moment où l'on avait mis le chef le plus notoire du parti au pied du mur et qu'il s'était dérobé, la chose parut jugée. Les regards se portèrent ailleurs.
Il y eut un autre ordre d'événements : ce furent les secousses qui se produisirent dans le parti au moment où quelques-uns de ses membres les plus considérables accédèrent au pouvoir et aux honneurs. Quand ils devinrent ministres, vice-présidents de la Chambre, etc., s'ils gagnèrent quelque prestige auxyeux des « bourgeois », ils perdirent toute autorité auprès des militants de « la classe ». Quand ils se furent associés, par leurs actes et par leurs votes, à certaines mesures qui s'imposent aux gouvernements ; quand, à la suite des majorités auxquelles ils liaient leur sort, ils votèrent contre les « principes », pour empêcher la chute de tel ou tel ministère sympathique, de ce jour ils brisèrent Tunité révolutionnaire : la grande coupure se produisit^.
1. « Ce n'étaient pas seulement des hommes nouveaux, les Jaurès, les Millerand, les arrivés d'hier du radicalisme, c'étaient aussi les militants anciens comme Guesde, les théoriciens de la lutte des classes, qui avaient affirmé, du haut de la tribune, leur foi légalitaire et apporté leur concours aux ministères de gauche. Dès 1893, le gouvernement de Léon Bourgeois avait obtenu l'appui systématique