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LA RÉPONSE DE MON FACTEUR

Personnellement, je n'en veux pas à notre soussecrétaire d'État. Je n'ai à lui reprocher en ce qui me concerne ni injustice ni passe-droit : il ne me connaît pas. Je suis un bien modeste rouage de la puissante machine.

Vingt-sept ans de services, la moustache grise, bon dossier, bonnes notes, pas de fiches ; ma femme encore valide et qui travaille, les mioches quasi élevés, je n'attends rien de personne. Quand l'heure de la retraite aura sonné, j'irai planter mes choux.

Mais, vous l'avez dit vous-même, Simyan, c'est un mythe, c'est une abstraction ; en parlant de lui, je parle de ce qu'il représente et dont nous souffrons, — c'est-à-dire de l'arbitraire.

Voilà le mot lâché. Les camarades et moi, nous sommes cruellement blessés d'être livrés sans défense au caprice de ce que vous appelez l'autorité, et qui n'est, trop souvent, pour nous, qu'une coterie.

Nous voulons bien obéir à l'État, mais à la condition que tous soient égaux dans l'État. Pour que les fonctionnaires servent de bon cœur, il faut que leurs titres et leurs mérites soient équitablement appréciés. Or, la faveur a tout envahi. Nous réclamons contre la faveur, et nous réclamons le droit, notre droit: est-ce trop exiger?

Mettons que nous avons crié trop fort ; mais, comment nous faire entendre? Nous en appelons au public — maladroitement puisque nous le lésons; pourtant, c'est aussi sa cause. Il sera mieux servi s'il Test plus humainement.

Voilà ce que nous voulions dire et faire comprendre. En vérité, si nous y sommes parvenus, la misère des six cents camarades révoqués n'aura pas été en vain. Ils auront payé pour adoucir le sort des autres. Dommage ! Car, sauf quelques suspects et hurluberlus, ils ne sont pas plus mauvais que les camarades. Ils n'ont pas eu de chance, voilà tout. Comme il faut une discipline, ils paieront. Mais que, du moins, leur sacrifice serve à quelque chose !

Nous ne nous sommes pas insurgés contre l'Etat, comme vous le dites ; nous nous sommes révoltés contre des abus.

Vous vous plaignez de recevoir des demandes de recommandation. Et nous, est-ce que vous croyez que ça nous est agréable de les écrire? Chacun a sa fierté. Certes, nous aimerions mieux ne rien devoir à personne. Mais, puisqu'on n'arrive plus autrement; puisque du haut en bas de Téchelle, il n'y a plus que le piston, en avant la musique... Étonnez-vous, après cela, d'aboutir à une vraie cacophonie.

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