LA REPONSE DE MON FACTEUR
L'Élat n'est rien s'il ne représente pas la juslice, et voilà ce que nous réclamons de lui. *
Si, dans chaque service public, on trouve embusquée une bande qui, comme les anciens féodaux, vous fait payer, d'une façon ou de l'autre, un droit de passage; si quelques-uns ont mis l'embargo sur les affaires de tous ; si la moitié du pays doit désespérer jamais de le servir et si, même avec des sentiments formellement dévoués au régime, il faut s'incliner très bas devant quelqu'un qui n'est pas très haut, rien ne va plus. A force de serrer la vis, on arrête les engrenages.
Si les meilleurs sont mis hors la loi; si les godelureaux à peine sortis du surnumérariat sont bombardés aux hauts emplois; si nous retrouvons les fils à papa, avec d'autres papas, mais toujours 'aussi âpres à la curée, alors, les braves gens qu'on nourrit de couleuvres et de protestations vaines se fâchent et ils crient. Ils ont tort et, en serrant lavis davantage, on les empêchera décrier. Us se tairont; mais prenez garde, cela aussi a son péril. Les fonctionnaires doivent le respect à l'Etat, mais l'État doit des égards aux fonctionnaires. C'est donnant donnant, ou plutôt, romme on dit, partie lu;e.
Parce que nous avons voté la grève et que nos
meneurs l'ont laissée verser follement (ou peutêti^ trop savamment) dans la révolution anarchique dont nous ne voulons pas, avons-nous donc perdu tout recours?
Les 30.000 personnes qui, d'un commun accord, adhéraient aux premières résolutions, agissaient-elles sans motifs et sans raison? On leur opposait le refus sec d'une autorité alternativement maladroite et apeurée. Croyez-vous qu'il n'y ait rien de plus à faire?
On nous parle du « statut des fonctionnaires », on vante les futurs « conseils de discipline ». Bon! ne devinons-nous pas, d'avance, de quoi ils seront composés? Même élus, ils seront encore les fils de la coterie. Elle a tout envahi, tout occupé, tout dégradé. Les plus crânes aujourd'hui seront les plus soumis demain.
La force de l'administration n'est pas dans les lois et dans les règlements. Elle est en elle-même, dans sa loyauté, dans son équité, dans la fermeté de ses chefs, même à l'égard des influences, quelles qu'elles soient; elle est dans une indépendance réelle vis-à-vis des partis qui ont abusé de nous et dont nous ne voulons plus être les instruments.
Qu'on nous tienne donc en dehors des luttes et des compétitions pour le pouvoir et nous ferons
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notre devoir. On nous excite et on nous abandonne. Qu'on nous laisse à nos boîtes, à nos fils et à nos appareils, les choses n'en iront que mieux pour tout le monde. Je vous ai signalé le mal, aurez-vous le courage de le dénoncer? Nous voulons la justice. Un point, c'est tout.
Monsieur, puisque vous écrivez des lettres, écrivez-en donc une à M. Simyan. Notre cause n'a pas su se défendre, peut-être, parce qu'elle n'a pas trouvé un avocat. Si ce sont des tuyaux qui vous manquent, on vous en fournira; ma boîte ne chômera pas, soyez-en sûr, et vous recevrez votre courrier ponctuellement.
Quand vous aurez écrit votre missive, confiezla-moi. En voilà une qui ne sera pas sabotée!