INTRODUCTION IX
mais les débats; le drame n'est pas sur la scène, il est dans la coulisse.
Nulle leçon plus probante que la carrière des principaux protagonistes.
M. Jules Guesde est le véritable créateur du socialisme français. Il est sur la brèche depuis la guerre et la Commune. C'est lui qui fonda, en 1877, le premier journal socialiste, VEgalité,ai\ec le concours de MM. Emile Massard, Gabriel Deville, Gerbier, etc. On peut dire qu'il institua le parti le jour où il plaida pour lui-même et les premiers adhérents, en septembre 1878, et où il obtint, en môme temps que sa condamnation, sa première notoriété. M. Jules Guesde est un polémiste de valeur, un orateur sobre, une nature énergique et absolue, un esprit pénétrant mais rigide. Son corps étriqué, son visage pâle, sa chevelure abondante et noire, son regard fixe et perçant, le je ne sais quoi de fiévreux et de maladif qui émanent de lui manifestent l'inquiétude de l'apostolat.
Il fut longtemps le chef incontesté de la petite troupe qu'il instruisait et qu'il entraînait au combat. Sa pensée rectiligne et intransigeante, nettement révolutionnaire, restait, en même temps, résolument nationale, élatiste. Il entendait s'emparer du pouvoir pour refaire le inonde à son gré. II crut qu'il touchait au triomphe le jour où
il fut élu député. C'est alors qu'il nomma Roubaix le « La Mecque » de la France. Heureuses illusions des « élus»! Sa vie n'a été, depuis lors, (ju'une longue suite de luttes, d'efforts et de déceptions. Avant que le coq ait» chanté, il a été renié trois fois par ceux qu'il avait évangélisés.
Aujourd'hui, respecté par le gros du parti, il est durement traité par les états-majors K Combien de fois n'a-l-il pas dû s'opposer aux habiletés, aux finasseries, aux combinaisons suspectes, aux internationalismes imprudents!
Combien de fois se retira-t-il, avec une escorte peu nombreuse, sur le Mont Aventin de la « Doctrine »I 11 apparaît comme un ancêtre vénérable, mais encombrant : c'est le « Dictateur w !
L'ingratitude du parti à l'égard de J. Grfesde est phénoménale. Il y avait, dans l'erreur de celui-ci quelque chose d'élevé et de généreux qui lui nuisit plus, peut-être, que l'erreur elle-même. Sa perspicacité, sa sincérité, sa simplicité étaient gênantes. Ce grand-maître de l'illusion ne toucha
1. « L'étal dosprit tout spécial du citoyen Guesde fuit qur les actes inspirés d'une conception autre que celle qu'il s'est faite du monde moderne, constituent une déviation. L'antimilitarisme, le syndicalisme, sont des déviations... Vn syndicat ne doit être tii rouge, ni jaune, a dit J. Guesdr. il aurait pu ajouter, pour compléter sa pensée : « car il ikdoit pas être »... Comme on le voit, les procédés de J. Guesde montrent le peu de cas qu'il fait de l'organisation ouvrière... ». V. Griffuelhes. V Action syndicaliste, 1908, p. 52.