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I.NDIVIDL’ALISME. COMMÜ.MSME. DÉCEATU.VLIS.ATIO.'N

Toutes les idées, vraies ou fausses, émises par les diverses écoles politiques sur l’État et ses rapports avec l’individu, dérivent de leur manière de concevoir et de définir la société. Toute société comprend au moins deux éléments, l’individu et l’État, dont le juste rapport constitue la liberté et l’ordre, l.es sociétés modernes, en raison de leurs vastes proportions, en comportent trois : l'État, l’individu et la commune, indépendamment d’autres unités plus ou moins artificielles qu’on nomme cantons, comtés, arrondissements, départements, provinces. Droits de l’individu, droits de l’État, droits de la commune, voilà ce que la science politique a pour objet de bien définir. Or, il est une école qui absorbe l’individu dans l’État : c’est le communisme. Il en est une autre qui supprime l’État au profit de l’initiative individuelle : c’est l’mdtvidualisme. Il en est une troisième qui le supprime au profit de la commune : c’est la décentralisalion proprement dite. Toutes les autres écoles politiques ne diffèrent de celles-là que par des nuances et des degrés; elles s’y rapportent naturellement comme à leurs types primordiaux. Ces trois écoles elles-mêmes ont chacune pour principe une certaine conception de la société. Le communisme est la doctrine des philosophes qui assimilent l’unité sociale à l’unité intime et organique des êtres vivants. L’individualisme est la doctrine de ceux qui ne voient dans la société

DÉCEXTRALISATION.

qu'une collection d’indiviilus , simplement unis entre eux par l’intérêt et la raison. La décentralisation est la doctrine de ceux qui ne voient dans la société (ju’une agrégation de communes réunies par des nécessités ou des convenances géographiques.

L’école politique de V individualisme , qu’elle le sache ou qu’elle l’ignore, est la fille de cette philosophie qui ne croit qu’aux individus et refuse toute réalité objective aux universaux ; elle n’est que l’application de Vemiiirisme à la définition de la société. Si rutiii'crspf n’est qu’un mot , et que tout se réduise à de simples rapports d’individus, les seuls êtres réels, que peut être une société, sinon une collection d’individus? Les mots nation, peuple, cité n’expriment qu’une unité collective, un nombre, une abstraction; et l’État qui les représente n’est qu’une autre abstraction. C’est une institution qui peut avoir sa nécessité dans une société barbare et brutale où le droit est h la merci de la force, mais qui n’a plus de raison d’être dans une société éclairée et civilisée. On peut lui appliquer ce qu’un philosophe du siècle dernier disait des gouvernements : le meilleur est celui qui se fait le moins sentir. Le dernier mot de cette école est anarchie : c’est à dire liberté individuelle absolu^; suppression de toutes mesures restrictives, préventives et même répressives; plus de gouvernement, d’administration, d’autorité, sous une forme et dans une mesure quelconque (1); enfin 1a liberté individuelle se réglant elle-même sur l’expérience des conséquences de ses délits ou de scs crimes, conséquences plus funestes pour l’individu, qui en pâtit nécessairement, que pour la société, dont elles ne peuvent atteindre gravement la constitution. Dans cette doctrine, toute organisation sociale SC réduit à l’association volontaire et à l’assurance mutuelle. L’État est un mot de trop dans le dictionnaire politique ; le mot de Société lui-même n’y exprime que la somme des individus qui la composent. Toute loi écrite disparait devant la grande loi de la Nature, qui seule punit ou récompense l’agent moral ; tout système

(1) Sous ce rapport, la logique de M. de Girardiii est encore plus radicale que celle de M. Proudlion. C’est véritablement le dernier mot de l’individualisme.

2S4 IXDIVIDLALISME. — COMMUNISME.

de garanties sociales et politiques fait place à l’ordre éternel fondé dans les sociétés par la main qui a créé et maintient l'harmonie des mondes. Voilà l’idéal de l’école individualiste.

La plupart des publicistes de celte école sont trop sensés pour supposer que cet idéal puisse être réalisé dans l’état actuel des sociétés modernes, même les plus avancées. Ils savent que la société américaine elle-même en est encore fort loin , si faible qu’y soit l’action de l’État, en tout ce qui concerne l’administration. Ils en réservent donc l’application complète pour une époque plus ou moins éloignée, où l’éducation aura transformé la démocratie en une société de sages et de bienheureux. Néanmoins, si croyant que l'on soit à la perfectibilité indélinie des individus et des sociétés, il est diflicile de prendre celle utopie au sérieux. Comment supposer que, dans cette société de sages, il ne restera pas toujours assez de fous et de furieux pour troubler la pacifique anarchie des honnêtes gens? El les sages eux-mêmes n’ont-ils pas leurs heures de passion et de folie? Comment croire que, dans cette société de bienheureux, il n’y aura pas toujours quelques déshérités de la fortune qui seront bien tentés de s’en prendre à leurs voisins de leurs mécomptes mérités ou immérités? El, après tout, quand une société en serait venue à ce degré de perfection et de richesse où l’anarchie pourrait lui être appliquée sans grand danger pour l’ordre social, celte utopie n’en serait pas moins contraire à la définition même de la société. L’homme fût-il parfait, cela pourrait dispenser la société de faire des lois pour réprimer et punir, mais non de s’organiser de manière à faire prévaloir partout et toujours l'intérêt public sur l’intérêt privé, si légitime qu'il paraisse d’ailleurs. Les plus honnêtes gens, dans le mouvement absorbant de leurs affaires personnelles, ont besoin de règle, de mesure, de direction, soit pour rester dans les limites de la justice, soit pour s'engager dans les œuvres d’utilité générale. Enfin, on ne voit pas que, dans les êtres de la Nature, la perfection des éléments dispense de l’unité organique qui les fait vivre, agir comme de véritables individus. Il en est de même de la Société. Si parfaits que puissent être les hommes qui la

DÉCENTHAUSATION.

composent, la collection des individus ne formera une vraie société qu’autaut qu’elle sera organisée. Or cette organisation, quels qu'eu soient le nom, la forme et l’origine, n’est autre chose que l’État. Le jour de Yaixarchk ne doit donc jamais venir, quelque degré de perfection qu’atteigne l’Humanité. L’idéal de la démocratie n’est pas la suppression, mais la réduction de l’État aux fonctions et aux œuvTcs qui lui sont propres. Le vrai progrès démocratique consiste à le faire rentrer dans ses justes limites, sans lui rien enlever de ses véritables attributs.

Quant à cette autre école également contraire à toute centralisation , qui tend à substituer à l’action de l’État , non plus l'initiative individuelle, mais l’initiative communale, elle compte beaucoup plus de partisans. Dans ce système, une société n’est ps une collection d’individus, mais une agglomération de communes. La commune est l’élément constituant, le véritable individu de la Société. Voilà toute la différence. Du reste, les communes jouissent entre elles de la même liberté , du même laisser faire et laisser passer que les individus dans le système précédent. Pas plus d'État, pas plus d’administration générale; moins encore, s'il est possible, parce qu’une collection d’individus se passe moins facilement d’administration centrale qu’une collection de communes. L’indididu est un atome par trop incomplet pour se suffire à lui-méme dans ce pêle-mêle des passions et des intérêts divers; tandis que la commune est un tout qui trouve <iéjà bien des ressources dans la variété de ses éléments pour la défense de l’ordre et de la liberté., La commune est une cité, un État dans de moindres proportions. L’idéal du système serait l’indépendance absolue de la commune, possédant son administration complète, justice, police, armée, instruction, finances, travaux publics, etc., etc.

Mais la nature même des choses ne comporte pas cette perfection. L’indépendance absolue suppose un parfait isolement. En réalité, les communes ont entre elles des rapports de toute espèce, rapports d’industrie, de commerce, de science, de travaux d’utilité générale. Elles ont, d’ailleurs, des rapports avec l’étranger.

INniViniALlSME. — COMMLXISME.

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