‹ La democratieChapitre 28 sur 67 · SS · texte numérisé non relu

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qui réclament, dans certains cas et dans certaines crises, le concours de toutes les volontés, de toutes les passions, de toutes les forces nationales. Si la fédération américaine a triomphé des armées de IWugleterre, c’est parce qu’elle a eu affaire à des forces militaires peu nombreuses, et qu’elle a trouvé Washington. Ses échecs et la lenteur de ses progrès doivent être principalement attribués à la faiblesse du gouvernement central. Mais là n’est pas le côté le plus faible du système. La centralisation a ses dangers comme elle a ses avantages, même pour la défense nationale. A défaut de l’État, la nationalité reste, c’est à dire l’unité de sentiments, d’intérêts, d’idées qui animent cette vaste agglomération de communes. Le patriotisme a fait des prodiges dans tous les temps et dans toutes les conditions politiques et sociales. Où les vices de la décentralisation absolue se révèlent, c’est dans les rapports des communes entre elles et vis à vis de la grande Société dont elles sont les éléments. Si l’on descend aux conséquences pratiques de ce système, on tombe dans l’absurde et l’impossible. Qu’est-ce qu’une société où chaque commune aurait sa justice, son université, sa police, sa force armée, son système de finances et de travaux publies? Les sociétés les plus modernes avaient cru jusqu’ici avoir accompli un grand progrès en ramenant à un type, à un système unique toutes les singularités locales dont le moyen âge nous avait offert le pittoresque et anarchique tableau. C’était une erreur, s’il faut en croire les partisans de la décentralisation absolue. C’est l’unité, l’ordre, l’organisation qui seraient l’enfance de l’art; c’est l’incohérence, le chaos, l’anarchie qui en seraient la perfection. Quand une école politique en vient à ces extrémités, elle est jugée sans retour.

Encore si la liberté se trouvait à l’aise dans cette anarchie! •Mais l’école politique qui .supprime l’État au nom de la liberté oublie qu’il n’y a pas de pire tyrannie que celle de la commune. Car, si l’on veut que l’ordre et la paix y régnent, il faudra que l’autorité communale y soit forte, d’autant plus forte qu’elle est l’unique garantie de l’ordre, en l’absence de toute autorité et de toute administration centrale. Pour que la police y fasse respecter

UÉCEXTUALlSATinX.

les personnes, que la justice y fasse prévaloir scs arrêts, que la force armée en assure l’empire, que l’enseignement se développe sans obstacle, que les travaux d’art et d’utilité s’exécutent en temps convenable, que les linances y soicut bien administrées, il faudra y tendre tous les ressorts du gouvernement. Les sociétés de l’antiquité, les cités italiennes du moyen âge, les plus libres, les plus démocratiques, nous offrent de curieux exemples de ce despotisme communal. On y voit combien la police y est inquiète et tracassière, comme elle y atteint la vie privée aussi bien que lavie publique. La première peut rester fermée à l’œil calme et indifféreut de l’État, non au regard pénétrant et impiisiteur de la cité. La justice a, dans celle-ci, des rigueurs nécessaires en face des passions qui la contestent, inutiles quand c’est l’État qui la rend dans sa haute et tranquille impartialité. La force armée y a des violences, des brutalités que rend inévitables le sentiment de sa faiblesse et des obstacles qu’on opposeà ses exécutions. La dignité de l’enseignement, quant au choix et au traitement des maîtres, est à la merci des influences et des préjugés de localité. I.’État qui voit de haut les choses et les personnes, les apprécie, les juge, les traite avec d’autant plus d’équité et de mesure, qu’il est étranger aux préjugés, aux passions, aux discordes de la commune. Il intervient comme un arbitre , comme un juge, comme un maître désintéressé. J’entends l’État démocratique, identique avec la Société elle-même, dont il ne se sépare jamais; non ce faux État, mélange impur d’intérêts généraux et particuliers, qui se trouve personnifié dans un homme, une famille, une caste ou une classe de la grande Société. Celui-ci est trop personnel pour être un arbitre impartial, un juge équitable, un maître bon pour tous.

Ést-il besoin d’avertir que ces critiques ne s’adressent point à la libérale et salutaire doctrine d’une sage décentralisation? Sans nier les services et les droits de l’État, sans songer le moins du monde à supprimer les administrations générales de la police, de la justice, de l’université, de l’armée, des finances, des travaux publics, etc., de judicieux publicistes font à l’État sa juste part

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