‹ La democratieChapitre 29 sur 67 · INDIVIDUALISME. — COMMUNISME · texte numérisé non relu

INDIVIDUALISME. — COMMUNISME

réglée sur l’absolue nécessité, et réservent 5 la commune tontes les œuvres, toutes les affaires, toutes les institutions qui sont de son ressort et de sa compétence. Outre que ce système est dans le vrai, en retirant à l’État ce qui n’appartient point à l’État, il a le précieux avantage de préparer, de former les citoyens au gouvernementet à l’administration de la grande Cité nationale par l’exercice des droits et le maniement des affaires de la petite cité communale.

En face des deux écoles qui suppriment l’État au profit de l’initiative individuelle ou communale, on en rencontre une autre qui supprime celte initiative au profit de l’Étal. Abusant de la définition qui fait ressortir l’unité organique du corps social, cette école absorbe la Société tout entière dans l’Étal, sans tenir compte des éléments dont elle se compose. Elle oublie que ces éléments sont des hommes, c’est îi dire des personnes qui ne peuvent être réduites, à l’instar des choses, au rôle de moyens et d’instruments. Tantôt, préoccupée d’unité, d’ordre, de symétrie , de beauté, elle ne voit dans la Société qu’un Tout, dans les individus qui la composent que des parties, dans la politique qu’un problème d’architecture. Tantôt, empruntant sa conception ii l’histoire naturelle, elle assimile la société aux êtres vivants; elle fait des individus et des communes de simples organes à l’usage d’un Etre social, proclamé la seule, la vraie fin de toutes les activités individuelles.

Dans la première conception, la société n’est qu’une matière en quelque sorte, qu’il e.sl permis de traiter avec toute la liberté des procédés de l’art, pourvu qu’on en fasse une belle œuvre. Ici la machine, la statue, c’est l’Étal. I.a politique est un art; elle a jiour règle de sacrifier les details à l’ensemble. C’était le sentiment de ce grand artiste de l’antiquité, Platon, qui portait dans la politique, comme dans tout le reste, sa passion du beau. Et quand ce sentiment, fondé d’ailleurs sur une philosophie qui a le goût des ahstraclions, est encore fortifié par le spectacle des misères d’une démocratie en délire, et des austères institutions d’une aristocratie héroïque; quand le philosophe artiste a sous les yeux la

IIÉCEXTIULISATION.

république d’Allièues et la république de Sparte, rien n’est plus simple il comprendre que cette utopie de la Rêpubliqtie, dans un état social dont la première loi était le sacrifice complet de l’individu à la cité. Or beaucoup de doctrines modernes, qui ont soutenu la thèse de l’absorption de l’individu dans l’État, sont ou des commentaires de l’utopie de Platon, ou des souvenirs plus ou moins transformés des cités antiques.

Dans la seconde conception, la Société est une unité uatnrcUe et organique, un être véritable, parfaitement analogue aux êtres de la Nature, chez lesquels la vie est une dans la diversité de ses éléments matériels La dualité de l’oMie et du corps est la loi de l’étre social comme de l’être vivant. C’est l’État qui est l'dmc, et la collection des individus et des communes qui forme le corps. Le rapport des deux principes est le même dans l’ordre de la Société que dans l’ordre de la Nature : de même que les organes ont pour fin la vie générale de l’étre organiqne, de même les individus et les communes ont pour fin la vie générale de l’Élre social. Ce ne sont que des instruments au service d’un Principe supérieur qui seul a sa fiti en lui-même. De là le mépris des individualités, personnes ou communes, et l’exaltation de l’État. C’est la théorie la plus profonde qui puisse être donnée du communisme. Elle repose, comme on voit, sur une analogie empruntée à l’histoire naturelle.

Le communisme, sans ce.sse réfuté par ses consé(|uences pratiques, s’est presque toujours relevé par la théorie. C’est que les publicistes sont rarement assez philosophes pour remonter jusqu’aux principes de leur science. Toute doctrine qui prive l’homme de la liberté et le réduit à l’état de machine, est jugée par le bon sens et la morale, quelle que soit d’ailleurs la grandeur ou la beauté du but qu’elle se propose. Vainement elle parle de dévouement et de sacrifice, d’ordre et de salut social. Ces sublimes sentiments et ces nobles fins empruntent toute leur sublimité et toute leur noblesse de la liberté. Le sacrifice de la propriété, de la vie, des plus chères afl'ections domestiques à la cité n’est beau qu’autant qu’il est volontaire. L’ordre n’est d’un si grand

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