INDIVIDUALISME. — COMMUNISME
prix dans une société qu’autant qu'il résulte du concours des volontés libres. Lors même que le communisme atteindrait son but, et que, par l’action universelle et constante de l'État, il arriverait il faire une Société bien ordonnée, pui.ssante, matériellement heureuse, il n’en serait pas moins une dégradation de l’humanité, instinctivement condamnée par la conscience. Mais un principe vrai ne porte pas plus de funestes conséquences qu'un bon arbre de mauvais fruits. Si le communisme est déplorable dans ses conséquences, c’est qu’il est faux dans son principe. Qu’est ce en eiïet que ce principe, sinon une abstraction réalisée, c’est à dire l'État séparé de l’individu, et posé comme fin de la Société. Or là est toute l’erreur. C’est l’homme qui est la fin. L’État n’est que le moyen, moyen nécessaire, il est vrai, à l’accomplissement des destinées individuelles. La Société n’a pas pour but la force, la grandeur, la gloire de l’État ; c’est l’État, an contraire, dont l’organisation a pour but le progrès incessant de la moralité, de l’intelligence, du bien-être de tous les membres de la Société, L’État n’est donc pas le maître, mais le serviteur de la Société. C'est ce rôle qui lui confère tous ses droits sur l’individu et la commune. Lui qui peut tout pour la liberté, la moralité, l'éducation, le bonlieur des individus, ne peut rien absolument pour leur servitude, leur corruption, leur abrutissement, leur misère. Contre les droits de l'homme l’iitat n’a aucun droit. Le droit humain est aussi inviolable |)Our l’État dans une seule personne que dans la Société tout entière. En un mot, l’État est fait pour la Société, non la Société pour l’État.
Les doctrines communistes contemporaines, il faut le reconnaître, proviennent d’une autre origine. C’est l’économie politique plutôt que la philosophie qui les a inspirées. Elles ont jailli spontanément du spectacle des désordres et des misères d’une société livrée à l’aiiarcbie du laisser faire et du laisser passer. Ni le goût de la mécanique sociale n’égare leurs |)artisans, ni une analogie tirée de l’iiistoire naturelle ne les séduit ; ce qui les attire au despotisme de l’État, c’est le sentiment d uii tout puissant remède au mal social envisagé sous toutes ses formes. Ils trouvent qu’avant de
DÉCENinALISATIÜN.
vivre libres, il faut d’abord que les membres de la société vivent; en quoi ils ont parfaitement raison. Leur tort est de faire trop bon marché du reste. Ils oublient que le reste, c’eesl la liberté la dignité, la conscience, c’est à dire ce qu’il y a de meilleur, de plus humain dans l’humanité. Vivre d'abord, c’est la première loi des corps; mais vivre libre est la première loi des âmes. La misère du corps entraîne certainement la servitude de l’àme; nulle doctrine n’a mieux mis cette vérité en lumière que le socialisme. Mais parmi les écoles qui se réunissent sous ce nom, le communisme, en livrant tout â l’iuitiative et à l’autorité de l’État, se montre plus soucieux du bien-être que de la dignité de l’homme. Les sociétés humaines ne sont pas des troupeaux qu’il sullise de conduire dans de gras pâturages. Le gouvernement des âmes a de tout autres conditions, dont la première est la liberté. Est-il bcsoirTd’ajoutcr que cette critique du communisme contemporain ne louche en rien à ces écoles socialistes qui se préoccupent du bien-être du peuple, surtout en vue de sa moralité et de sa liberté?
Tous CCS systèmes ne sont guère acceptés dans leurs dernières conséquences que d’un très petit nombre d’esprits esclaves de la logique. On peut en admirer le parfait enchaînement et la rigueur géométrique; mais les hommes d’État les laissent généralement régner dans l’école. Néanmoins, s'ils ont peu de prise sur la politique pratique comme systèmes absolus, ils la gouvernent par leurs tendances et leurs principes, que tempèrent plus ou moins les vérités de l’expérience. Les logiciens à outrance sont rares et peu suivis; mais il ne manque pas d’écoles très pratiques qui font la part trop large, les unes à l’initiative individuelle, les autres à la commune, d’autres à l’État. La raison de ces divergences doit être cherchée dans le défaut de notions précises sur les vrais rapports de l’Individu, de l’État et de la Commune. Tous les bons esprits sont d’accord sur l’impossibilité de supj)rimer tel ou tel élément du problème politique, et sur la nécessité de les concilier dans une mesure convenable. La dilliculté est de trouver cette mesure, de définir la fonction précise, de déterminer la juste part de l’Individu, de la Commune et de l’État, dans le phénomène
Là DtMOCfUTIC. 15
l’individu.
complexe de l’économie sociale. Ou convient aisément que l'État, la Commune et l'Individu ont chacun leurs droits et leurs aflaires. Mais h quel signe reconnaître ce qui est l’œuvre de l’État, de la Commune, de l’Individu, ce qui est affaire publique ou privée? Tant que la ligne dedémarcation qui sépare ces divers départements n’a pas été nettement tracée, la confusion est bien naturelle, et Tusurpation inévitable, de quelque part quelle vienue. Mais avant d’en venir aux rapports, il convient de parler des termes. Qu’est-ce que l’Individu? Qu’est-ce que la Commune? Qu’est-ce que l’État dans la Société?