CHAPITRE VI
l’aümi.mstration démocratique.
L’adminislralioii publique se divise en un certain nombre de branches, dont les principales sont : l’université, la magistrature, la police, l'armée, les travaux publics, les finances. Il n’entre point dans le cadre qu’on s’est tracé de traiter à fond de ces diverses matières. Si l’on en parle ici, c’est uniquement au point de vue de la démocratie, objet véritable et unique de ce livre. On se bornera donc à y chercher l’application des principes démocratiques posés dans le livre précédent. Toutes ces administrations ont été singulièrement perfectionnées par les gouvernements, dans nos sociétés modernes. Le mécanisme en est très savant et très compliqué. On ne s’occupera, dans les chapitres qui suivent, ni de le décrire en détail, ni d’en éprouver les divers ressorts, ni d’en trouver les réformes possibles au point de vue de la perfection administrative. C’est aux livres et aux auteurs spéciaux qu’appartiennent ces recherches. Ici les seules réformes dont il puisse être question sont celles qui intéressent la démocratie et la lil)erté. Il s’agit de montrer jusqu’à quel point il est possible de démocratiser (qu’on nous passe le barbarisme) l’éducation publique, la justice, la police, l’armée, etc., etc., sans porter atteinte à la légitime institution de l'État.
En toutes choses, les systèmes simples, s’ils ne sont pas les plus pratiques, sont les plus séduisants. La centralisation et la décentralisation absolues ont leurs partisans nombreux et décidés. Mais l’une supprime l’État, tandis que l’autre supprime les libertés individuelles et communales. Or, rien n’est plus facile que de trancher ainsi les problèmes par la suppression d’un terme. Le dillicile et le vrai , ici comme en beaucoup d’autres questions, c’est de les résoudre par la conciliation des termes. Trouver le rapport des choses, voilà tout le secret de la science. On croit généralement, en politique, qu’il ne s’agit que de poser un prin-
l’ümversite.
ci[)C simple et d’en déduire toutes les conséquences. Les uns, partant du droit social et de la nécessité de l’État qui en est l’organe, justifient l’intervention de celui-ci partout où il s’agit d’un intérêt général. Ils n’ont pas de peine à faire rentrer l’administration communale dans fÉtat, et à réduire l’initiative individuelle à la gestion des affaires privées. Les autres, partant du droit individuel, ne veulent pas de limites à la liberté qui en est la conséquence, n’admettent l’autorité sous aucune forme et dans aucune mesure, suppriment toute espèce d’administration, même celles de la justice et de la police générale. Rien de plus simple et de plus faux que cette méthode; et c’est une grave erreur de croire que la démocratie s’en accommode mieux que les autres systèmes politiques. Le vrai problème, pour elle aussi, est de trouver le rapport de l’État et de l'Individu, de l’autorité publique et de la liberté des citoyens. Qu’elle fasse à l’initiative individuelle et à l’initiative communale la part beaucoup plus large que les autres gouvernements, cela n’est pas douteux; mais nul système politique n’a plus besoin que la démocratie d’un État puissant et respecté, en tout ce qui est son œuvre propre et son droit exclusif. C’est donc en réservant cette œuvre et ce droit, qu’il s’agit d’introduire, autant que possible, l’initiative individuelle jusqu’au sein de la centralisation administrative.