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CHAPITRE IX

LA JISTICE.

La police, dans le sens spécial du mot, comprend simplement le service de sûreté générale. Dans sa haute et antique acception, î7o>.iTsia, elle embrasse toute l’administration comprise aujourd'hui dans les attributions d’un ministère de l’intérieur. Ainsi entendue, la police doit être définie, l’administration qui veille à l’exécution des lois, soit par un contrôle exercé snr tous les services publics, soit en prêtant main-forte à la loi, partout où le besoin s’en fait sentir. Tout ce qui tient à l’exécution des lois, et des règlements qui s’y rattachent, est de son ressort. Sous ce rapport, tout rentre dans son domaine, justice, instruction publique, finances, commerce, industrie, armée. C’est cette administration qui met partout le bras et l’œil de l’État au service de la loi. Elle comprend les deux ministères de la police et de l'intérieur.

I.’institntion de la police proprement dite, dans nos sociétés modernes, n’a pas été moins perfectionnée que celle de la justice. A n’eu considérer que le mécanisme, il est impossible de voir

LA POLICE

quelque chose de plus ingénieux et de plus savant. Les gouvernements monarchiques ou despotiques en ont fait un chef-d’œuvre auquel il semble diHicile de pouvoir rien ajouter. Si elle a des progrès à faire, c’est dans le sens de la liberté et de la morale. .\dmirable maebine politique, la police monarchique a deux grands défauts aux yeux de la démocratie : 1“ elle emploie des hommes et des moyens peu compatibles avec la dignité de I Ktat; 2" elle se préoccupe beaucoup trop de .sa mission politique, et beaucoup trop peu de sa mission morale. Une police démocratique ferait tout le contraire. Elle se garderait de gêner la liberté des citoyens , en tout ce qui concerne l’exercice de leurs droits politiques; elle n’interviendrait que pour prévenir ou réprimer le désordre abandonnant à l’opinion [mblique éclairée le soin de seconder et de soutenir le gouvernement, s’il est véritablement l’organe des intérêts et des vœux du pays. Et, tandis qu’elle laisserait à la politique toute la liberté compatible avec l’ordre, elle veillerait mieux sur la morale publique, et ferait au moins rentrer dans l’ombre ces hideuses exhibitions du vice (pii déshonorent la civilisation moderne. Que la police respecte la vie privée, même dans son immoralité obscure, c’est le droit absolu des citoyens. La morale privée est une de ces questions qui dépassent tonte police, si généreuse et si efficace qu’elle soit, elle tient à des causes profondes, sociales plutôt que politiques. Eruits du scepticisme, de la mauvaise éducation, de la misère, les vices qui dévorent en ce moment toutes les classes de la société moderne ne peuvent être guéris que par une véritable révolution dans les doctrines et les institutions ('■conomiques, dans les principes et les procédés d’éducation. Mais ce que la police peut et doit toujours faire, c’est d’épargner à la morale publique ce honteux spectacle de prostitution, d’ivrognerie, de propos orduriers, d’acte de brutalité, qui révolte les honnêtes gens et corrompt la plèhc. La police des gouvernements monarchiques est tout à la fois trop rigoureuse et trop large : si elle ne laisse pas assez de liberté aux actes du citoyen , elle en laisse beaucoup trop aux ignobles passions de l’homme. La police démocratique serait plus libérale et plus sévère.

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