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I A POUCE

prévention amicale et de douce répression , laquelle d’ailleurs s’exerce sur des actes et des délits qui n’intéressent que la cité, et ne mettent en péril aucun service de l'État. Celle-là convient aux citoyens et à la cité. Comme elle est bien plus préventive que répressive, elle demande plus de tact que d’énergie. I.a police olFicielle de l’État n’a mission d’atteindre que les faits matériels qui éclatent à la surface de la Société: aussi n’a-t-elle besoin que d’un mot d’ordre pour agir. La police tout officieuse de la cité a une tâche tout autrement délicate à remplir. Il lui faut pénétrer dans l’intérieur des familles pour y chereber le germe des désordres qui menacent l’ordre de la cité. Elle a besoin pour agir, des renseignements intimes et moraux (I). Et cette autre police dont il était question tout à l’heure, la police des mœurs, quelle autorité peut .s’en mêler, sinon celle de la cité? Y a-t-il de meilleurs juges, des magistrats plus écoutés, en pareille matière, que les citoyens désignés par l’estime générale pour cette mission? Quelle autre main pourrait toucher à de pareilles plaies, sans les envenimer?

La même distinction est applicable à l’administration proprement dite. .V l’administration centrale appartiennent les affaires d’État ; à l’admini-stration communale et locale reviennent les affaires de la Commune, du canton, du département. Or, les affaires d’État, on l’a vu précédemment, se reconnaissent à ce signe qu’elles sont d’intérêt national. Quant aux affaires qui n’intéressent que la Commune, le canton, le département, l’État doit en laisser entièrement l’administration aux autorités locales, en se réservant le droit de surveillance, de contrôle et d’intervention directe dans les cas extrêmes oii l’incapacité notoire de la Commune impose à l’État la charge d’une tutelle provisoire. Telle est la part que la démocratie fait à l’initiative communale dans l’œuvre administrative. Cela simplifie singulièrement le rôle de l’administration centrale. Les préfets, sous-préfets, conseillers de

(1) Il va sans dire que cette police officieuse n’a point à s’occuper des honnêtes gens. Sa mission est toute de bienfaisance et de charité; elle ne s’étend que sur le vice et la misère.

LA POUCE

pi'cfecliire sont avant tout les organes de la politique du pouvoir exécutif; ils ont surtout à s’occuper des affaires d’État, c’est à dire d'intérêt général qui ont leur siège dans telle localité. Quant aux intérêts purement locaux, ils n’out d’autre mission que de les concilier, quand les autorités locales ne s’entendent pas, et d’en surveiller l’administration.

Dans un état monarchique pur, où le pouvoir central se fait sentir partout et à tout propos, la police tout entière est l’œuvre de ce pouvoir, à l’exclusion de toute initiative individuelle ou communale. Les citoyens n’y interviennent ni comme tels, ni comme magistrats ou fonctionnaires municipaux. C’est l’État lui-même qui fait toute la police, par l’ollice de ses propres fonctionnaires, préfets, sous-préfets, commissaires et sous-commissaires. Telle est la loi de toute monarchie, dont la raison d’être est la nécessité d’une tutelle pour les peujjlcs. Tout ce qui tend à émanciper les citoyens est contraire à l’institution monarchique. Or, n’cst-cc pas là l’effet infaillihie de la participation des citoyens à l’administration publique? Cela rend la tutelle inutile, et la démocratie inévitable, en habituant le peuple au maniement des grandes aflaircs de l’État, par une pratique quotidienne des petites aflaircs de la cité. La monarchie pure a trop le sentiment de sa conservation pour essayer des institutions qui tendraient à la supprimer dans un avenir plus ou moins prochain. 11 lui faut des citoyens passifs à tous égards, de véritables sujets incapables de toute initiative dans l’administration de la police, comme dans toute autre. Il lui faut des Communes nnneures, dans toute la force du terme, pour lesquelles sans cesse veille l’œil et agisse le bras de l’État. Point de monarchie pure sans une forte centralisation, tant administrative que politique.

L’État aristocratique s’accommode parfaitement de la décentralisation ; l’Angleterre en est un exemple. .Mais, s’il émancipe les provinces et les communes, c’est au profit d une classe privilégiée qui domine dans toute localité. Cette classe est partout maitresse, dans le comté, dans le canton, dans la Com?nune, aussi bien que dans l'État. Elle tient tout dans ses mains, la police comme la

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justice, l’aiiministralion muuicipalc comme l'administration générale. Le peuple est exclu de toute participation au gouvernement, et maintenu sévèrement en tutelle. La Commune a beau être libre vis-à-vis de l’Ktat; cette indépendance n’intéresse réellement que la classe des privilégiés, puisqu’elle seule y gouverne et y administre. Le peuple peut trouver dans la constitution aristocratique du pays une garantie de sa liberté civile contre les empiétements du pouvoir central ; mais il n’a pas plus de liberté politique sous cette forme de gouvernement que sous la monarchie pure. Et même, en général, il se résigne plus volontiers à la privation des droits politiques dans un ordre de choses où cette privation atteint également toutes les classes.

Il n’y a pas de vraie démocratie sans une certaine décentralisation ; autrement un peuple n’échappe à la monarchie que pour tomber dans le despotisme. Du moment où l’État se substitue en tout et partout à l’initiative individuelle ou communale, la cause de la liberté est perdue. Le peuple souverain n’en reste pas moins en tutelle; il n’a conquis que le droit de nommer et de changer ses maîtres. Or, comme un pareil état de choses n’est pas plus l'ordre que la liberté, et<ju’il ne garantit la Société ni contre les violences du despotisme ni contre les désordres de l’anarchie, l'État centralisateur ne manque jamais de se personnifier tôt ou tard dans un homme ou dans une famille, usurpation d’autant plus facile que le rôle tout passif des Individus les rend impropres à la résistance. La souveraineté du peuple a beau être inscrite en tête des constitutions : là où les citoyens sont habitués à sentir partout l’action de l’État, même le suffrage universel appliqué à l’élection des jiouvoirs souverains n’est point une sûre garantie de liberté. La centralisation absolue répugne donc à la vraie démocratie, tout autant qu’au gouvernement aristocratique. Mais, tandis que dans celui-ci la décentralisation est au profit de quelques-uns, dans celle-là elle est au profit de tous. La démocratie n’admet ni privilèges, ni classes, ni catégories; elle ne connaît point cette distinction des citoyens actifs et des citoyens passifs, qui a tant agité la France révolutionnaire. Il est possible que cette distinc-

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