‹ La democratieChapitre 49 sur 67 · L ARMÉE · texte numérisé non relu

L ARMÉE

l’association industrielle ou commerciale nomment leurs gérants, leurs directeurs et leurs administrateurs. L’État n’a que faire là comme ailleurs.

Une pareille milice, si elle est composée de citoyens courageux et animés du sentiment du devoir, aurait bien sa valeur; mais elle manquera de celte organisation et de celte discipline qui font une véritable année. L’élection des généraux par les soldats est absurde. L’élection des olTicicrs par le même suffrage n’est pas plus raisonnable que celle des juges par les justiciables, ou des administrateurs publics par les administrés. S’il n’y a plus de justice impartiale, plus d’administration intègre h espérer du magistral ou de l’administrateur qui doit sa fonction à tel parti ou à telle coterie dominante, quelle discipline attendre d’une milice qui fait et défait ses chefs à volonté? Quelle autorité pourront avoir ces chefs dont le grade dépend d’un caprice populaire? Où prendront-ils la force de faire respecter la consigne et le règlement? Pour qu’il y eût de l’ordre dans de pareilles conditions, qu’il y eût obéissance chez les soldats, autorité chez les ofliciers, il faudrait une armée de sages. Si l’intervention de l’État est nécessaire quelque part, c’est dans l’organisation et la direction delà force armée. On cite les premières armées de la Révolution, nommant leurs ofliciers; mais ce mode d’élection n’a pas duré assez longtemps pour être eompté comme exemple décisif. On oublie d’ailleurs que cela se faisait en face de l’ennemi. En temps de paix, où la nécessité ne fait plus loi, la discipline serait fort compromise. Il faut donc que la nomination des ofliciep appartienne à l’État, depuis le général en chef jusqu’au simple lieutenant. Il n’y a d’armée sérieuse qu’à celte condition.

Du reste, cette intervention de l’État n’a rien de menavanl pour la liberté. Quand même elle mettrait tout le corps des ofliciers dans les mains du gouvernement, que pourraient faire ces instruments de despotisme, au milieu d’une armée composée de véritables citoyens? Dans leur isolement, il leur serait impossible de rien tenter contre les libertés du pays. D’ailleurs, comme on ne saurait trop prendre de précautions contre les entreprises de

l’armée.

l’espril militaire, il serait bon que le corps des officiers se recrutât exclusivement parmi les soldats. On supprimerait toutes ces écoles où une éducation militaire mal entendue fait oublier les sentiments et les devoirs de la cité. L’instruction théorique et pratique, nécessaire aux fonctions d’officier, serait donnée à l’école du régiment. Les officiers de tout grade, depuis le sous-lieutenant jusqu’au général, seraient choisis par le ministre sur une liste d’officiers d’un grade immédiatement inférieur présenté par les divers conseils militaires. Chaque légion aurait son conseil présidé par le colonel. Au dessus de tous ces conseils serait un Conseil supérieur qui, entre autres attributions, serait chargé de la présentation des généraux de division, des généraux de brigade et des colonels. De cette façon , le corps des officiers offrirait toutes les garanties désirables de capacité, sans former une classe à part dans l’armée. On aurait une armée citoyenne dans toute la force du mot. On l’aurait d’autant plus que la fonction d’officier, pas plus que le service de soldat, n’empêcherait le citoyen de vaquer aux œuvres ou aux affaires de sa profession. Une pareille armée, soldats, officiers, généraux, vivant de la vie commune, ne pourrait perdre, ni ù la caserne, ni au camp, le sentiment des devoirs et des droits de la cité. Xds semblent les principes de l’organisation militaire dans une Société démocratique (1).

(1) Il ii’entre ni dans le but de ce livre , ni dans la compétence de l’auteur d’aborder^es détails de l’organisation militaire. C’est l’affaire des hommes spéciaux, pour cette administration comme pour les autres, d’accommoder les princiiies aux nécessités pratiques.

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