UF. U SOCIÉTÉ DÉMOCRATIQUE
nullement politique, de l’homme moderne, sous le règne des prêtres et des princes. C'est dans les républiques italiennes du moyeu âge qu’apparaissent les premiers types de société politique, types impurs et fragiles, formés â la hâte d’éléments hétérogènes, d’institutions romaines et de traditions féodales. D’ailleurs, le peuple au sein duquel s’élevaient ces brillantes cités n’avait pu, sous le double joug du pape et de l’empereur, assurer ni sa liberté ni son indépendance. Les communes du moyen âge étaient de pures institutions de défense contre les usurpations ou les violences des pouvoirs féodaux. Tout y était combiné, organisé, préparé dans ce but unique, sans respect des personnes et des droits qui leur sont inhérents. Les membres de la commune étaient plutôt des soldats que des citoyens; la liberté y était emprisonnée dans les statuts et les coutumes des corporations; le sentiment du salut public y faisait taire le sentiment du droit, bien faible encore d’ailleurs et bien obscur dans ces consciences du moyen âge privées de la vraie notion de la justice.
Les premières sociétés politiques vraiment dignes de ce nom sont l’Angleterre, la Hollande, les États-Unis d’Amérique et la Suisse. I.à le sentiment de la personne et du droit se fait jour plutôt qu’ailleurs, et se propage dans toutes les classes de la nation, noblesse, bourgeoisie et peuple, sous des formes très diverses de gouvernement. On y comprend généralement que le pouvoir, quelle qu’eu soit l’origine, aristocratique, démocratique ou monarchique, n’a pas droit absolu sur les personnes et sur les propriétés; qu’il est pour les individus des droits imprescriptibles et inaliénables que tout régime social doit respecter, et que les constitutions et les chartes ne font que promulguer. Le sentiment et le droit de l’égalité manquent encore à ces sociétés, mais le sentiment et le droit de la liberté suHiscnt pour en faire de véritables sociétés politiques. Bien que tous les membres de la nation ne participent pas également â l’élection des pouvoirs, et que même, dans plusieurs pays, certains pouvoirs y soient indépendants de l’élection et héréditaires, les droits sociaux , tels que Vhabeas corpus, le respect de la propriété, la liberté de penser
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et d’écrire, la liberté de transaction, d'association, de réunion, etc., etc., n’en sont pas moins garantis à tous les citoyens, quelle que soit leur condition.
I.a nation fran(;aise ne devient une société politique <ju’à partir de la Révolution. Jusque-là il y a bien des individus, nobles, bourgeois, prolétaires, qui ont le sentiment des droits de l’homme; mais les classes, noblesse, bourgeoisie, peuple, ne l’ont pas. Les luttes héroïques îles nobles, les courageuses résistances des communes, l’opposition des parlements, les plaintes des états généraux, les jacqueries des paysans tiennent à beaucoup de causes, parmi lesquelles il ne faut guère compter le sentiment du droit. C’est la philosophie du dernier siècle et la Révolution qui ont fait l’éducation politique de la nation française. Sauf les intervalles plus ou moins longs de dictature révolutionnaire ou militaire, la France, depuis 89, a joui des droits et des garanties constitutionnelles qui sont les conditions de toute société politique.
Après la France, et sous l’influence plus ou moins directe de la Révolution, la Belgique, la Prusse, la Suède et le Danemark, le Piémont, l’Espagne, le Portugal sont devenus des sociétés politiques, grâce au gouvernement parlementaire plus ou moins largement pratiqué. Comme les institutions ont leur cause première dans les nueurs, et qu’elles en tirent surtout leur force et leur vertu pratique, le gouvernement parlementaire ne garantit pas également aux citoyens le libre exercice de leurs droits sociaux, dans ces dilTérents pays. Tandis que les institutions représentatives sont complètement appliquées en Belgique et en Piémont; elles le sont incomplètement en Allemagne et dans le Nord, où le principe féodal n’a pas encore perdu toute sa force, cl où le principe monarchique est toujours prépondérant; elles le sont fort irrégulièrement en Espagne et en Portugal , où le prestige de la monarchie est encore très graixl , où la religion domine la politique et la justice, où l’armée est mêlée aux luttes des partis. Quant au reste de l'fLurope cl du monde, il ne faut pas y chercher de sociétés vraiment iiolitiques, sous les formes constitutionnelles on même ré|tublicaines qui en cachent la barbarie et la ser-