LE PERSONNEL ADMINISTRATIF
tique ne lui donnera ce qui lui manque, à lui et ii ses enfants, pour entrer en partage des droits et des bienfaits de la démocratie. Mais, à part cette grande et première cause d’inégalité, il en est d’autres qui pourraient être supprimées sans qu’il fût besoin de recourir à une révolution sociale. La création des bourses pour les intelligences d’élite dans les rangs populaires, la propagation de l’enseignement , l’institution du concours , la suppression du monopole des écoles , la simplification des programmes d'admission, sont autant de moyens de faciliter l’accès aux fonctions publiques. Sous tous ces rapports, il y a bien des réformes à faire, même dans les pays où la Révolution a fait disparaître les derniers vestiges de l’aristocratie féodale. Parce que la constitution a supprimé tous les privilèges, on se croit en pleine égalité; mais pour peu qu’on y regarde de près, on voit que dans la plupart des pays où a passé la Révolution, c’est la bourgeoisie seule qui a hérité des fonctions publiques. Il est vrai de dire qu’elle doit cet héritage à son éducation et à son travail. Mais qui lui permet de recevoir cette éducation? La richesse ou tout au moins l’aisance. Qui lui permet de se livrer à ce travail qui la rend digne des fonctions publiques? Le loisir. Richesse, loisir, éducation, travaux d’esprit, toutes choses incompatibles avec la pauvreté et la servitude des classes populaires, quelques trésors d’intelligence que la nature y ait semés ! Il suflira de jeter un coup d’œil sur les principales administrations de l’tlat pour rendre palpable cette grande vérité.
Depuis la Révolution , l’administration de la justice est ouverte à tous , chez la plupart des nations de l'Europe. Plus de privilèges, plus de vénalité des charges. Mais pour entrer dans la magistrature, il faut avoir longtemps fréquenté les collèges et les écoles spéciales. C’est une éducation trop dispendieuse pour les enfants du peuple. Quelques-uns, grâce à leurs heureuses dispositions, arrivent, par le système des bourses, à partager le bienfait de l’enseignement classique; mais s’ils ont le désir de pousser jusqu’à l’école de droit, qui est le chemin de la magistrature, les frais de plus en plus élevés d’inscriptions les arrêtent tout court. Il est clair que, par cette élévation, l’État a voulu signifier nettement au peuple
DANS LA DÉMOCItATlE.
que celte carrière n’esl point faite pour ses enfants. H y a une interdiction plus claire encore : c’est la faible rétribution des magistrats. Quand les enfants du peuple parviendraient à grand’peine et à grands frais à se faire ouvrir la porte du sanctuaire, ils ne pourraient s’y établir. Pour se faire et demeurer magistral, il faut deux choses qui manquent aux enfants du peuple, la fortune et la famille. Avec l’une , le magistrat s’accommode d’un traitement exigu; avec l’autre, il trouve la fortune dans une riche alliance. Que devient ici le beau principe de l’égalité inscrit dans la loi? Pour que ce principe soit une vérité, plusieurs réformes sont indispensables. Il faut : 1° que l’instruction préparatoire aux fonctions judiciaires soit mise à la portée de toutes les bourses, par la suppression des frais d’inscriptions , d’examen et de diplôme, au moins pour les (ils du peuple ; 2" que le traitement du plus humble magistrat soit assez élevé pour suffire au fonctionnaire qui n’a pas d’autre fortune.
Grâce également aux principes de la Révolution, l’administration politique est accessible â tous. Mais ces sortes de fonctions, exigeant dans l’état actuel de nos mœurs beaucoup de représentation, peuvent être considérées comme une occasion de dépenses plutôt qu'un moyen d’existence pour les fonctionnaires qui s’y dévouent. Un préfet, un sous-préfet pauvre fait fort triste figure. Les exigences de l’opinion vont jusqu’à regarder la pauvreté comme une véritable incapacité politique. Dans ce genre d'administration, un autre obstacle, c'est l’obscurité du nom et de la famille. I.es relations avec les personnes et les familles deviennent difficiles aux administrateurs d'origine trop plébéienne, là où la démocratie est bien plus dans la loi que dans les mœurs. C’est ce qui fait que, dans la nomination des préfets, des souspréfcls et des conseillers de préfecture, l’État se laisse guider par des considérations de fortune, de titres et de position sociale, plutôt que par le sentiment de la justice et du bien public , intéressé au choix des plus capables et des plus dignes. La République de 1848 avait voulu réformer cet état de choses en créant une école pour les fonctions politiques, comme il en existe