DE LA SOCIÉTÉ DÉMOCILATIQUE
vieiulront perfectionner, compliquer, raffiner celle civilisation, comment se maintiendra une égalité qui tient à la médiocrité, à la vulgarité même de l’éducation scientifique et littéraire? En attendant, avec toutes scs imperfections, la république de l’Union n’en est pas moins la seule démocratie qui existe aujourd’hui dans le monde.
La république helvétique travaille avec succès à le devenir dans un avenir peu éloigné; avec la tradition et les institutions du moyen âge qui dominent dans certains cantons, elle n’est pas encore, à l’heure qu’il est, une société uniformément démocratique.
Quant à l’Angleterre, â l’Allemagne, à la Hollande, aux nations Scandinaves, ce sont des sociétés encore essentiellement monarchiques et aristocratiques. Bien que haut placées, l’Angleterre surtout, dans l’échelle des sociétés politiques, par la dignité du caractère cl la culture de l’esprit, ces sociétés n’anuouceut pas encore, du moins par des actes décisifs et généraux , le sentiment et le goût de l’égalité. Toutefois, il ne faudrait pas présumer, comme on le fait communément, de leur avenir démocratique par la forme actuelle, monarchique ou aristocratique, de leur gouvernement. Un peuple, chez lequel l’école et l’église ont répandu et fait descendre dans le plus profond des masses les lumières et les idées morales, est de tous le mieux préparé, non seulement au régime de la liberté, mais aussi au régime de l’égalité. Il est possible que des causes historiques ou politiques y ajournent, pour un temps plus ou moins long, l’avénement de la démocratie. Mais on peut être assuré que celle société y marche,' et qu’elle y arrivera de progrès en progrès, sans aucune de ces réactions et de ces reculades qui déshonorent l’histoire de certaines jialions eu apparence plus avancées dans la voie démocratique.
S’il sullisail du sentiment de l’égalité, et du discrédit des institutions aristocratiques et monarchiques pour faire d’un peuple une vraie démocratie, la France serait ce peuple. Nulle part n'éclate avec plus de vivacité la haine des privilèges de naissance
DÉFINITION
Cl de fortune, et même l'impatience de toute supériorité sociale; nulle part le prestige de l'institution monarchique n’cst plus effacé. Ce n'est pas qu'on y méprise les distinctions. On les recherche au contraire ardemment pour soi, et ou les honore même beaucoup trop chez les autres. Mais c'est à condition qu'elles soient individuelles, et qu'elles soient le prix de services personnels, auxquels d'ailleurs on ne regarde pas de trop près. Du moment qu'elles sont rendues héréditaires, elles deviennent odieuses ou ridicules. Ce n'est pas non plus qu’on y déteste les dictatures plus ou moins provisoires dans lesquelles s’incarnent tous les sentiments et se concentrent toutes les forces du pays pour le salut, la gloire ou la régénération sociale d’un grand peuple. Au contraire, on les réclame au premier moment de crise, alors même qu'il semble qu’on pourrait s’en passer avec un peu de courage et de patience; on les acclame sans trop savoir si elles ont réellement la merveilleuse vertu qu’on leur prête; on leur permet tout contre la justice et la liberté. Mais on veut en même temps que les dictateurs payent de leur personne dans les oeuvres de la guerre et de la politique. On goûte médiocrement chez eux les airs de majesté, les servilités de l’étiquette, les splen* deurs de la cour. Enfin on aime en eux tout ce qui rappelle leur origine ; on se défie ou l'on rit de tout ce qui tend à la faire oublier.
Ce mélange de sentiments contraires, en apparence, a fourni des arguments aux thèses les plus 'opposées sur l’esprit et le caractère de la société française, depuis sa grande révolution. Les *partisans de la monarchie de l’aristocratie, de la démocratie ont pu la dire, avec une certaine vérité, monarchique, aristocratique, démocratique. Il est très vrai que le peuple français préfère l’égalité à la liberté, et que sa passion de l'égalité ne va pas jusqu’à faire taire les exigences de sa vanité. Mais ce serait prendre beaucoup trop au sérieux ce goût des honneurs et de la dictature que d’y voir un véritable sentiment aristocratique, ou un véritable sentiment monarchique. Eu réalité, l’amour de l’égalité est le seul sentiment profond et vivace de ce pays. A ce titre, la