‹ La Démocratie Industrielle et les Comités d'Entreprise en SuèdeChapitre 69 sur 89 · I. — HISTORIQUE DE LA DEMOCRATIE INDUSTRIELLE * A SANDVIKEN · texte numérisé non relu

I. — HISTORIQUE DE LA DEMOCRATIE INDUSTRIELLE * A SANDVIKEN

L'histoire de la Démocratie dcb one de Sanviken est un peu celle de ses aciéries. Les aciéries datent de 1862, époque à laquelle elles sont fondées par G.-F. Güransson. Elles devaient par la suite rester aux mains de la famille des Gôransson, véritables « magnats de l’acier suédois », mais magnats qui savent être sociaux, car ils se souviennent de leur origine ouvrière.

Elles sont spécialisées dans les aciers au carbone et les aciers d’alliage à partir desquels sont faits les scies, ressorts, outillages, etc. Elles groupent environ 5.000 ouvriers, et presque toute la petite ville de Sandviken (15.000 habitants) est constituée par les ouvriers et leurs familles. La production de 1946 s'élevait à 86.000 tonnes, représentant un chiffre d’affai-

res de 36 millions de couronnes.

Depuis l’origine des aciéries, les Coransson ont toujours été aimés de tout leur personnel. On raconte que la grand-mère de l'actuel directeur des aciéries, femme du fondateur de Sandviken, était appelée par la société suédoise de l’époque « l’ennuyeuse Madame Güransson » parce qu’il lui arrivait de quitter une réunion mondaine pour aller présider et prendre part à un bal du personnel. Si l’on se replace dans les mœurs de 1875, cela témoignait d’un certain courage.

Les conditions patriarcales de l’entreprise permettaient des rapports sans convention avec les familles ouvrières. En 1875, les Gôransson créent le groupe « Utilité et Plaisir », destiné à organiser les loisirs du personnel; c'était à la fois un groupe ; de jeux, chants, musique et danses.

Vingt ans avant qu’on parle de comités de olaboretia il existait à Sandviken ce que l’on a coutume d'appeler « le cluo du mercredi ». Instauré sur initiative ouvrière, ce club était composé de représentants de la direction, et de représentants des différentes catégories d'ouvriers. Les représentants du personnel n'étaient pas élus par leurs camarades, il est vrai; ils étaient simplement convoqués par le directeur. Mais le fond importe plus que la forme. Ces réunions donnaient la possibilité de contacts extrêmement fructueux où patrons et ouvriers se parlaient d'homme à homme. On Y examinait toutes les questions soumises par le directeur, et le « club » prenait une décision qui était mentionnée dans un procès-verbal. Ces procèsverbaux sont tout à fait remarquables, et il. est extrêmement curieux de constater que les questions examinées sont souvent les mêmes que celles qui sont examinées aujourd’hui par le comité de collaboration. Le « club du mercredi » était un organisme non de « conseil », au sens donné actuellement à se mot en matière de Démocratie industrielle, mais au moins d'union et d'entente. C’était une ébauche du comité de collaboration. « Ce n’était pas encore de la Démocratie industrielle, écrit le directeur actuel, parce que les délégués n'étaient pas élus, et qu’au début ils se réunissaient chez le directeur (hiver

1923-24), mais c'en était déjà l'esprit. » à |

L'esprit de Sandviken a été longuement étudié par M. Carl Bjôrk dans la brochure qu’il a publiée en 1937, à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire des aciéries (L’ouviier et l’âme de Sandviken). « Cet esprit, il est le fruit de la collaboration entre la direction et les ouvriers qui ont ensemble construit. Sandviken, matériellement et spirituellement. Il existe depuis 1880; il est fait de la clairvoyance de la dynastie des Güransson, de l’habileté des ouvriers. On n’est pas arrivé à une collaboration illimitée dans tous les domaines, mais on est arrivé à un beau résultat qui sera développé dans l'avenir. »

Une anecdote reprise de cet ouvrage montre par ailleurs assez bien l’état des rapports entre les ouvriers et la direction.

Il y a une vingtaine d'années, une délégation anglaise visitait

Sandviken. Elle avait discuté avec Mlle Sigrid Güransson, et désirait quelques renseignements sur des documents qu’on ne pouvait trouver qu’au local syndical. Dans l'impossibilité de trouver le responsable du local, Mlle Gôransson prit la clef à sa place habituelle, et fit entrer ses hôtes. La délégation fut extrêmement étonnée, mais les syndicalistes suédois qui pénè-

. trèrent dans le local par la suite ne le furent pas du tout.

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