‹ La Démocratie Industrielle et les Comités d'Entreprise en SuèdeChapitre 76 sur 89 · R = CONCLUSION · texte numérisé non relu

R = CONCLUSION

des apprentis, ou de la sécurité et de l'hygiène. La complexité que nous avons signalée plus haut n’est d’ailleurs pas extrêmement apparente dans les petites entreprises, où il est fréquent de voir des délégués au comité d'entreprise cumuler les fonctions de délégués à la sécurité ou à l'apprentissage.

Les attributions les plus intéressantes des comités d’entreprise sont : d’une part, l'examen des décisions patronales en matière de congédiements et de licenciements; nous avons vu comment cette fonction a été dévolue aux comités après une

| lutte de plus de 40 ans au sujet du droit de libre renvoi de

l'employeur; — d'autre part, l'examen des suggestions pré- sentées par les ouvriers en matière d'amélioration technique. : C’est par l’intérmédiaire du comité qu'on espère pouvoir intéresser les ouvriers à coopérer à une amélioration des moyens de production, et à un accroissement de la production ellemême; — de plus, les travaux des comités de sécurité ont donné des résultats remarquables, en faisant notablement bais- ser la courbe des accidents du travail et des maladies professionnelles. |

. Le rôle du Comité du marché du Travail enfin, au sommet de l’organisation, est également fort intéressant. C’est grâce à l’action de ce comité en matière de coordination et d’encouragement, mais aussi en qualité d’interprétateur de la conven- tion de 1946 et de tribunal arbitral, que la Démocratie industrielle suédoise a pu être fortement centralisée, tout en échappant entièrement à l'emprise étatique. Les organisations syndicales ont tenu à tout prix à éviter cette emprise étatique, sachant bien que le programme du parti social-démocrate pré-

voyait la création de comités d'entreprise comme première

étape de socialisation. Elles ont réussi à conserver la haute main sur l'institution qu'elles dirigent, après entente préalable au sein du Comité du marché du Travail.

Au fond, l’aspect le plus original de la démocratie industrielle suédoise, telle qu’elle est issue des conventions de Saltsjôbaden, est peut-être son aspect fortement syndicaliste. Nous avons fait ressortir plus haut l'injustice qu’il y a à n’admettre que des membres de L. O. comme électeurs, lors de

la désignation de représentants aux comités. Il faut cépendant reconnaître, avec les dirigeants syndicalistes, qu il y a là une quasi- Fee sur le plan de l'efficacité. Qu'on le veuille où non, L. O. est à l'heure actuelle le seul mouvement syndical qui ait des relations suivies avec S. A. F. et qui, du fait de sa forte autorité, soit susceptible de donner une impulsion efficace à une organisation naissante. , T'ES

Il faut se rappeler dans quelles conditions les comités d’en- treprise ont été introduits : il fallait agir à tout prix, avant que l'Etat intervienne, même si la réforme semblait un peu prématurée. Il était certain que l'institution ferait courir de gros risques à L. O. et à toute l’organisation syndicale ouvrière. Aucun comité local: de négociation entre patron et ouvriers n’a jamais été très favorable aux ouvriers qui n’ont alors ni les capacités, ni les moyens financiers suffisants pour agir efficacement. Ces comités présentent de plus un incontestable danger de désagrégation de l’unité ouvrière, parce qu’ils émoussent la conscience de classe développée au contraire par les organisations centrales.

Il était normal que L. ©. fût inquiet et se préoccupât de sauvegarder les intérêts ouvriers, en imposant certaines clauses dans la convention sur les comités d’entreprise. C’est ainsi que l’on fût amené à écarter de la compétence des comités les questions de salaires et de conventions collectives, dans lesquelles les syndicats se trouvaient mieux à même de défendre les intérêts ouvriers, — et à ménager une surveillance syndicale indirecte des agissements des comités, en stipulant que seuls les ouvriers affiliés à une fédération dépendant de L. O,., pourraient se faire représenter au sein des comités.

Ce qui était l'intérêt de L. O. était à un degré moindre celui de S. A. F. : il était évident que les employeurs auraient avantage à discuter avec des ouvriers fortement disciplinés, et il était préférable que les difficultés éventuelles puissent être soumises à l'examen d’un organisme inter-syndical d’arbitrage.

Nous n'avons pas encore un recul suffisant pour pouvoir apprécier la valeur pratique de la solution adoptée; les comités n'en sont qu’à leur extrême début, et le système n’a jamais

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