LES SYNDICATS OUVRIERS : L. O
L'expérience des typographes mise à part, c’est surtout à
partir de 1880 qu'apparaissent les syndicats suédois. Ils sont formés sur le modèle anglo-saxon et ont tout de suite un aspect
. professionnel très marqué; dès le début, on les voit se former
en unions (origine des fédérations actuelles) à l’intérieur d’un même secteur d'activité. Dès le début aussi, ils commencent à s'appuyer sur le parti social-démocrate dont la formation date de 1889. Mais la lutte est âpre : nombreux sont les patrons qui interdisent à leurs ouvriers de se syndiquer; nécessité était de se grouper davantage.
On pensa d’abord s’unir sur le plan local, sous forme de cartels syndicaux, mais cette idée n’eut jamais un très gros succès en Suède. Les unions préfèrent se grouper à l’échelon national; c’est dans cet esprit que fut fondée en 1898 la Confédération des ouvriers suédois, Landsorganisationen, plus couramment appelée L. O. Les pouvoirs de cette confédération furent assez minces au début, les fédérations conservaient la souveraineté. Mais l'union était faite, les syndicats
grandissaient:; les patrons commencèrent à s'inquiéter. En
Charles LÉGER. — La Démocratie industrielle en Suède. 2
de SOURCES ET ORIGINES | 1902, ils fondent la Confédération générale du Patronat. Cependant L. O. voit le nombre de ses adhérents monter en flèche :
30.000, en 1899; 154.000, le 31 décembre 1908. La lutte éclate
en 1909 sous forme d’une grève générale de plusieurs mois ; elle est déclenchée par L. O., mais c’est le patronat qui désirait le conflit et le provoqua de son aveu même; il lui en coûta 80.000 couronnes mais L. O. dut capituler. La réaction fut implacable; des listes noires circulèrent entre les patrons, certains ouvriers furent contraints d’émigrer en Amérique. L’année suivante, le nombre des adhérents de L. O. tombait à 85.000.
Le relèvement est PA au cours de la lutte, la fédération ouvrière bourgeoise, concurrente de L. O. (SvenSka Arbetarefürbunden) a fusionné. En 1920, le nombre des adhérents remonte à 280.000: en 1930, il est de 553.000; en 1945, de 1.069.000. À la même époque L. O. comptait 46 fédérations; les syndicats étaient devenus une puissance dans le pays.
Les syndicats suédois se présentent comme une organisation libre, non régie par la loi. Ils sont très fortement hiérarchisés sous la direction de L. O. Enfin ils ont un aspect professionnel et politique.
À la base de la pyramide, on trouve des sections, syndicats locaux ou clubs d'ouvriers; ils groupent dans une entreprise tous les ouvriers d’une ous profession. :
Toutes les sections dépendant d’une même profession se groupent. dans une fédération (Fackfürbundet). Il y a 46 fédérations qui dépendent actuellement de L. O.; elles représentent un élément extrêmement important dans la nomenclature syndicale suédoise : ce sont elles qui dirigent véritablement la vie de la profession, signent les conventions collectives, décident des mesures de grève, détiennent les caisses de combat.
- Au sommet de la pyramide, L. O. dirige l’activité générale des syndicats, donne des instructions, soutient les fédérations affiliées en cas de lock-out et de grève, signe des accords avec la confédération patronale, maintient des contacts avec les organisations ouvrières étrangères, et donne l'orientation politique aux syndicats. Cette puissante organisation groupait, à la fin de 1945, 1.069.287 adhérents. Le 31 décembre 1946