X PRÉFACE
Ce n'est pas la crainte des crises ministérielles qui fait écarter du jour les questions tant soit peu délicates. Il y a, dans le Parlement, des ambitions et des passions qui auraient peine à se contenir non seulement devant l'intérêt public, mais même devant l'intérêt de parti. Ce n'est pas davantage un sentiment de confraternité qui réunit opportunistes et radicaux autour du scrutin. L'intérêt électoral explique tout, la concentration aux élections et l'union au Parlement. Monseigneur le comte de Paris a pu dire que l'indifférence politique est un crime. C'est qu'en effet, si elle devait s'étendre sur le pays tout entier, c'en serait fait de notre chère patrie. On ne saurait trouver de mot trop fort pour qualifier une désertion qui menace de gagner les rangs des conservateurs euxmêmes. Notre France a vu bien des partis se disputer le pouvoir à toutes les époques de son histoire. Elle a vu le parti des dupes, qui est en ce moment celui des conservateurs. Elle a vu le parti des mécontents qui fera masse un jour et finira par tout écraser. Elle a vu le parti des politiques qui l'ont sauvée à certains moments de son histoire. Elle n'a jamais connu, du moins à ce point, le parti des politiciens proprement dits. C'est la maladie, disons la lèpre qui envahit le monde parlementaire. Celle-là, si un vent de foi généreuse ne venait à souffler pour assainir l'atmosphère, tuerait notre France. Ce qui la sauvera, ce ne sera pas la sagesse d'une politique au JQur le jour, hier pour Boulanger, aujourd'hui pour Constans, demain pour le premier venu qui fera parler de lui.
Le tableau de notre situation ne serait pas complet, si je m'en tenais là. Si nous vivons sous le régime des politiciens, comment expliquer ce qu'il a de passionné, de haineux et de violent? Le vrai politicien.