PREFACE. XI
comme on le trouve en Amérique, n'est ni jacobin, ni sectaire. Voilà précisément la différence des deux Républiques. Pour la bien comprendre, il faut descendre dans les bas-fonds de la politique électorale. En Amérique, c'est la race des politiciens qui fait l'œuvre entière des élections. En France, elle ne fait qu'obéir à l'initiative des comités directeurs. Or, c'est là qu'on retrouve surtout les passions de secte et de parti que là Révolution a léguées à la politique républicaine de notre temps. Les préjugés sectaires et jacobins ne dominent ni dans le gouvernement, ni dans le Parlement; mais nos ministres et nos députés sont tenus de compter avec les comités qui en sont généralement imbus. Ledru-Rollin disait des hommes des sociétés secrètes, à propos de l'équipée du Conservatoire : ce Puisque je suis leur chef, il faut bien que je les suive. » Nos hommes d'État républicains en sont là. Quand M. Clemenceau lui-même parle si haut, c'est qu'il a reçu le mot d'ordre d'en bas, comme Ledru-Rollin. C'est le véritable secret de la comédie qui se joue au Parlement, à la stupéfaction du parterre qui n'est pas dans le secret.
En regarda nt les bancs de la gauche radicale, on peut s'étonner de sa puissance parlementaire. C'est qu'on ne voit pas ce qui se passe dans la coulisse, où se font les transactions et les marchés de la politique électorale. On ne comprend pas les secrets mobiles auxquels obéissent nos politiciens des centres. Ils ne demanderaient peut-être pas mieux que de bien voter. Car les préjugés et lés passions de parti n'exercent point sur eux un empire absolu. Si l'esprit de justice y est rare, le bon sens n'y manque pas. « Mais quelle influence mon vote aurait-il sur mon élection? » Telle est la question qu'on se pose en tremblant, et