XIV PRÉFACE
conservateur assistât les bras croisés à une partie où étaient engagés ses plus chers intérêts? Voulait-on mieux encore? qu'il vînt au secours de nos jacobins et de nos radicaux affolées? Qui en aurait ri après la victoire?
Qui donc a inventé Boulanger? Ce n'est pas le comte de Paris, que je sache. D'où est venue tout d'abord au brillant général cette popularité qui en a fait un si redoutable personnage pour le gouvernement, si ce n'est le parti républicain presque tout entier, M. Clemenceau en tête, MM. Goblet, Floquetet Freycinet à la suite. On avait hâte d'achever par les mains de Boulanger la triste besogne de Thibaudin, en rayant des cadres de l'armée le général Henri d'Orléans. Le président qui signa cet odieux décret a oublié ce jour-là le parrain qui le fit chevalier de la Toison d'Or. On voulait surtout un général dévoué à la République, qui fut à la fois l'idole du soldat et du peuple. On fut servi à souhait, en ce sens que l'homme s'est admirablement prêté à ce double rôle. Il fit de la réclame à l'armée par ses petites réformes. Il se fit l'ami des travailleurs au premier mot qu'il prononça à la tribune. Ne l'a-t-on pas entendu au Sénat se féliciter de voir le soldat partager sa soupe avec l'ouvrier? Et cela à propos des horribles scènes de Decazeville? Qui l'applaudissait pour ces dangereuses paroles? Est-ce la droite ou la gauche? Quand il s'est vu tout près d'être porté sur le pavois par le faveur populaire, comment n'eût-il pas rêvé la fortune d'un Bonaparte, avec un peuple comme le nôtre? Nos républicains ne s'en aperçurent que le jour où le péril était devenu tel qu il fallût sauver la République à tout prix. C'est alors que le héros s'est évanoui^ que le cheval de renfort s'est dérobé au moment de