‹ La démocratie libéraleChapitre 17 sur 39 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

maillez donc pas, disait-il aux républicains de Rodez. "Vous serez toujours les maîtres, quand vous voudrez, d Etre les maîtres, c'est fort bien. Mais alors comment gouverner? C'est une chose dont le grandélecteur ne se préoccupe point. Il est tout entier à la manœuvre qui assure la victoire.

Le malin a plus d'un tour dans son sac. « Vous viendrez toutes aux logis, pourrait-il dire avec le chat de La Fontaine. » Il a déjà fait appel au clergé par des paroles de paix qui, sans revenir sur le passé, laissent entrevoir de meilleurs jours pour l'avenir. Le grand discours du cardinal de Lavigerie était un ballon d'essai. La lettre de l'évêque Fava exposait tout un plan de politique électorale. Le père Didon compte de plus en plus sur la démocratie, pour le triomphe de la religion. Qu'en pensent-ils après le procès de l'archevêque d'Aix? On croit faire merveille en jetant des candidats catholiques dans la mêlée électorale. Dieu veuille qu'avec les meilleures intentions on ne travaille pas pour le grand-électeur. Combien de ces candidats entreront au Parlement dans la situation qui leur sera faite. On compte sans doute avec raison sur le patriotisme des électeurs royalistes, qui les soutiendront partout où ils n'auront point eux-mêmes de candidats, à la seule condition qu'on leur permette de garder leur drapeau. Mais alors le parti conservateur proprement dit ne fera plus corps comme aux élections de 85. Déjà l'incident Boulanger avait mis la confusion dans ses rangs, aux élections de 89. En 93, il n'aura plus d'armée. Il n'en restera que des bandes indisciplinées, combattant chacune pour son propre compte, sans aucun espoir de succès, prêtes à jeter leurs armes pour se réfugier dans l'abstention.

XVIII PJIÉFACE.

Le boulangisme avait fait du parti conservateur une cohue qui n'aurait pu envoyer au Parlement qu'une majorité bigarrée, laquelle, à défaut, de restauration monarchique, eût engendré Tarnarchie parlementaire, sinon la dictature populaire. Mais enfin Ton pouvait espérer la victoire. M. Constaris aurait-il donc bien calculé, en accordant trente députés à la droite? Comme c'est un ministre qui n'oublie rien de tout ce qui concerne son métier, qui regarde partout, à gauche comme à droite, il a fait entrer le quatrième État dans ses calculs électoraux en mettant à l'ordre du jour un projet de loi sur la caisse de retraite pour les ouvriers et les employés, c'est-à-dire pour ce grand peuple des petites gens qui fait nombre aux élections. Tout cela semble fort bien imaginé. M. Constans ne se fait-il pas quelques illusions sur l'efficacité des moyens employés à préparer sa campagne. Le grandélecteur est un spécialiste qui n'embrasse peut-être point la situation électorale dans toute sa complexité. Quand on est maître en son art, on est disposé à croire que cet art suffira pour vaincre en toute occasion. Notre ministre de l'intérieur n'aura plus à craindre la redoutable organisation d'un parti, pas plus que la dangereuse popularité d'un homme. Mais il semble oublier une chose : c'est que, si le parti des conservateurs est bien malade, le parti des mécontents, dont le général Boulanger était plutôt le portedrapeau que le chef, est toujours vivant. Les mêmes effets se reproduisant sous l'action des mêmes causes, M. Constans retrouvera ce parti aux futures élections. Je crois bien que, s'il pouvait supprimer ou du moins atténuer les causes, il a assez de sens politique pour ne point s'y épargner. Mais il sait qu'il lui faudra toujours compter avec des amis sans les-

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