‹ La démocratie libéraleChapitre 19 sur 39 · XX PREFACE · texte numérisé non relu

XX PREFACE

caine faite pour obéir aux instructions venues de Rome, la déclaration des cardinaux ne semble pas promettre une longue lune de miel à des conjoints si profondément divisés. Quant à la droite elle-même, M. Gonstans n'espère pas que les conservateurs ralliés à la République se rallient aussi à la politique du gouvernement républicain. C'est pour cela qu'il veut les décimer. Mais ce n'est point avec ses avances au clergé qu'il y réussira. L'union catholique restera tout entière dans le parti des mécontents, tant que la politique du gouvernement ne changera pas. Or la concentration républicaine, qui lui assure la victoire aux élections, ne lui permet pas d'en changer. La droite constitutionnelle n'en sera que plus ardente à protester contre cette politique, ne voulant à aucun prix qu'on la soupçonne de complaisance pour un gouvernement qui n'entend donner aucune satisfaction à ses trop légitimes revendications. Et si, par cette évolution, elle parvient à changer les dispositions du corps électoral, de façon à réduire le parti républicain à l'état de minorité aux .futures élections, elle n'aura pas perdu son temps. La République acclamée par les mécontents comme par les satisfaits, le parti républicain battu, sa politique reniée par les électeurs : quelle surprise et quelle satisfaction pour le pays! Ce ne sera pas encore la solution; mais le salut ne sera pas loin.

M. Gonstans compte- t-il beaucoup sur sa caisse des retraites ouvrières, plus ou moins largement subventionnée par l'État? Je doute qu'elle suffise à rallier les classes populaires à son gouvernement. Gomme cette caisse n'intéresse pas seulement les ouvriers, mais encore tout le peuple des petites gens, j'entends les petits employés, les domestiques, les garçons de

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ferme, les petits cultivateurs, il est possible que le vote du projet de loi ramène au gouvernement républicain un certain nombre d'électeurs de ce côté. Et encore, comnne les bienfaits de cette loi ne se feront pas sentir avant trente ans, il est douteux que des promesses à si longue échéance produisent grand effet sur un public qui n'a pas Thabitude de prévoir de si loin. Quant aux ouvriers des villes, ils ne sont pas assez économes, et ils ont, d'ailleurs, trop de prétentions pour prendre au sérieux une pareille mesure. D'ici là le quatrième État aura fait parler de lui. Dans l'exaltation de ses espérances et dans la violence de ses passions, allez donc lui faire entendre qu'il faut se résigner à souffrir, en attendant les effets de la loi. Ce qu'on voit de plus clair dans ce projet inspiré par le socialisme d'État, c'est l'énorme charge que fera peser sur le budget une masse de neuf millions de créanciers, par suite de la large participation de l'Etat à la caisse des retraites. Cela suffira peut-être pour faire rejeter la loi Gonstans.

Le grand-électeur ne peut oublier une chose qui pourra changer la situation électorale dont il se promet de si beaux résultats, dans ses habiles calculs : c'est la brusque entrée en scène du quatrième État. Jusqu'ici il n'y avait que des groupes d'ouvriers, dans les grands centres manufacturiers, qui pouvaient assurer l'élection de tels ou tels candidats, en prêtant aux partis le concours de leurs bataillons. Il n'y avait point de parti ouvrier proprement dit, agissant pour son compte, ayant sa politique et ses candidats. On en verra un, uni, compact, organisé et discipliné pour les batailles électorales, comme pour toutes les luttes que la question sociale, de plus en plus à l'état aigu, ne manquera pas de susciter.

XXII J>REFACE.

Quand je dis le parti ouvrier, c'est plutôt le parti ^ qu'il faudrait dire de ceux qui peinent et trouvent la " vie dure, devant le spectacle de la richesse et du luxe de ceux qui jouissent, sans travailler de leurs mains. Ce sera, dans toutes les classes de la société française, je dirais volontiers de la société moderne, la grande ligue des petites gens contre les hauts barons de la finance, du commerce, de l'industrie, de la politique qui, elle aussi, est devenue une industrie, contre toute la bourgeoisie enfin par laquelle ils se croient exploités. On se groupera moins, dans ce monde-là, par les affinités politiques que par les affinités sociales. Il faudra bien alors que tous les vieux partis comptent avec ce quatrième État qui se montre à l'horizon politique. Si le socialisme révolutionnaire, comme l'annoncent ses prophètes, n'entend point se mêler des querelles religieuses ; si, d'autre part notre Église catholique, qui se sent de plus en plus des entrailles de mère pour la démocratie souffrante, y voit son meilleur appui, devant l'impuissance des princes, la violence des partis, la dureté des classes, où le grand-électeur trouvera-t-il ses alliés? Dans la lutte qui se prépare entre les mécontents et les satisfaits du régime actuel, on pourra voir de quel poids pèse la masse des prolétaires dans la balance électorale.

Je n'ai pas l'honneur d'être le confident des pensées du comte de Paris; je n'ai pas le droit de lui adresser des conseils, dont il n'a, d'ailleurs, nul besoin. Questions diplomatiques, politiques, sociales, religieuses, économiques, industrielles, il a tout étudié à fond, de manière à se faire des solutions pratiques sur tous lès problèmes de la politique extérieure et intérieure. Il sait la direction qu'il faudra imprimer à la con-

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