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CHAPITRE II

l'aristocratie

C'était déjà un paradoxe, pour notre école démocratique, de soutenir que la démocratie et la monarchie sont faites Tune pour l'autre, et qu'une société quelconque a d'autant plus besoin d'institutions monarchiques qu'elle est plus essentiellement démocratique. Que dira-t-elle, si j'affirme qu'elle n'a pas moins besoin d'institutions aristocratiques, pour vivre et faire vivre la société dont elle est la base et la' force? Voilà un bien autre paradoxe, plus choquant pour la logique, plus contraire au sentiment d'égalité qui a provoqué la Révolution de 89, plus démenti, ce semble, par l'expérience historique des temps anciens et des temps modernes.

On a vu dans tous les temps des monarchies vivre en bon accord avec des démocraties. On a vu même souvent des monarchies sortir du sein de sociétés démocratiques. Où a-t-on vu des démocraties fraterniser

avec des aristocraties? Où a-t-on vu surtout les unes engendrer les autres? L'histoire nous apprend que les aristocraties abusent fréquemment de leurs privilèges, et que les démocraties n'oublient jamais leurs souffrances. De là ce long duel entre les deux puissances partout où elles existent, qui finit toujours par la mort de Tune d'entre elles, de l'aristocratie surtout. On sait que l'aristocratie athénienne n'eut pas la vie douce et commode sous le règne de la démocratie. L'ostracisme fut inventé tout exprès pour les citoyens notables. L'aristocratie Spartiate fut d'une cruauté atroce pour les ilotes, et d'une dureté inflexible pour les classes de citoyens qui ne prenaient point une part directe au gouvernement. Le patriciat de Rome était sans pitié pour la plèbe, qui a fini par lui montrer qu'elle se souvenait de ses rigueurs. Après la dictature atroce du patricien Sylla et du plébéien Marins, vint la dictature plus humaine de César qui en finit avec la république aristocratique.

Si, dans les gouvernements monarchiques modernes, la lutte entre les partis n'eut pas la même violence, c'est qu'un troisième pouvoir était là pour intervenir. En Angleterre, elle ne s'engagea pas tout d'abord entre l'aristocratie maîtresse à la Chambre des lords et la bourgeoisie dominante dans la Chambre des communes. Au contraire, les deux puissances s'entendirent pendant deux siècles pour imposer à l'autorité royale le gouvernement parlementaire. C'est seulement depuis la seconde moitié de ce siècle que

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la démocratie proprement dite est entrée en scène. Le jour où elle dominera dans la Chambre des communes, Taristocratie disparaîtra, laissant la monarchie face à face avec cette démocratie qui, avant de s'attaquer au trône, changera radicalement les conditions du gouvernement parlementaire. Ce qui paraît sûr, c'est que la démocratie anglaise ne souffrira aucune espèce d'aristocratie privilégiée à côté d'elle. En France, le duel a été bien autrement sérieux entre notre noblesse et cette sorte de démocratie qu'on appelait le tiers état. Celui-ci en voulait bien moins au roi qu'aux nobles. S'il finit par s'en prendre à la monarchie, c'est qu'il la voyait faire cause commune avec une classe qu'il détestait.

Notre démocratie actuelle a hérité des passions et des préjugés de la France révolutionnaire. Le mot seul d'aristocratie la fait bondir. Elle revoit toujours l'ancienne noblesse avec ses intolérables privilèges. Notre peuple, qui se passe si bien de liberté, ne peut rien supporter qui ressemble à une restauration aristocratique. Ce n'est pas que sa passion de l'égalité le rende insensible aux distinctions honorifiques. Il n'est peut-être pas de peuple qui les recherche avec autant d'ardeur. Napoléon I" l'avait bien jugé, quand il créa l'ordre de la Légion d'honneur. Il avait compris que ses héroïques soldats ne seraient pas les seuls heureux de voir la croix sur leur poitrine, que ses fonctionnaires de tout ordre seraient plus fiers encore de la porter. C'était à qui tendrait la main,

parmi ces jacobins qui avaient tant maudit les titres de l'ancien régime. Il faut être juste. Ce n'est pas en cela que la vanité de la nouvelle France est ridicule. Recevoir en honneur la récompense des services rendus à son pays, sur les champs de bataille ou ailleurs, est chose légitime et parfaitement honorable. Ce n'est pas le ruban qui est ridicule, c'est la particule usurpée. S'il n'y a jamais eu moins de noblesse qu'aujourd'hui, chez nous, il n'y a jamais eu tant de noblQs, c'est-à-dire de gens qui ont trouvé moyen de joindre la particule à leur nom. Le sexe charmant en raffole. Si les mariages d'argent lui répugnent, il se laisse souvent tenter, pour son malheur, par les mariages de vanité. Ce n'est pas seulement la société riche qui se pare de la particule, en l'achetant; c'est le demi-monde lui-même qui la porte, sans la payer. Je plains les nobles familles restées debout sur. les ruines de l'ancienne France, en gardant leurs traditions d'honneur et de haute vertu, qui assistent à cette parodie. Ce n'est pas dans les rangs d'une noblesse ainsi improvisée qu'il faut aller chercher les types de l'aristocratie que notre France nouvelle peut apprendre encore à respecter.

Est-il besoin d'avertir le lecteur que je n'entends rien restaurer, encore moins l'ancienne noblesse que la vieille monarchie? Je veux seulement discuter la

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question de savoir si notre société démocratique n'a pas besoin d'une certaine aristocratie, comme elle a besoin d'une certaine monarchie. Ce n'est pas un souvenir du passé que j'évoque; j'invoque une nécessité sociale du présent et de l'avenir. Il n'est peutêtre pas de peuple plus propre à faire notre éducation politique par son histoire et par son admirable langue que ce peuple grec, si mobile et si léger, mais si fin et si intelligent. Il a passé par toutes les crises politiques; il a connu tous les gouvernements; il a des mots pour tout dire avec une précision et une élégance dont il a gardé le secret. La démocratiey c'est le gouvernement du peuple; Vocklocratiey c'est le gouvernement de la plèbe ; la démagogie^ c'est le gouvernement du peuple mené par ses flatteurs; la monarchie, c'est le gouvernement d'un roi; la tyranniCy c'est le gouvernement d'un maître; Varistocratiey c'est le gouvernement des meilleurs ; Voligarchiey c'est le gouvernement des puissants; la ploutocratie^ c'est le gouvernement des riches ; enfin, Vanarchie, c'esL l'absence de tout espèce de gouvernement.

Notre vieille France n'a connu aucun de ces noms, parce qu'elle n'a passé par aucun de ces gouvernements. L'ancien régime, avec ses rois, ses nobles, ses bourgeois, ses artisans et ses paysans, ne correspondait en aucune façon à l'état politique des cilés grecques. C'est notre Révolution qui nous a fait comprendre le sens de tous ces mots. Nous avons connu le gouvernement du peuple, avec nos jacobins et nos montagnards. Sans aller jusqu'à dire que nous

avons eu le règne de la plèbe, il faut bien convenir qu'elle ne manquait jamais aux exécutions de la justice révolutionnaire, comme pour leur donner la sanction populaire. Depuis le régime républicain, nous faisons connaissance avec ce Démos qu'Aristophane nous a montré si facile à tromper par ses courtisans. M. Raoul Frary, qui a fait un livre très spirituel sur ce sujet, s'est certainement inspiré de la verve de l'immortel comique; mais on sent bien que sa satire n'est point un pur souvenir classique, et qu'il avait la réalité sous les yeux. Le règne des hommes d'argent ne nous est pas non plus inconnu. Ce n'est point dans son imagination que le phalanstérien Toussenel a trouvé le titre du livre : les Juifs rois de Vépoque, Quant à l'anarchie, c'est une forme de gouvernement qui tend à s'acclimater sous le régime républicain.

Il est un gouvernement que notre France nouvelle n'a point connu : c'est l'aristocratie. On ne s'en étonne pas, quand on songe que la Révolution de 89 a été faite encore plus contre la noblesse que contre la royauté. Si l'on considère cette Révolution, non pas ' seulement dans sa fureur de destruction, mais surtout dans le développement pacifique et normal de ses principes, on voit qu'elle n'a pas été simplement politique, qu'elle a eu toute la portée d'une rénovation sociale. Dans son cours, tantôt impétueux, tantôt paisible, elle emporta les institutions, les idées et les sentiments de la vieille France. On s'étonne que notre noblesse, qui n'avait pas toujours

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bien vécu, dans cette société aussi charmante que l^ère du siècle dernier, ait su si bien mourir. C'est qu'on oublie que, dans ses frivolités, et même dans ses vices, elle avait conservé le culte de cet honneur qui fait le gentilhomme. Tous ces nobles qui ont péri sur l'échafaud avaient des mots d'esprit ou des mots du cœur sous la hache révolutionnaire. Un prince de Broglie, au moment de son exécution, recommande à son fils de ne se souvenir que de la France. Et ce fils n'oublia point la leçon. Un comte de Gustine répond à la foule hurlante qui crie à la guillotine : « On y va, canaille! » Le comte de Montalembert aimait à citer le mot d'un joyeux curé à un ami, en partant pour l'exil. « Pourquoi émigrezvous, vous qui croyez à peine à Dieu ! — Et l'honneur donc ! D Le mot était plus vif. Cet honneur de gentilhomme n'était pas toujours d'accord avec une sévère morale. Le noble avait horreur de la bassesse, non de la licence. Louis XIV a pu en faire un courtisan; il n'en fit jamais un valet. Les nobles émigrés de la Terreur en ont rapporté en France le sentiment qui était l'âme de l'ancienne noblesse, rendue plus sérieuse par l'épreuve du malheur. Mais il s'est éteint au contact de la société nouvelle, qui n'a conservé que le mot. Si l'on rencontre encore parmi nous de vrais gentilshommes, ils nous apparaissent comme des revenants d'un monde qui n'est plus *.

1. Malgré la similitude des mots, le gentleman anglais n*est point le frère de notre gentilhomme. Plus correct, plus sensé peut-être, il n'a pas ce sentiment de l'honneur à outrance qui

La France de la Révolution a acclamé son glorieux empereur. Elle a vu rentrer ses prêtres avec satisfaction, ne leur demandant qu'une chose : ne s'occuper que du salut des âmes. Elle n'a pas vu rentrer ses vieux rois avec regret. Si elle leur a fait reprendre le chemin de l'exil en 1830, c'est qu'ils lui avaient paru déclarer la guerre à l'ordre de choses nouveau consacré par la Charte. Elle n'a pas vu revenir ses nobles sans mauvaise humeur et sans inquiétude. Elle a encore sur le cœur le milliard des émigrés, qui était pourtant de stricte justice. Elle n'a pu souffrir cette pairie héréditaire que Casimir Périer dut abandonner, malgré les plus éloquentes protestations de nos grands orateurs parlementaires. La noblesse française est morte, comme classe privilégiée, et même comme classe sociale. Elle ne revivra point. Elle n'est plus qu'un souvenir dans le cœur des familles qui la font encore respecter par des mérites et des vertus qui n'ont rien de l'ancien régime.

Est-ce que toute aristocratie aurait disparu avec elle sous le niveau de l'égalité démocratique? Ceci est une autre question. La Révolution a fait du peuple français une société de citoyens égaux en droits civils d'abord, et puis en droits politiques.

dépasse la mesure de l'honnêteté. Alors même qu'il devient un héros, il n'est pas un chevalier. C'est à peu près l'honnête homme du xvii* siècle, en France.

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Elle s'est arrêtée là. Il est chez nous une école de démocratie qui veut la mener plus loin encore. C'est à régalité sociale qu'elle vise, après l'égalité civile et l'égalité politique. Qu'est-ce que l'égalité sociale? Ou ce n'est qu'un mot inventé par la démagogie pour flatter le peuple souverain, ou cela signifie l'égadité des conditions sociales. Plus de pauvres ni de riches, plus d'ignorants ni de savants. Je ne connais qu'une institution qui puisse réaliser une pareille utopie : c'est le communisme. Tout en commun, dans une commune égalité d'éducation et de propriété. L'enseignement intégral, le même pour tous, élevant les i^ns, abaissant les autres; le revenu égal supprimant la misère et le luxe; un état social ramenant tout sous le même niveau. Tel est l'idéal d'une vraie société démocratique, pour l'École dont je viens de parler. Je ne crois pas qu'il soit possible d'aller au delà, en fait d'utopies égalitaires, et j'espère bien que notre société française ne sera jamais mise à pareil régime.

Mais supposons l'absurde et l'impossible. Voilà l'égalité absolue, civile, politique, sociale, réalisée par nos institutions. Est-ce que cette radicale opération supprime toute inégalité? Nullement; car il reste l'inégalité de fait, en face de l'égalité de droit. Si la loi nous fait tous égaux en instruction et en fortune, la nature nous fait tous inégaux en intelligence, en volonté, en force. Que pourra la loi contre la nature? Celle-ci ne perd ses droits sous aucun régime civil, politique et social, fût-ce le commu-

nisme le plus absolu. Et il est heureux qu'il en soit ainsi, n'en déplaise aux amis de l'égalité à outrance. Car autrement notre société serait un corps sans tête. Et alors d'où ce grand corps recevrait-il le gouvernement et la direction de ses mouvements? Un corps sans tête, c'est l'idéal d'une anarchie dont rien ne saurait donner l'idée. Proudhon,qui rêvait l'anarchie politique, était le plus grand ennemi de l'anarchie sociale. C'est qu'en effet, celle-ci est la négation absolue de la société elle-même.

Donc l'inégalité, telle que l'a faite la nature, est une chose contre laquelle nulle révolution, nulle constitution ne peut prévaloir. Elle reste au fond de toute société, bien autrement forte que l'égalité, puisque l'une n'est qu'un droit, tandis que l'autre est un fait. Cette inégalité est le principe même de toute aristocratie, qui durera autant qu'elle. Elle se traduit en institutions qui changent avec les progrès des sociétés humaines. Selon les races, les temps et les lieux, elle sera ici une caste, là une classe, avec des privilèges, ailleurs une élite qui se recrute partout. Elle s'appelle noblesse ou bourgeoisie. Parfois, elle n'a pas de nom, comme dans notre société démocratique actuelle, parce qu'elle est partout et nulle part. Mais, avec ou sans nom, elle a la main dans le gouvernement et la direction de toute société. Et quand, par une anomalie sociale dont on voit des exemples chez nous, cette main s'en retire d'ellemême, ou est écartée par des causes politiques quelconques, alors toute société tombe dans l'anarchie la

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plus complète. Que cette aristocratie soit une caste fermée, une classe privilégiée, ou une élite sortie de tous les rangs de la société, qu'elle y fasse sentir sa domination, son autorité, ou simplement son influence, elle est toujours la tète qui gouverne et dirige le corps. Pas de corps sans tête : c'est une loi d'histoire naturelle. r

La noblesse fut toute l'aristocratie de la vieille France. On naissait noble; on le devenait rarement. Les lettres de noblesse, fort rares d'ailleurs, allaient plus souvent à la faveur de cour qu'à la grandeur des services ou à l'éclat des œuvres. Cette noblesse ne se recrutait pas comme l'aristocratie anglaise, qui n'a jamais cessé d'attirer dans ses rangs les hommes nouveaux qui lui apportaient leurs talents, leur puissance, ou même seulement leur richesse. Elle restait fermée. Et comme l'ancienne société était divisée en classes, en ordres, en corporations qui pensaient, agissaient, travaillaient sous la discipline des règlements ou sous l'empire des traditions, elle ne comptait, en dehors de la noblesse, que quelques grands noms, dans les différentes sphères de l'activité sociale. Son organisation gênait la liberté et étouffait l'originalité des individus. Elle n'avait vraiment pas, sauf la noblesse, de couches supérieures constituant une véritable aristocratie, dans le sens tout moderne du mot.

Chose curieuse et pourtant facile à comprendre! L'époque qui a fait la France nouvelle fut la plus stérile en œuvres de l'esprit. Chateaubriand et

madame de Staël ont écrit leurs olus beaux livres dans Texii. C'est que la Révolution glaça de terreur notre jeune démocratie, et que l'empire l'enivra de gloire. Avec la liberté, elle prit son essor dans toutes les directions. Sciences, lettres, beaux-arts, poésie, éloquence, politique, philosophie, industrie et commerce, ce qu'elle produisit d'œuvres et d'hommes est merveilleux de diversité et d'originalité sous les régimes plus ou moins libéraux qui se sont succédé jusqu'à nos jours. C'est que la démocratie libre, c'est l'expansion de toutes les forces, le rayonnement de toutes les lumières, l'éclosion de tous les talents, chaque vocation suivant sa voie, chaque création marquant son œuvre de son empreinte personnelle, nulle individualité ne s'enchaînant à la tradition, ou ne se laissant enfermer dans la discipline. Du sein fécond d'une telle démocratie devait émerger une admirable élite, aussi difficile à classer qu'à compter, qui sortait de toutes les conditions sociales. C'est la véritable aristocratie de notre temps.

Un charmant écrivain de nos jours a parlé en termes peu respectueux de cette démocratie antique, faite d'esclaves et d'artisans, qui ne fut que le fumier sur lequel s'épanouit la fleur de la civilisation. Je crains qu'il n'enveloppe, dans son aristocratique dédain, les démocraties de tous les temps et de tous les lieux. Il serait fort injuste pour la nôtre, qu'il faut considérer, non comme la matière, mais comme la matrice de notre aristocratie nouvelle.

Elle en est la mère, et sa noble fille aurait bien

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mauvaise grâce à renier son origine. Oui, on ne saurait le redire, notre nouvelle aristocratie est la chair et le sang de ce grand peuple qui l'enfante chaque jour dans le travail et la douleur. Elle n'est pas tombée du ciel, comme la caste sacerdotale de l'Inde. Elle n'est pas née de l'hérédité, comme le patriciat romain. Elle n'est pas venue de la conquête comme la noblesse anglaise. Elle n'est pas sortie d'une féodalité quelconque, comme la noblesse française ou la noblesse allemande. Elle n'a pas pour origine tel ou tel événement social. Elle n'a pas d'institution qui la crée, d'organisation qui la fasse durer, de privilèges qui la fassent vivre. On ne peut dire qu'elle est sortie à telle date et de telle façon de la démocratie. Elle n'existe point à l'état de corps permanent. Elle se fait et se renouvelle tous les jours, engendrée perpétuellement par la démocratie qui la porte dans ses flancs.

Cette aristocratie-là est partout, dans tous les rangs de la société française. Aucun gouvernement ne saurait s'en passer. Notre République conservatrice le comprenait, et c'est pour cela qu'elle avait fait un Sénat. Notre République radicale, qui est la démocratie à outrance, ne veut en entendre parler. Et quand elle arrivera au pouvoir, ce qui n'est qu'une question de temps, sa première œuvre de destruction

sera de le supprimer. En attendant, elle a réussi à en changer le tempérament, en en faisant, autant qu'elle Ta pu, la représentation du nombre, comme la Chambre des députés, et en réduisant sa fonction à celle d'une Chambre d'enregistrement des actes de la Chambre démocratique. Si les conservateurs républicains rentraient jamais au gouvernement, la première chose à faire serait de rendre au Sénat son autorité de pouvoir médiateur et modérateur. Mais alors il faudrait le refaire.

Ce sera donc l'œuvre de la monarchie nouvelle, si la France comprend un jour que son salut est dans une restauration monarchique. Mais du moment que cette aristocratie dont je viens de parler n'est plus une classe, et ne forme plus un corps, où la trouver et de quelle manière est-il possible d'en faire une institution de l'État? Voilà la première question qui se posera dans une Assemblée qui aura pour mission de faire une constitution monarchique pour la France. J'ai dit que l'aristocratie née de la démocratie française est partout, c'est-à-dire dans tous les rangs de notre société démocratique. Elle figure avec honneur, avec un certain éclat, dans toutes les administrations de l'État, justice, magistrature, université, armée, travaux publics, finances. La sélection de bas en haut s'y fait de la façon la plus naturelle et la plus sûre. Tous nos fonctionnaires montent plus ou moins lentement, toujours laborieusement, les degrés de la hiérarchie administrative, et arrivent aux premiers rangs par leur capacité, leur expérience et la

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durée de leurs services. Ils sont le rouage le plus indispensable de la machine gouvernementale. Qu'estce qui fait, à cette heure d'anarchie parlementaire, que le pays ne s'aperçoit pas que nous n'avons plus de gouvernement? C'est que, si la main du gouvernement lui manque, il sent toujours la main de l'administration. En faisant entrer de plus en plus la politique dans les rangs de cette administration, le parti républicain ne se doute pas qu'il détruit de ses propres mains l'admirable mécanisme qui maintient encore un certain ordre dans une démocratie abandonnée à ses instincts anarchiques.

L'aristocratie administrative n'est pas la seule où l'État, monarchique ou républicain, doive chercher les éléments de ce qu'on appelle une Chambre haute. Tous les employés des grandes sociétés de crédit, d'industrie, de commerce et d'agriculture peuvent arriver par les mêmes services et par les mêmes degrés aux plus hautes positions de la hiérarchie sociale. En dehors de ces administrations publiques et de ces sociétés privées, rayonnent les plus grandes gloires de la démocratie française, dans les professions libérales, lettres, sciences, beaux-arts, éloquence, poésie, philosophie. Et enfin, dans la sphère plus modeste de notre organisation départementale et municipale, combien de simples propriétaires obtiennent la considération et la popularité, par le modeste emploi de leurs capacités mises au service des intérêts locaux et le généreux usage de leurs richesses appliquées au soulagement des misères pri-

vées? La propriété qui se montre par des bienfaits a sa place dans cette aristocratie. Tous ces hommes plus ou moins éminents, chefs naturels et nécessaires de notre démocratie, ne doivent-ils pas trouver leur place dans TÉtat?

Il est de mode, dans le monde républicain, de mal parler des classes dirigeantes. On n'y est guère moins sévère pour la bourgeoisie actuelle que pour l'ancienne noblesse. Je ne regrette la domination d'aucune classe. Ce n'est pas seulement la noblesse qui a fait son temps; c'est la bourgeoisie elle-même, cette bourgeoisie si fière de ses richesses, et qui n'a pas toujours si bien mené nos affaires sous les gouvernements de son goût. La Révolution lui avait ouvert une belle carrière, par la destruction de l'aristocratie nobiliaire. Elle était devenue en quelque sorte la maîtresse de l'État. Elle ne fut pas à la hauteur de son rôle. Elle manqua de grandeur, de générosité, même de sens politique, puisqu'elle ne sut pas défendre le gouvernement parlementaire qu'elle avait contribué à créer. Si elle a paru faire assez grande figure dans la monarchie de 1830, c'est grâce à cette aristocratie toute personnelle des grands talents qui ne sortaient pas de son sein pour la plupart. Ils n'étaient pas des nobles déclassés, comme Mirabeau. C'étaient surtout des lettrés, dont une haute culture intellectuelle avait fait des orateurs et des hommes d'État. Les Thiers, les Guizot, les Rémusat, les Cousin, les Royer-Collard, n'avaient rien de bourgeois dans leur manière de penser, de parler et de vivre. Je ne connais qu'un

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grand bourgeois, Casimir Périer, qui fut, il est vrai, le premier homme d*État de son temps. Mais c'était une personnalité exceptionnelle, qui trouva dans son grand caractère et dans son grand bon sens ces parties supérieures de Tart de gouverner que Royer- Collard a qualifiées de divines^ par une exagération de langage que je n'ai jamais bien comprise. Notre démocratie actuelle n'a guère plus de goût pour le gouvernement des bourgeois que pour celui des nobles. On ne refera pas, en France, le gouvernement des classes dirigeantes, par la bonne raison qu'il n'y a plus de classes, à proprement parler.

Nos démocrates ne contestent point l'existence de cette aristocratie. Ils en sont même d'autant plus fiers qu'elle sort des entrailles de la démocratie. Seulement, ils n'entendent pas lui faire une place à part dans l'État. Ce serait un privilège contraire au principe de l'égalité. Ils la laissent donc à la merci de l'élection populaire qui n'a, comme on sait, qu'un médiocre souci des supériorités. C'est aux aristocrates de cette espèce à jouer des coudes pour arriver pêle-mêle, avec les élus quelconques du suffrage universel, à se faire leur place au sein de la représentation nationale, en faisant le métier de solliciteurs. A vrai dire, nos démocrates ne tiennent pas à ce qu'ils arrivent, parce que tout ce qui sort du rang

dans leur idéal d'égalité sociale leur déplaît et les inquiète. Voilà ce qui fait qu'ils ne peuvent souffrir de Chambre haute, fût-elle uniquement recrutée dans cette aristocratie dont j'ai parlé. Ils la redoutent comme un obstacle aux progrès de la démocratie, telle qu'ils la veulent, exaltant les humbles, abattant les superbes, et faisant passer sur notre société tout entière l'uniforme niveau de la médiocrité. « La République n'a pas besoin de savants, disait un président du tribunal révolutionnaire qui envoyait Lavoisier à Téchafaud. » Le peuple, nous répète notre école démocratique, entend se gouverner lui-même. Il veut des commis, non des tuteurs.

Les deux Assemblées constituantes de 89 et de 48 n'étaient pas tout à fait dans ces sentiments. Mais elles avaient une confiance sans bornes dans le suffrage universel. Elles crurent que l'élection populaire aboutirait à une sélection aristocratique, dans le vrai sens du mot. Le résultat des élections parut d'abord justifier cette confiance. La première Constituante était préparée par les cahiers de 89. Le peuple ne fit qu'obéir aux réclamations unanimes de Topinion publique. Il élut véritablement l'élite du pays. Il fit, en ce cas, ce qu'il fait toujours dans les circonstances extraordinaires. Il envoya siéger à la grande Assemblée nationale les hommes les plus connus pour leurs talents et leurs vertus. Il n'oublia que les services. Les administrateurs manquèrent à cette noble Assemblée, les uns parce qu'ils n'avaient pas de notoriété, les autres parce qu'ils étaient impopulaires. Peuplée

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de lettrés, de philosophes, de publicistes, d'orateurs, de journalistes, elle fit une belle constitution, nullement pratique, dans laquelle elle annula la royauté et oublia la Chambre haute. Son œuvre faite, elle se suicida, en laissant faire le reste à ses successeurs. On peut dire, sans leur faire tort, que la Législative et la Convention ne furent pas des modèles de ce gouvernement parlementaire qu'avait rêvé la Constituante. L'élection populaire n'y fut point une sélection des meilleures. On pourrait s'étonner de la sagesse de cette Convention qui fit une place à une Chambre haute, dans sa constitution, si l'on ne savait qu'elle s'y réservait la nomination d'une partie de ses membres. Le rôle effacé, d'ailleurs, du Conseil des Anciens, ne devait servir qu'à préparer le 48 Brumaire. Le Sénat de l'empire fut bien la représentation aristocratique de la société nouvelle dans l'État. Mais l'État tout entier, c'était l'homme qui faisait l'admiration de la France et la terreur de l'Europe. Les grands noms ne manquaient pas à ce Sénat. Ce n'étaient que des noms. Le maître ne souffrait partout que des serviteurs. Il fallut l'invasion étrangère pour le faire sortir de son silence. Et alors il ne parla que pour sauver son existence.

On a beaucoup médit des Chambres hautes de la Restauration et de la monarchie de Juillet. On a prétendu qu'elles n'ont servi à rien, pas plus au pouvoir, qu'elles ne purent défendre contre les assauts des factions, qu'au pays, qu'elles ne surent pas protéger contre les usurpations du pouvoir. C'est un reproche

qui n'est point fondé. Est-ce que les Chambres des députés ont mieux défendu la monarchie contre rinsurrection? Il est vrai qu'en temps de révolution le peuple ne fait pas aux Chambres hautes l'honneur de les envahir. Mais le rôle des Parlements n'est pas d'arrêter les révolutions qui emportent un gouvernement. C'est de les prévenir par un concours loyal et intelligent donné au pouvoir exécutif. C'est surtout, en temps ordinaire, d'aider le gouvernement dans l'œuvre de chaque jour. Les Chambres hautes de la monarchie n'ont point manqué à cette double mission. Le coup d'État de Charles X n'était guère plus du goût de la Chambre héréditaire que de la Chambre élue. La Chambre introuvable de 1815 rencontra dans la sagesse de la Pairie une certaine résistance à ses furieuses passions. La Chambre des pairs nommée par le gouvernement de Juillet ne fit point de tapage parlementaire, comme la Chambre des députés. Elle ne fit pas de ces coalitions qui ébranlèrent la monarchie de 1830. En somme, elle fit, sans bruit, de meilleure besogne. Elle fut aussi utile au pays qu'au gouvernement par la lumière de ses discussions et par la sagesse de ses délibérations. Elle garda toujours sa liberté et sa dignité dans le concours qu'elle prêta au pouvoir.

La Constituante de 48 eut la même confiance que son illustre aînée dans l'intelligence du suffrage populaire. Elle ne vit point l'utilité d'un Sénat, sous le régime républicain; et, de plus, elle fit la faute de laisser au suffrage universel le choix du chef de l'État.

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Gela nous valut le second empire, dont le Sénat, aussi bien doté que celui de Napoléon P% ne fut guère moins muet ni moins docile. Il eut plus d'hommages à offrir au maître que de conseils et d'avertissements. On discutait encore au Corps législatif. On ne faisait guère que voter au Sénat, sauf quelques rares protestations, à propos, par exemple, de la trop fameuse loi des suspects que presque seul le maréchal de Mac- Mahon refusa de voter.

Sans avoir le nom de Constituante, notre Parlement de 71 avait pour mission de remettre sur ses pieds la noble blessée de la guerre allemande. C'était une Assemblée de patriotes, nullement sectaires ni utopistes, qui, ne pouvant refaire la monarchie, ne voulut pas laisser la France sans gouvernement. Elle lui fit une constitution républicaine, où elle n'oublia aucune des institutions qui pouvaient faire de notre démocratie un régime d'ordre et de liberté, si cette constitution eût été sincèrement pratiquée. Dans cette œuvre de sagesse plus que de logique, elle fit une place à un Sénat bizarrement composé, mélange de l'élection populaire et de l'élection parlementaire, qu'une revision, plus logique que politique, réduisit à n'être plus guère qu'une doublure de la Chambre des députés. Comme cette dernière, il devint la représentation du nombre par l'augmentation des électeurs proportionnelle au chiffre de la population. Je conviens que notre démocratie républicaine ne pouvait pas laisser subsister cette anomalie de sénateurs à vie et de sénateurs élus. Mais il est certain

que, depuis la revision, le Sénat a perdu de son indépendance, de sa modération, de sa supériorité personnelle. L'élection par le Sénat allait chercher les hommes de valeur, quand elle n'était pas dominée par la passion politique. L'élection par les communes n'ayant chacune qu'un électeur sénatorial, quel que fût le chiffre de leur population, en faisait là représentation des intérêts. C'était bien alors le grand Conseil des communes, comme avait dit Gambetta, qui n'en provoqua pas moins la réforme de la loi électorale concernant le Sénat.

Nous en sommes là, si l'on peut encore parler de constitution en ce moment. Si jamais la monarchie vient à remplacer une république qui devient de moins en moins habitable, elle n'oubliera certainement pas la Chambre haute dans la constitution sur laquelle elle établira son gouvernement. Mais où en devra-t-elle chercher les éléments? Évidemment, dans cette aristocratie dont je viens de démontrer l'existence et d'expliquer l'origine. Voici bientôt près d'un siècle que Ton fait, en France, l'épreuve des Chambres hautes. On parait fixé sur leur importance et leur rôle politique. On discute toujours sur la manière de les composer. Il faudrait un livre pour exposer et examiner en détail tous les projets qu'a suscités ce difficile problème. Je me bornerai à

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résumer les principaux modes de composition qui peuvent être proposés. Mais, pour se retrouver dans ce labyrinthe, il faut un fil conducteur, c'est-à-dire un principe qui domine toute cette discussion. Que doit être une Chambre haute, dans une société comme la nôtre? La représentation la plus complète possible de notre aristocratie sociale. Toutes les solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients propres. Pour pouvoir en décider, il faut toujours regarder le but. Le mode de recrutement qui satisfera le mieux à la condition qui vient d'être énoncée sera le meilleur. C'est à celui-là que le législateur devra s'arrêter. Encore une fois, c'est la fin qu'il faut voir, quand il s'agit de trouver le moyen.

Si divers qu'ils soient, tous ces modes peuvent se ramener à quatre : l'hérédité, l'élection parlementaire, l'élection populaire, la nomination royale.

Une Chambre héréditaire est possible dans les pays aristocratiques où l'hérédité se retrouve encore partout dans l'ordre social. En Angleterre et en Allemagne, le fils aîné hérite fréquemment de la propriété immeuble, ainsi que de l'autorité paternelle, . de manière que la mort n'apporte aucun changement dans la constitution de la famille. Comment l'opinion publique se révolterait-elle contre une Chambre des lords ou une Chambre des seigneurs? En sera-t-il toujours de même? On peut en douter. On voit le flot de la démocratie monter dans ces deux pays, malgré l'aristocratie territoriale ou l'aristocratie militaire qui y domine. Le jour viendra sans doute où les deux

Chambres héréditaires seront emportées par le vent des révolutions. Le grand avantage des Chambres de ce genre, c'est d'être des corps conservateurs et indépendants. Quand Royer-Collard, Guizot et Thiers ont soutenu cette cause désespérée, ils furent écoutés, mais non suivis, par une Chambre des députés qui pensait peut-être encore comme eux, mais n'osait point braver ce qu'elle regardait alors comme un préjugé démocratique. J'ai toujours cru que l'opinion avait raison contre nos grands orateurs. Une Chambre héréditaire, dans notre société nouvelle, n'a pas seulement le malheur de blesser l'instinct démocratique; elle a le défaut de ne pas représenter, dans la juste mesure, l'aristocratie de notre France actuelle. Je ne crois pas qu'à la prochaine Constituante cette thèse trouve beaucoup de partisans.

Les politiques qui se défient de l'élection populaire, à tous ses degrés et sous toutes ses formes, ont imaginé l'élection parlementaire, c'est-à-dire la nomination des pairs ou sénateurs par la Chambre haute elle-même. Et comme là encore l'élection leur est suspecte, ils proposent de les nommer à vie. On a accusé notre Assemblée nationale de 71 d'avoir trop songé à ses intérêts personnels, quand elle s'est fait la part des 75 sénateurs ; ce dont, par parenthèse, a si bien profité la minorité républicaine, grâce à la défection des royalistes intransigeants qui y ont gagné une vingtaine de sièges. La droite monarchique avait une pensée plus politique, en faisant cette singulière combinaison. Elle voulait assurer une majorité con-

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servatrice au Sénat. On oublie toujours, quand on parle de cette Assemblée, que les monarchistes y étaient avant tout conservateurs. Ce mode d'élection n'aura pas d'imitateurs. En tout cas, si ce ne fut pas un calcul, ce fut un expédient. Il a son avantage, et même sa nécessité dans une Académie. Il ne convient point à une Assemblée politique. Une Chambre haute, recrutée dans ces conditions, n'aura jamais d'autorité dans un pays comme le nôtre.

Reste l'élection proprement dite. Mais quelle élection? Est-ce l'élection directe ou l'élection à deux degrés? Est-ce l'élection générale, embrassant tout le pays électoral, ou l'élection spéciale réduite à certaines catégories d'électeurs? Les conservateurs efrayés ne croient trouver de base solide pour la Chambre haute que dans la propriété. Du moment que la composition de la Chambre des députés est livrée aux hasards de l'élection populaire, ils ne voient de garantie pour les intérêts que dans une Chambre de grands propriétaires élus par la masse des détenteurs de la propriété. D'une Chambre ainsi composée, on pourrait certainement attendre une Assemblée aussi résolument conservatrice qu'une Chambre héréditaire. Elle soutiendrait énergiquement et constamment le gouvernement contre les assauts de la Chambre démocratique. Mais elle aurait tous les inconvénients de l'hérédité. Elle ne serait pas plus agréable que la pairie héréditaire à notre démocratie. Ce n'est pas seulement l'hérédité qui choque celle-ci. N'a-t-elle pas acclamé la monarchie

héréditaire des Napoléons? C'est surtout l'inégalité des conditions électorales qu'elle ne peut souffrir. Par la nomination du prince, comme par l'élection populaire, la porte de la Chambre haute reste ouverte à tous les élus de la démocratie. Elle serait fermée à ses plus illustres chefs par un corps électoral uniquement formé de propriétaires. D'autre part, en admettant que ce mode d'élection porte à la Chambre haute les plus dignes représentants de la propriété, il aurait le défaut d'en faire une représentation fort incomplète de notre aristocratie sociale.

L'élection des membres de la Chambre haute par les électeurs censitaires des députés de la monarchie de Juillet vaudrait mieux, surtout avec l'adjonction des capacités, parce qu'on pourrait espérer une représentation plus complète de toutes les notabilités du pays. Serait-elle d'une qualité bien supérieure à celle de la seconde Chambre. Il est permis d'en douter. Le corps électoral formé par le cens n'a pas montré un goût aristocratique dans ses choix. Sans tomber trop bas, la moyenne de nos Chambres des députés ne s'est jamais élevée bien haut. On peut obtenir par ce mode d'élection des Chambres bourgeoises qui font de la bonne besogne, quand elles ont à leur tête des chefs désignés par leur éclatante supériorité. Mais ce n'est point encore la qu'il faut chercher les vrais représentants de notre aristocratie sociale. Et puis, fût-ce là le meilleur recrutement possible de la Chambre haute, notre démocratie ne voudrait jamais en entendre parler.

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L'élection par les conseils généraux, auxquels on pourrait adjoindre les conseils d'arrondissement pour faire nombre, comptait parmi ses partisans de sages républicains, comme Laboulaye, disposés à prendre pour modèle en tout la grande République américaine. Elle ferait sans doute une chambre d'affaires honnête, sensée, pratique surtout, un petit Sénat américain. Elle ne ferait point une première Chambre française à la hauteur des questions de politique intérieureet d e politique extérieure qui touchent aux plus grands intérêts du pays. La position géographique des États-Unis leur évite les difficultés, les garantit des écueils que notre situation et notre rôle en Europe nous exposent à rencontrer. Si notre peuple n'avait à compter que sur la courte sagesse des gens d'affaires dans certaines circonstances décisives, non seulement il n'aurait pas le droit d'en être fier, mais il n'aurait pas lieu d'être bien rassuré. La démocratie américaine, d'ailleurs, est un grand corps où circule une vie politique qu'on ne sent dans notre démocratie qu'à ses jours d'action. Si l'instruction supérieure y est à peu près nulle, l'instruction primaire y est forte et universellement répandue. Elle permet à tous les électeurs de lire les journaux, et de comprendre tout ce qui fait l'objet de la politique habituelle. Quand on propose cette importation de la constitution américaine, on oublie aussi que nos conseils de département n'ont point l'importance numérique des assemblées générales des États américains, et que la grande République est une fédération dont chaque État a son parlement, son

gouvernement et son administration, qui laissent peu à faire à l'administration, au parlement et au gouvernement central. L'éducation politique des candidats au grand Sénat se fait, dans chaque Sénat d'État, par le maniement quotidien des affaires locales. La presse américaine y aide beaucoup, étant moins littéraire et plus positive que la presse française. Tout cela fait que ce peuple n'a pas aussi besoin que le nôtre d'une tète, d'une élite sociale, pour le gouverner. Voilà comment ce qui peut être bon aux États-Unis ne suffirait point à notre démocratie? Pour constituer, chez nous, un grand pouvoir politique comme la Chambre haute, il faut un corps électoral autrement nombreux, autrement divers que nos conseils généraux. C'est pour le coup que nos démocrates auraient raison de crier à l'oligarchie.

Je crois inutile d'insister sur l'élection des sénateurs ou pairs par le suffrage universel, comme pour la Chambre des députés. A quoi bon doubler celle-ci! Il est bien plus simple de réduire la représentation nationale à une Chambre unique. J'entends dire que deux Chambres de même origine n'auront pas le même esprit, du moment qu'elles seront en face l'une de l'autre. L'argument n'est pas sérieux. Il ne suffit pas que deux assemblées se regardent pour se quereller. On a cru changer le caractère de l'élection populaire, en l'enfermant dans des catégories. C'était le projet du premier président de la République. Ces catégories seront toujours assez larges, quoi

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qu'on fasse, pour que la démagogie puisse y trouver les élus de son cœur, fussent-ils inconnus ou trop connus. Le système des catégories est un filet à mailles peu serrées, à travers lequel tout peut passer.

Il faut bien prendre au sérieux l'élection à deux degrés, puisque c'est elle qui a fait notre Sénat, sauf les sénateurs à vie. Une institution se juge sur les résultats. Seulement, pour juger de la vertu de l'élection sénatoriale, il est nécessaire de la suivre dans les épreuves successives qui en ont été faites. On ne peut contester que l'élite du Sénat actuel ne vienne soit de l'élection par l'Assemblée nationale, sQit de l'élection par le Sénat. Après les premières élections départementales faites sous le gouvernement des conservateurs, qui ont envoyé au Sénat un certain nombre de représentants distingués dés divers partis, l'élection n'a plus guère donné que des noms à peu près inconnus hors de leur localité. Peu à peu les noms illustres ou bien connus ont disparu soit par la mort, soit par le remplacement. A mesure que le Sénat devint plus républicain, il devint moins indépendant et moins puissant. On ne peut dire qu'il est muet aujourd'hui. Mais les grandes discussions y deviennent plus rares; ce sont toujours des orateurs de l'opposition conservatrice, républicains ou monarchistes, qui les reprennent et leur donnent de l'éclat, ne pouvant en faire sortir autre chose que d'éloquentes protestations. Les sénateurs qui ont pris la place des anciens n'ont pas hérité de leur talent et de leur

rôle. Qui pourrait dire le nom du personnage qui, dans TEure, a remplacé le duc de Broglie? Ce n'est pas ce mode d'élection qui fera de la Chambre haute une Chambre aristocratique, dans le nouveau sens du mot. Qu'est-ce aujourd'hui que le Sénat, tel que l'a fait la loi électorale réformée par la revision constitutionnelle, sinon une Chambre d'enregistrement? La loi est jugée par ses résultats.

Tous ces modes d'élection ont le défaut capital de ne pas faire de la Chambre haute ce qu'elle doit être, la représentation la plus complète possible de notre aristocratie sociale. Il en est un qui semble atteindre ce résultat, et qui, pour cela, mérite un examen particulier : c'est l'élection par toutes les classes qui se partagent les œuvres de notre démocratie. En supprimant tous les privilèges et toutes les servitudes qui faisaient des classes diverses de l'ancienne France autant de corporations ou de corps fermés, la Révolution n'a point supprimé les diverses catégories sociales. Elle leur a seulement rendu l'air de la liberté, en les ouvrant à l'activité de tous les citoyens. La France nouvelle compte plus que jamais des savants, des lettrés, des artistes, des agriculteurs, des industriels, des commerçants, des administrateurs, des soldats, des professeurs, des prêtres et des ministres, des hommes de toute fonction, de toute profession, de tout métier. C'est ce grand peuple-là qu'il s'agirait de réunir, non plus dans les comices généraux où se fait l'élection de nos députés, mais dans des comices spéciaux où se ferait l'élection des pairs

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OU sénateurs qui appartiennent à ces diverses catégories. De cette façon l'élection pourrait être une véritable sélection, les électeurs votant en connaissance de cause pour les candidats qui leur sont présentés dans les diverses catégories sociales ci -dessus énumérées. Par ce mode d'élection on obtiendrait la représentation exacte de cette aristocratie nouvelle que ne peut donner l'élection en bloc des députés. Dans chacun de ces mondes-là, on se connaît et on s'apprécie. Il n'est pas un électeur, si modeste, si humble qu'il soit, qui ne puisse juger de la capacité ou tout au moins de la notoriété des candidats.

L'idée est séduisante en théorie. Est-elle pratique? Voyons la théorie à l'application. D'abord comment se fera l'élection? Quelles seront les circonscriptions électorales à établir? Rien n'est plus simple pour les élections ordinaires. Gomme le corps électoral a partout la même composition, que le nombre y fait la loi, les circonscriptions géographiques n'offrent aucune difficulté. Qu'il s'agisse d'élections générales ou partielles, du scrutin de liste ou du scrutin uninominal, c'est le département ou l'arrondissement. On vote pêle-mêle, sans distinction de classes. Il en serait tout autrement dans ces élections spéciales qui auraient pour objet l'élection des membres d'une Chambre haute ainsi composée. Sur quelle base et de quelle manière formerait-on les circonscriptions électorales?

S'il s'agit d'élections générales, je ne vois pas le moyen de les localiser. Des élections par arrondisse-

ments, par départements, même par provinces, ne se comprendraient pas, soit à cause du petit nombre d'électeurs, soit à cause de Tinégalité numérique. L'élection par catégories est donc une utopie qui se refuse à toute application.

Mais ce n'est pas encore là son plus grave défaut. Ce mode d'élection porterait le trouble et l'agitation dans tous les rangs de l'aristocratie sociale. Se figuret-on ces paisibles administrations de l'État en proie tout à coup à la fièvre électorale, et leur œuvre quotidienne interrompue par les intrigues des candidats et les cabales des électeurs? Gomment la discipline hiérarchique, si nécessaire au bon service de l'État, pourrait-elle y résister? Que deviendrait la justice administrative, avec ces relations d'électeurs et d'élus, créant des obligations pour les uns, des droits pour les autres? Où en seraient l'autorité et l'obéissance? Ce serait le bouleversement de toute administration. Quant aux professions libérales, si l'élection par catégories n'y causait pas les mêmes effets, qui pourrait répondre que les choix en seraient toujours judicieux? On le voit par les jurys élus pour les prix de mérite. L'expérience n'a pas montré qu'ils fonctionnent mieux que les commissions nommées administrativement. Peut-être, au contraire, faudraitil reconnaître qu'ils ont moins de compétence et d'impartialité. Les rivalités d'écoles s'y font jour de façon à faire oublier la justice, en fait d'art. Les habitudes et les passions de l'élection politique, transportées dans un monde où il n'est pas bon qu'elles

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pénètrent, en feraient une espèce de forum qui en changerait les mœurs.

Si j'ai à peu près parcouru toute la liste des modes d'élection, je suis en droit de conclure que ce n'est pas dans l'élection, quel qu'en soit le mode, qu'il faut chercher la composition de la Chambre haute. C'est donc à la nomination royale qu'il faut la demander. Il semble que ce soit là un procédé bien peu démocratique. Et si je soutiens que la démocratie y trouvera plus que dans tout autre la satisfaction de ses légitimes exigences, nos démocrates vont se récrier de nouveau. Mais voyons les choses de près, sans nous inquiéter des préjugés et des déclamations de parti. De quoi s'agit-il encore une fois? De faire monter au sommet de l'échelle politique cette aristocratie sociale sortie des flancs de la démocratie. L'élection, à tous ses degrés et sous toutes ses formes, n'y peut réussir. On voit, par nos élections de députés, comment l'élection est une sélection. La composition de notre personnel parlementaire est une démonstration concluante . Je ne veux pas dire que les hommes éminents ne s'y trouvent point, ni même que les hommes intelligents y soient rares. Mais ce n'est pas faire injure à ce personnel de dire qu'il ne représente pas suffisamment notre aristocratie actuelle.

Le prince aura-t-il la main plus heureuse que le

peuple? Si j'en juge par rexpérience faite par la monarchie de Juillet, il me semble que l'élection d'en haut a plus de chances d'être une sélection que l'élection d'en bas. Quand cette monarchie a remplacé par la pairie à vie la pairie héréditaire, reconnue incompatible avec notre démocratie, elle a fait une Chambre haute où les grands noms ne manquaient pas. On y voyait des poètes, des philosophes, des savants, des artistes, à côté des grands représentants de la propriété, du commerce, de l'industrie, de l'administration, de l'armée, de l'université et de la magistrature. Le choix des candidats n'était point un acte arbitraire du souverain; il était soumis à certaines conditions. On ne pouvait craindre que le prince eût la fantaisie de nommer des inconnus ou des gens trop connus, parce qu'il avait la responsabilité de son choix; ce dont le peuple ne montre aucun souci dans ses élections, quand c'est la passion qui le guide. Qu'il en eût ou non l'initiative, ce choix ne se faisait point sans l'avis du conseil des ministres, responsables de tous les actes politiques de la souveraineté royale. Cette Chambre des pairs, qui ne manquait pas de lumière, manquait-elle d'indépendance? Elle en avait, certes, beaucoup plus que notre Sénat, qui n'ose guère rejeter ni même amender sérieusement les lois qu'on lui apporte pour une discussion sans résultat. Des pairs comme un duc de Broglie n'auraient pas souffert qu'on se gênât si peu à leur égard.

On me rappellera le Sénat de l'empire, qui comp-

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tait des hommes éminents en assez grand nombre. Celui-là n'était pas et ne pouvait être indépendant. Mais où est l'indépendance sous un régime despotique ? Elle n'était guère plus dans le Corps législatif que dans le Sénat. Il est dans la destinée de tous les gouvernements de ce genre de fausser les meilleures institutions. Le prince n'avait pas si mal choisi ses sénateurs. Il était toujours prêt à ouvrir les portes de la Ghamhre haute aux illustrations de la monarchie de Juillet ou de la République, pourvu qu'on voulût bien lui prêter serment de fidélité. Il faut lui rendre justice : à cette condition, il tendait la main aux hommes de tous les partis qui consentaient à servir l'État, bien différent en cela de notre gouvernement républicain qui garde tout pour ses amis. C'est qu'un chef de gouvernement, sous un régime monarchique quelconque, représente plus ou moins l'intérêt national, tandis qu'un président de République, quelle que soit son impartialité personnelle, est plus ou moins l'homme d'un parti. Le prince a des ministres qui peuvent, à propos de tel ou tel choix, obéir à un mot d'ordre de leurs amis parlementaires. Mais, comme c'est lui qui nomme en définitive, il reste juge de la valeur du candidat qu'il s'agit de faire entrer à la haute Chambre. Son choix est libre en ce sens qu'il en a la responsabilité. S'il ne connaît pas l'homme lui-même, il a une bonne mesure pour l'apprécier à sa valeur. C'est le jugement de l'opinion publique, qu'il ne faut pas confondre avec l'engouement populaire. Rien ne l'em-

pêche de le choisir librement, parce qu'un prince qui comprend sa mission, ne prend jamais d'engagement avec les partis. Il n'est leur juge et leur arbitre, je ne dis pas leur maître, qu'autant qu'il garde toute sa liberté. Voilà pourquoi une Chambre des pairs nommée est toujours plus ou moins la représentation du pays, tandis qu'un Sénat élu ne peut guère être que la représentation d'un parti.

En reprenant la tradition de la nomination royale, dans la composition d'une Chambre haute, j'y ajouterais une chose qui ne me paraît pas indifférente. Selon moi, il ne suffit pas que le choix du prince soit limité à des catégories. Pour que ce choix ne puisse jamais changer le caractère essentiel de la Chambre aristocratique, il me semble nécessaire que la proportion, dans laquelle les catégories qui la composent figurent au début, reste invariable, quel que soit le recrutement successif de cette Assemblée. Ainsi, ce sera un diplomate, un politique, un savant, un lettré, un artiste, un magistrat, un professeur, un prêtre, un administrateur, un propriétaire, qui sera appelé par la nomination royale à recueillir la succession d'un de ses pairs. De cette façon, la Chambre haute restera toujours la complète représentation de notre aristocratie nouvelle. La nomination royale n'en pourra changer la constitution.

Dans la Chambre haute ainsi composée, chaque catégorie aura sa place. Et cette place y sera d'autant plus grande que son rôle social est plus considérable. Quel pourrait être le banc suspect à notre

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démocratie? Ce ne sera pas le banc des généraux et des amiraux. Celui-là sera toujours le plus populaire en France. Ce ne sera pas le banc des savants, ou des lettrés, ou des professeurs, ou des avocats, ou des artistes illustres. Notre peuple aura toujours le culte de Tesprit et du talent. J'estime que le banc des magistrats ne lui déplaira pas, surtout s'ils sont éloquents. Le banc des financiers, des industriels, des propriétaires ne sera jamais bien populaire. Les barons de la finance, de l'industrie, de la propriété, quelle que soit la distinction des personnes, ont le défaut de représenter une chose qui est d'une grande importance sociale, la richesse, mais qui est peu démocratique. Le banc des diplomates n'aura peutêtre pas toutes les sympathies qu'il mérite, pour les services qu'ils rendent, parce que le peuple ne les connaît point. C'est le banc des évêques que le préjugé démocratique acceptera le moins facilement. Ce serait bien à tort; car les plus hauts intérêts de l'Etat réclament leur présence dans une Chambre où leur voix doit toujours être écoutée. Si le banc des évêques n'est pas populaire en France, cela tient bien plus à des souvenirs de domination cléricale qu'à des répugnances instinctives. La secte qui a déclaré la guerre à la religion ne sort pas du peuple.

Voilà donc une démocratie et une aristocratie qui n'auront point entre elles de sanglants démêlés. Voilà des Chambres qui ne se prendront point aux cheveux. Toutes deux ont la même origine, par une filiation plus ou moins directe. C'est la démocratie

qui est leur mère commune. Elles resteront, -comme deux sœurs, unies dans une mission de paix et de salut, aidant de leur concours et de leurs conseils le pouvoir monarchique dans son œuvre de réorganisation sociale. Sous ce nouveau régime, plus d'intérêts contraires, plus de luttes acharnées, plus de révolutions, qui mettent TÉtat en péril. Les trois pouvoirs, vivant en hon accord, la main dans la main, quel rêve! N'est-ce pas oublier l'histoire? Non, l'histoire ne se répète pas autant qu'on le pense. A ceux qui n'y regardent pas de près, elle semble ramener toujours les mêmes situations et les mêmes révolutions. En réalité, le fond des choses y change perpétuellement ^ous les mêmes apparences. La monarchie, la démocratie, l'aristocratie de la France nouvelle n'ont guère de commun que le nom avec les institutions du passé ainsi qualifiées. Comment devront-elles fonctionner? Quel sera le rôle de chacune dans l'œuvre commune du gouvernement représentatif? C'est ce que j'essayerai d'expliquer dans l'étude sur les rapports des grands pouvoirs de l'État.

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