‹ La démocratie libéraleChapitre 3 sur 39 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

Ai-je besoin d'avertir le lecteur que les chapitres qui suivent sont moins des études proprement dites que des vues pratiques sommairement résumées? J'ai publié, sous le second empire, un petit livre qui a fait quelque bruit, grâceà lasaisiedel'ouvrageetàlaprison de l'auteur. Le titre en était la Démocratie tout court- Je croyais tout dire en un seul mot. Démocratie libérale me semblait un pléonasme, sous un régime républicain. Ce livre était la simple explication du symbole de 89 : liberté, égalité, fraternité. C'est toujours la même doctrine que je professe, en ajoutant au titre une épithète dont l'expérience du régime actuel m'a démontré la nécessité. J'avais connu la démocratie impériale. J'ai appris à connaître la démocratie républicaine. Cela m'en a fait désirer une troisième qui sera la démocratie libérale. Celle-ci différera des deux autres en un point essentiel. Elle ne laissera à l'État que les attributions strictement nécessaires à l'accomplissement de sa mission. J'avais toute confiance en l'État républicain. Je lui faisais trop large part aux dépens de la liberté. Dans ma démocratie libérale, je restitue à la société toute la part qui lui appartient. Mes anciens amis, républicains libéraux, dont je ne suis séparé que par un mot, voudront bien me pardonner d'avoir été plus fidèle à notre cause qu'à notre parti. Cette cause, c'est la liberté dont la République nous avait paru le gouvernement par excellence. Vingt ans d'expérience m'oi)t enseigné que la République, au moins en France, n'est pas ce gouvernement. D'autre part, une période quasi séculaire de centralisation m'a édifié sur les mérites de cette administration impériale religieusement conservée par tous les régimes qui ont succédé au grand empire, y compris la République actuelle.

PRÉFACE. m

II est des politiques, même parmi nos conservateurs, qui trouveront peut-être étrange que je désespère du gouvernement républicain, alors qu'une si longue durée semble Tavoir mis hors de page. La troisième République a duré beaucoup plus que le premier empire et que la restauration, un peu plus que la monarchie de Juillet, autant que le second empire, et rien n'annonce qu'elle touche à sa fin. Tout au contraire, n'a-t-elle point fait un nouveau bail avec la fortune par sa grande victoire électorale de 1889? Nos optimistes ont même fait un beau rêve à la suite de ce triomphe. Voyant en quel péril l'aventure de Boulanger a mis notre République parlementaire, le gouvernement et le parti républicain ont paru comprendre qu'il fallait profiter de la leçon donnée par le pays mécontent. Après l'écrasement des partis coalisés, la concentration, qui avait assuré la victoire, n'avait-elle pas fait son temps? Ne fallaitil pas virer de bord, si l'on ne voulait voir sombrer le navire? N'était-il pas urgent de l'alléger de l'encombrant bagage radical qui avait failli le faire couler à pic? Appeler le centre gauche au gouvernail, laisser monter dans le navire une droite républicaine qui n'attendait que l'appel du gouvernement : en un mot, remplacer la perpétuelle manœuvre à gauche par la manœuvre à droite, n'était-ce pas le salut de la République?

Le parti qui occupe le pouvoir en ce moment a eu le temps de l'exécuter. Qu'a-t-il fait depuis les élections? Je conviens que, sans parler de M. Ribot, qui n'est pas né républicain, MM. Garnot, Gonstans et Freycinet ont eu de bonnes paroles. Il est évident qu'ils n'ont rien des passions de nos Jacobins et des préjugés de nos sectaires. Mais où sont les actes?

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