‹ La démocratie libéraleChapitre 32 sur 39 · Voir le Correspondant du 10 septembre · texte numérisé non relu

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porté leurs plus célèbres victoires. C'est encore ainsi que procéderont les généraux de . Tavenir , quels que soient les progrès de la mécanique militaire opérant sur des masses qui ne s'étaient jamais rencontrées sur des champs de bataille perdus dans l'espace.

On ne connaît les résultats de la grande expérience militaire faite dans nos plaines de la Champagne que par les impressions plus ou moins bien formulées des officiers étrangers qui y ont assisté. On en saurait davantage, si l'on pouvait avoir communication des rapports transmis à leurs états-majors. Mais ces rapports ne sortiront pas des cartons de l'administration militaire, et il ne faut pas compter sur des indiscrétions. Parmi les puissances qui nous ont envoyé leurs officiers, il en est qui tiennent beaucoup à ce que nous ne puissions nous corriger de nos défauts. Si l'on s'en tient aux impressions recueillies un peu partout, il paraît en résulter que nos soldats sont admirables dans la marche, mais qu'ils ne savent pas aussi bien régler et discipliner leur tir. Vrai ou non, ce jugement est bon à recueillir, bien qu'il ne nous apprenne rien de nouveau. Je me suis laissé dire que nos soldats commençaient à manquer de cartouches à Reischoffen au milieu de l'action. Avec le soldat espagnol, moins leste, mais plus sobre, le troupier français a toujours été le premier soldat du monde pour la marche. Il est certain que les armées de notre temps ne marchent plus comme autrefois, et qu'on ne pourra plus dire des campagnes de l'avenir ce

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qu'on a dit des campagnes d'Italie, sous le général Bonaparte, que son génie n'aurait peut-être pas fait avec les Autrichiens ce qu'il a fait avec des Français par la marche. Nos grandes armées marcheront moins, et leurs chocs seront plus fréquents et plus terribles. On n'ira pas chercher l'ennemi aussi loin, et l'on ne pourra pas échapper à sa poursuite par d'aussi longues manœuvres. Mais pour l'attaque, nos armées n'en conserveront pas moins l'avantage de leurs précieuses qualités d'initiative et d'entrain. Le combat à l'arme blanche sera toujours celui qui décidera du sort des batailles, et à ce jeu, si nous avons des égaux, nous n'avons pas de supérieurs.

Reste le tir. S'il devait assurer la victoire, nos ennemis auraient peut-être l'avantage sur nous. Ils tirent plus posément et ménagent leur poudre davantage. C'est une raison pour nos officiers d'habituer là, comme partout, leurs soldats à la règle et à la discipline. N'oublions pas que c'est la confusion et le désordre qui font les paniques et les déroutes. Mais l'offensive nous permettant de joindre l'ennemi, nous pourrons toujours jouer de l'instrument qui nous a valu une si belle histoire militaire. Je me souviens des paroles de notre cher Trochu, pendant le siège de Paris : « Ce qui me désespère, c'est que nous ne pouvons voir les Allemands. » Toujours retranchés d'une façon quelconque, ils tiraient à coup sûr sur des troupes improvisées qui ne pouvaient les aborder. Quand nous aurons le nombre, comme eux, il faudra

bien se voir de près, et, comme on dit, dans les yeux.

Il est une dernière question dont la solution intéresse tout particulièrement notre avenir militaire : c'est la question du commandement. Amis ou ennemis, les spectateurs compétents des grandes manœuvres de Tannée 91 dans l'est de la France, ont fait la même réserve sur ce point aux éloges accordés à nos armées. Est-ce qu'il y aurait vraiment de l'inconnu à ce sujet? Ce serait chose grave, et qui serait bien de nature à nous faire réfléchir, avant d'engager l'action. 11 ne s'agit plus simplement d'un général en chef. Rien ne nous dit que l'armée allemande ait à cette heure un autre de Moltke. Mais il est certain qu'elle a gardé son admirable état-major. Je n'entends pas parler du personnel, qui se renouvelle chaque jour, mais de l'institution, qui est stable et résiste à toutes les variations de la politique. Comment les Allemands recrutent-ils le personnel de leurs officiers généraux? Comment recrutons-nous le nôtre? Toute la question est là. A part la raison d'âge qui est commune aux deux armées, la Prusse ayant toujours gardé, comme la France, ses généraux habiles ou heureux, chez nos adversaires, la faveur ou la politique sont absolument étrangères au choix des officiers, dans toute Téchelle hiérarchique. L'opinion du public compétent ne souffrirait pas qu'il en fût autrement, ni dans l'armée, ni partout où l'on s'intéresse aux choses militaires. Pourrions-nous en dire autant pour l'armée française? Certes, sous la monarchie

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des Napoléons ou des Bourbons, on n'a jamais connu l'espèce des généraux politiciens. Mais on ne saurait nier que la faveur de cour ne fût pour quelque chose dans certains choix d'officiers généraux. C'était l'exception, sans doute. Mais l'armée prussienne n'a jamais connu même l'exception.

On n'a pu juger, aux dernières manœuvres, du degré d'initiative de nos officiers supérieurs, puisque, dans le plan savamment conçu par l'état-major, tout était prévu et combiné à l'avance, ainsi qu'on l'a si bien expliqué dans un article de la Revue des Deux Mondes * ; ce qui, par parenthèse, a beaucoup ôté à cette grande expérience de son intérêt stratégique. Elle a été un magnifique spectacle plutôt qu'une instructive leçon. Voilà pourquoi nous en sommes encore à savoir quelles sont nos chances pour la lutte future. Nous aurions beau avoir pour nous la qualité des soldats, la supériorité du fusil et du canon. Si nous ne sommes pas assurés d'un corps d'officiers supérieurs qui fassent mouvoir cette admirable machine, si le commandement proprement dit manque à notre armée, nous ferons bien d'attendre. Et quand je dis le commandement, je n'entends pas l'initiative d'un chef de génie, désigné d'avance par le dieu des batailles, mais d'un personnel de généraux, de colonels, de capitaines, sachant, au besoin, s'inspirer des nécessités de la lutte. La discipline oui, mais l'obéissance passive, non; l'action individuelle

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