‹ La démocratie libéraleChapitre 5 sur 39 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

coup de barre au besoin, assisté de ministres qui lui servent de rameurs? La société qu'il gouverne, la nôtre surtout, n'est-elle pas une mer agitée, traversée par des courants qui peuvent l'entraîner à l'abîme? N'a-t-il pas parfois à doubler le cap des tempêtes qu'on nomme les révolutions? N'est-ce pas le cas d'un Casimir Périer dont notre République aurait grand besoin? La comparaison est donc juste, et n'a rien que d'honorable. Nous avons connu des chefs de gouvernement qui étaient de vrais pilotes sous la monarchie. Où sont -ils sous la république? Sans parler du politique habile qui avait appris à gouverner sous le règne d'un sage roi, ni du soldat intrépide, peu familier avec les manœuvres parlementaires qui lui succéda, le républicain Grévy a-t-il jamais eu l'intention de gouverner? Il avait voalu en 48 un République sans Président et sans Sénat. Quoi qu'on ait pu dire, il resta fidèle à sa doctrine constitutionnelle, puisqu'il réduisit la présidence à une machine à signatures et le Sénat à une Chambre d'enregistrement. Au fond, il ne connaissait qu'un pouvoir, la Chambre élue par le suffrage universel direct. Avec lui, comme avec son successeur, le gouvernement tout entier résidait dans le président du Conseil, imposé par le Palais Bourbon.

Les changements survenus dans la situation politique font penser à une autre comparaison moins flatteuse pour les hommes du pouvoir. On sait que, depuis l'Assemblée nationale de 71, le suffrage universel n'a plus envoyé au Parlement de majorité de gouvernement. Il y a de cela une explication très simple. La majorité républicaine s'est toujours faite par une coalition parlementaire, conséquence forcée d'une concentration électorale. Les deux grandes fractions du

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