VI PREFACE
parti républicain, les opportunistes et les radicaux, tiennent le pouvoir depuis douze ans, à tour de rôle, en restant unies sous peine pour le gouvernement d'être mis en minorité. On Ta vu toutes les fois qu'une de ces fractions se refusant à voter telle loi, à approuver tel acte d'un cabinet, celui-ci n'a été sauvé que par le secours de la droite monarchique. C'est ce qui a changé les conditions du gouvernement. Comme les fractions de la majorité républicaine ne pouvaient s'entendre sur nombre de questions importantes, le gouvernement ne pouvait les mettre à l'ordre du jour, sans s'exposer à trouver au fond de l'urne parlementaire une majorité de votes contraires à sa politique. De là la nécessité de ne point avoir de politique à lui, de l'emprunter aux partis, selon l'occasion. Alors, qu'est-ce que la politique du jour, sinon l'art de l'acrobate qui se tient sur la corde raide, ne marchant qu'avec lenteur et difficulté, mettant tout son art à ne pencher ni d'un côté, ni de l'autre, en réalité n'avançant pas de peur de faire la culbute? Tout son effort est de garder l'équilibre. Nul n'est maître en cet art comme certain premier ministre que tout le monde connaît. Comment pourrait-on demander une direction politique ferme et suivie à des ministres obligés de chercher perpétuellement le mot d'ordre dans les groupes parlementaires de la majorité. C'est ainsi qu'en prêtant l'oreille aux conseils de droite et -de gauche, ils caressent ou frappent tour à tour le clergé. C'est la politique des ambitions vulgaires. Sous la monarchie, c'était le jeu de bascule. Sous la République, c'est le coup de balancier. Allez donc dire aux gens qui nous gouvernent qu'on n'est un gouvernement qu'à condition de marcher droit. Ils vous répondront que c'est .une politique de casse-cou.