‹ La démocratie libéraleChapitre 8 sur 39 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

le silence et la réparation de nos forces. La race des politiciens a prospéré, chez nous, à mesure que le parti républicain proprement dit a conquis la majorité. Quand il est devenu tout à fait le maître du pouvoir, c'est alors qu'il en a fermé la porte à tous ceux qui n'acceptaient la République que par amour du pays. A partir de ce jour, il n'y eut pas de plus ardents républicains que les politiciens toujours prêts à servir tous les régimes. L'enthousiasme des impérialistes les plus dévoués ne connut plus de bornes. Notre République, il faut le reconnaître, ne fut pas ingrate pour ces derniers venus. Elle savait qu'elle serait servie par eux avec plus de zèle que par ses plus honnêtes amis.

Disons à l'honneur de notre pays que cette race n'est pas chez elle en France. Son vrai pays, c'est l'Amérique, surtout l'Amérique du Nord. Dans une société où le veau d'or est adoré, où l'on ne poursuit guère d'autre idéal que la richesse, la politique, comme toute chose, est un moyen de s'enrichir. Nul ne s'en étonne, ni ne s'en indigne, même parmi les honnêtes gens, qui se contentent de n'y pas mettre les mains. On préfère, dans le monde qui se respecte, faire fortune par le commerce, l'industrie, la banque, etc., abandonnant avec dédain, mais sans colère, le maniement des affaires publiques aux politiciens. Chez nous aussi, le dégoût de la politique commence à gagner les honnêtes gens. La différence entre les deux pays, c'est que, chez nous, les politiciens prennent plus de précautions pour cacher leur jeu. Tandis que le cynisme américain se donne libre carrière, la pudeur française se cache sous le mot barbare d'opportunisme, si commode pour dissimuler les appétits sous une formule politique. En réalité,

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