FRANCE
Monarchie Ordre, progrès. Dépression ou pertes
réparées constamment ; maintien et élargissement graduel des cadres politiques et sociaux ; extension du territoire : chute de la nation concordant avec l'affaiblissement du pouvoir royal ; relèvement de ce pouvoir, relèvement de la nation, comme le montrent les expériences de 1430 et de 1590. Résultat général : La France s'est faile.
République Désordre, diminution. La France se
défait, se divise à l'intérieur, elle est finalement menacée du dehors.
Dictature républicaine . . Conquêtes éphémères, ordre apparent ;
en réalité, consolidation du désordre,
affaiblissement en Europe : le but direct de la dictature républicaine est donc manqué. L'Etranger est enlré deux fois dans Paris. Napoléon laisse la France plus petite qu'il ne Va trouvée.
Monarchie Reconstitution partielle à l'intérieur,
malgré la double erreur révolutionnaire, le parlementarisme et la centralisation : au dehors, progrès aussi évidents que rapides ; progrès militaire et diplomatique. La France va reprendre sa frontière du Rhin.
Monarchie élue Impuissance libérale et parlementaire.
{exercée par un prince Tentative de conservation à l'intérieur.
de sang royal). Epargne. Effroyables difficultés exté-
rieures créées par la Révolution. Mais neutralisation de la Relgique. Amélioration militaire (1832). Toutes grandes fautes diplomatiques sont du moins évitées.
République Anarchie et inquiétude universelle, troubles européens, secousses de révolution.
Décembre 1848-1870
Dictature républicaine . . Fausse façade d'ordre et de tranquillité.
Politique révolutionnaire au dedans et antifrançaise au dehors. Unité italienne, unité allemande. Entrée de l'Étranger dans Paris : la troisième du siècle démocratique.
République Anarchie conservatrice, puis révolution-
(consliluée sur une oli- naire. Organisation d'un gouvernegarchie héréditaire, mais ment contre la religion et contre étrangère au sol fran- l'armée. Abaissement européen et gasçais). pillage financier. Systématisation de
la décadence acceptée.
Ce tableau peut être lu horizontalement ou verticalement. — Verticalement, il ne présente aucun sens logique, aucune signification théorique. On y voit la dictature républicaine succéder par deux fois à l'anarchie républicaine, deux fois aussi la république succéder à la monarchie; ce sont les seules successions concordantes à enregistrer, car la troisième fois, c'est à la dictature républicaine que la république succède. Il n'y a donc rien à tirer de ces apparences fragiles.
— Si, au contraire, on lit le tableau horizontalement, on se rend compte du rapport extrêmement net qui apparaît entre les institutions et la situation du pays. Celles-là se révèlent causes, et celle-ci effet. On saisit le lien entre la monarchie et la constitution ou le relèvement de la France, entre la république et l'abaissement de la France, entre la dictature républicaine (ou empire) et ces contrefaçons de l'ordre et du progrès qui couvrent le désordre et mènent aux chutes profondes. Otez la monarchie, la France penche à sa ruine. Rétablissez la monarchie, la France se relève. Instituez comme en 1830 une moyenne entre la république et la monarchie, la France, suspendue audessus de l'abîme, hésite, se retient et respire avant de crouler. Donnez à la démocratie un factotum césarien, et l'écroulement se produit. Présence, absence, variations, le tableau précédent bien lu établit la nécessité de la monarchie selon les règles des sciences d'expérience.
A la conception des étapes échafaudée par Marc Sangnier, fausse loi dynamique assignant à l'histoire un mouvement qu'elle n'a pas, nous opposons une formule conditionnelle motivée par un rapport constant saisi entre trois régimes politiques et les trois ordres de résultats qu'ils ont donnés jusqu'ici : résultats qu'on peut nommer encore accidentels et fortuits, si l'on s'en tient au simple énuméré des faits, mais qui apparaissent essentiels, nécessaires, si l'on ajoute à l'observation les lumières de l'analyse ; car l'analyse montre comment la monarchie a été bienfaisante, la république malfaisante, la monarchie mitigée moins malfaisante, et la dictature républicaine très malfaisante par le ressort intérieur propre à chacune d'elles. Nous avons fait vingt fois cette démonstration analytique. Si Marc Sangnier ne s'en rappelle pas les termes, si nos anciennes et nombreuses études du régime électif ne lui semblent point
suffisantes, il aura la bonté de nous le dire, en ayant soin de spécifier les points sur lesquels il n'est pas satisfait, nous recommencerons, éclaircirons, préciserons, étant en tout ceci absolument aux ordres de Marc Sangnier.
XIV. — Après avoir dit que la monarchie était pour lui « une étape », ce qu'elle ne peut être pour aucun esprit humain qui raisonnera congrûnient, il ajoute son habituelle méprise — disons méprise — sur le sens de notre pensée : « Pour vous, c'est quelque chose d'immuable, d'absolu... »
Comment répéter à Sangnier que, selon nous, l'absolu, l'immuable en science politique, ce n'est pas la monarchie ou gouvernement d'un seul, c'est le gouvernement héréditaire, qu'il soit exercé par un chef de famille ou par plusieurs chefs de famille ? Seulement, les conditions du « gouvernement de plusieurs » sont extrêmement délicates. De plus, elles n'existent pas en France. La seule oligarchie héréditaire qui puisse dominer dans notre pays est celle qui y domine effectivement, celle qui lui est étrangère par la race ou la tradition : c'est l'oligarchie juive, protestante et métèque, servie par l'organisation maçonnique. J'ai déjà expliqué à Sangnier pourquoi une oligarchie nationale capable de « gouverner » notre patrie ne s'y est pas formée et pour quelle cause précise elle ne peut pas s'y former. Il ne m'a jamais répondu directement sur ce point, ni sur bien d'autres. Sa vive intelligence est-elle en défaut? On dirait plutôt qu'il aime mieux ne pas voir les problèmes qui l'embarrassent. Il passe vite, l'oeil baissé, comme en un musée d'impudeurs. Après quoi il réfute victorieusement les idées que nous n'avons jamais professées. Procédé commode et à la portée de toutes les têtes. Je doute que cela puisse mener bien loin. Tôt ou tard, Marc Sangnier en verra la débilité. Et, s'il ne le voit pas, on le verra pour lui, tout autour de lui.