‹ La démocratie religieuseChapitre 25 sur 128 · XXIX. — Écoutez, par exemple · texte numérisé non relu

XXIX. — Écoutez, par exemple

« Il serait peut-être puéril de toujours essayer de taxer d'illogisme, d'inconséquence, les opinions... »

Nous n'essayons pas de taxer : nous taxons, mais après preuve faite et même si bien faite que l'on n'a rien pu y redire. La mauvaise humeur de Sangnier est inconcevable. Ce n'est pourtant pas notre faute s'il s'est contredit ou s'il a commis des erreurs tellement grossières que nous parvenons à les faire voir et toucher comme on touche du fer, de la pierre ou du bois.

Mais je poursuis :

XXX. — « ... les opinions d'adversaires qui trouvent très solides et inexpugnables les positions qu'ils occupent... »

Il ne suffit pas de « trouver » une opinion solide pour qu'elle le soit, et le meilleur moyen de la montrer inexpugnable, c'est de ne pas s'en laisser « expugner » en fait. En fait, Sangnier modifie constamment ses thèses pu travestit les nôtres, ou il

s'expose sans défense aux plus cruels démentis des événements, ainsi qu'on va pouvoir en juger six lignes plus loin. Toutes ces manœuvres ne sont pas d'un combattant « inexpugnable ».

XXXI. — « ... Et quant à nous, nous avouons vraiment que toute la savante dialectique de Y Action française n'a nullement pu nous convaincre de la nécessité de la monarchie pour le salut national, à moins que l'on ne voulût dire justement par là, le salut de tout un ordre de choses qui ne peut exister qu'avec la monarchie comme clef de voûte. »

J'éprouve une joie particulière à transcrire ces derniers mots à la date où je les transcris : le 10 juillet 1905. C'est aujourd'hui 10 juillet que M. Rouvier a fait, à la Chambre, communication des termes de l'accord franco-allemand. Il a témoigné, par là même, de la nécessité d'une diplomatie dans un Etat moderne, et de la faiblesse de cet organe dans un État démocratique et républicain. Or, avec l'État, avec le patriotisme territorial, la diplomatie constituait, naguère, pour Marc Sangnier, cet « ordre de choses » qui, d'après lui, ne peut exister qu'avec la monarchie comme clef de voûte ! Si cet ordre de choses est nécessaire — proposition bien démontrée à la date du 10 juillet 1905 — la monarchie est également nécessaire : ceci, de l'aveu de Sangnier.

Toute notre « savante dialectique » « n'a pu nullement le convaincre », soit : mais les faits parlent. Avec quel calembour leur fournira-t-il sa réplique?

XXXII. — Les « discussions théoriques » « intéressantes » sont « un peu vaines par quelque côté »... Une « théorie », c'est proprement une « vue ». Il est certain qu'il ne suffit pas de voir la vérité politique pour la réaliser dans les faits. Si Marc Sangnier avait le malheur d'être cul-de-jatte, il verrait le Mont Blanc sans pouvoir y monter. Mais est-il bien sûr qu'il suffise aussi d'être aveugle pour y grimper tout droit ?

XXXIII. — « Et lorsqu'il s'agit de contingences sociales et politiques, les plus belles théories sont impuissantes si elles ne sont enracinées dans la vivante réalité. »

L' Action française enracine ses théories, qui n'ambitionnent pas d'être belles mais d'être justes, dans les réalités que voici et qui sont peut-être vivantes :

L'amour de la patrie,

L'amour de la religion,

L'amour de la tradition,

L'amour de l'ordre matériel,

L'amour de l'ordre moral,

La haine et la crainte de l'anarchie,

La crainte et la haine de l'Etranger, qu'il soit intérieur, qu'il soit extérieur.

Aux patriotes, aux catholiques, aux traditionnels, aux hommes d'ordre, nous disons : — Si vous voulez conserver ce qui subsiste de tous vos biens, si vous voulez épargner l'excès des maux contraires, faites la monarchie qui syndiquera la défense de ce que vous aimez contre ce que vous haïssez. Un roi vous rendra cette défense possible. Français des générations qui n'ont connu que la république et l'empire, c'est-à-dire l'invasion, l'abaissement, l'agitation civile, religieuse et morale, soyez royalistes par volonté patriotique, religieuse et traditionnelle, par besoin et par volonté de l'ordre. Soyez royalistes de tête. Puis vous le deviendrez de cœur. Puis, la monarchie rétablie, un nouveau loyalisme passera dans le sang, dans l'éducation et dans l'âme de vos enfants : le loyalisme envers la France rétablira le loyalisme envers le roi.

XXXIV. — « Or, il n'y a plus en France le moindre loyalisme monarchique... »

Cela est faux, le loyalisme existe sous deux formes distinctes : à l'état de survivance dans un grand nombre de familles fidèles, les unes éparses sur tous les points du territoire, les autres agglomérées en certains cantons de l'Ouest et du Midi ; à l'état de renaissance, dans la poitrine de ces hommes que leur nationalisme a conduits à la monarchie.

M. Despéramont, dans un discours de la Saint-Philippe à Lyon, l'année dernière, a merveilleusement défini la force et les propriétés du premier loyalisme. Quand au second, si mon contradicteur voulait en reconnaître les premiers mouvements, il n'aurait qu'à lire, dans la bibliothèque de la Gazelle de France, l'admirable récit L que nous donna Vaugeois de sa réception à Carlsruhe... On croit développer sur un rythme impassible la chaîne des déductions d'une pensée pure, et l'on

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