Un Français chez le duc d'Orléans, brochure
se réveille, un beau jour, enthousiaste d'un homme : ceux qui fuient admis à l'audience de Monseigneur le duc d'Orléans savent quelles profondes vérités de sentiment sont comprises dans cet aveu.
XXXV. — « Le duc d'Orléans ne saurait vraiment apparaître à personne comme le premier des Français. »
« A personne » pourra sembler dur pour nous tous.
Je m'appelle «personne ». Et je sais des centaines de milliers de Français qui accepteront comme moi le pseudonyme du vieil Ulysse pour infliger le démenti qu'elle mérite à cette gratuite insolence. Aucune force humaine ne saurait empêcher que, dans l'ordre de la primogéniture historique, la Maison de France ne soit la première maison française, son chef, le premier des Français.
XXXVI. — Mais ce n'est pas sa faute! ajoute innocemment Sangnier :
« Je ne voudrais du reste nullement lui faire un grief de ce qui résulte des circonstances indépendantes de sa volonté. »
Mais, moi, je fais grief à Sangnier de tant d'inepties indignes de lui, mais qui procèdent, en quelque mesure, de sa volonté. Il dépendrait de lui de faire la police de sa pensée, de l'informer, de l'éclairer, de n'y point cultiver d'aussi ridicules erreurs.
XXXVII. — « Tandis que les bons esprits de l'école des néomonarchistes s'enthousiasment surtout pour un travail d'idées pures, nos humbles camarades du Sillon, mêlés vraiment à ce qu'il y a de plus vivant, de plus inconscient peut-être, mais de plus profond dans la société contemporaine, travaillent non à bâtir un système pour satisfaire l'esprit, mais à conquérir des réalités. »
1° Les systèmes de Sangnier sont aussi nombreux que les nôtres; seulement, au lieu de contenter les esprits, ils font le bonheur des oreilles.
2° J'ai dit plus haut quelles réalités de sentiments nous « travaillons à conquérir », ou plutôt à aménager, à défricher, à rendre productives et fécondes. Quant aux réalités plus matérielles, aux choses, les nôtres existent, je crois, et elles n'habitent pas le ciel des nuées; elles sont même assez connues sous le nom vulgaire de France.
Démocratie brumeuse. 9
3" Quant aux « humbles camarades », qu'est-ce que c'est que ce charlatanisme ? Est-ce que Marc Sangnier se figure que nous n'avons pas « d'humbles camarades » comme lui ? Ou qu'il a ce privilège de les avoir plus humbles que nous ? S'il veut dire qu'il est homme d'œuvres, il y a, aussi bien, des hommes d'oeuvres parmi nous, et aussi charitables, aussi aumôniers et compatissants que le plus acharné à crier Démocralie ! Démocratie ! Nous apportons au peuple une vérité dure, mais saine et qui le rendra fort, au lieu que les paroles mielleuses de Sangnier ne pourront que l'empoisonner.