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XXXVIII. — Marc Sangnier en appelle au fait

Nous en appellerons, comme lui, à ce même juge.

« Ceux-là {c'est nous-mêmes, Messieurs, sans nulle vanité], ceux-là tracent des plans de campagne imaginaires ou plutôt organisent une nation qui n'est pas à eux. [Est-elle à Sangnier, par hasard ? On le soupçonne d'aspirer à la tyrannie.] Ceux-ci [les humbles camarades de Marc Sangnier], ceux-ci bâtissent peu à peu la maison qu'ils veulent construire. [Il y a de temps en temps un éboulement. Ils réalisent déjà leur démocratie dans les groupes qu'ils développent, dans les groupes qu'ils créent. »

Ce qu'ils défont, ce qu'ils détruisent ne compte plus. Mais, sauf le verbiage démocratique cher à Sangnier, en quoi ceci diffère-t-il des autres œuvres catholiques, si ce n'est par une remarquable fragilité? « Sous le manteau vieilli de « l'État qui nous « opprime » (oui, et qui vous brisera dès que vous lui paraîtrez un peu dangereux), « ce sont déjà les cellules vivantes d'un Etat nouveau qui paraissent. » Elles ne se contentent pas de paraître, elles disparaissent aussi. Il n'est bruit, depuis quelque temps, que des manoeuvres adelphophagiques auxquelles se livrent les cellules du Sillon. L'homme est homme. Il ne suffit pas de l'étiqueter votre frère pour l'empêcher de se sentir différent de vous. La fraternité du cénobite catholique est fondée sur un régime rigoureux, protégé par une organisation plus rigoureuse encore. La fraternité du Sillon est fondée sur la désorganisation intellectuelle et civique : elle n'est défendue que par la volonté et l'éloquence d'un homme, ce qui est infiniment peu.

Sangnier produit, en fait, une théorie qui, sous le nom abusif

de démocratie, réclame de ses adeptes le maximum de la vertu, il dit « le maximum de la conscience et de la responsabilité civiques », c'est-à-dire le maximum d'effort. Mais, en fait aussi, le sentiment qu'il favorise et qu'il propage parmi eux, sentiment bien démocratique celui-là, se ramène tout au contraire à la doctrine du minimum de l'effort. Il prêche aux puissants la protection des faibles, ce qui est une chose excellente, mais il ne prêche pas aux faibles le dévouement envers les puissants, et son acte de générosité apparente n'est donc, dans la réalité, qu'un indice de sa timidité devant ces faibles dont les nombres additionnés créent un semblant de force qui paraît engendrer la loi.

Il fait aux Français riches et nobles, qui, en ce moment, sont vaincus, des obligations d'ailleurs justes ; mais il se garde de solliciter en leur faveur le moindre retour de justice populaire : ses paroles tendraient plutôt à exciter de bas en haut des sentiments de mépris caractérisé. Il caresse et flatte le peuple, infiniment plus qu'il ne l'élève et ne le conduit. Quel effort lui demande-t-il ? La plus dure des servitudes contemporaines, celle surtout qui parut la plus dure à Marc Sangnier, jeune bourgeois élevé délicatement, la servitude militaire, est ici dépouillée de tout ce qui en faisait l'honorable compensation.

Sangnier ne veut pas du prestige militaire, il s'efforce de l'analyser pour le mieux dissoudre. Et, quant au devoir militaire, il exonère tant qu'il peut les consciences de tout scrupule à ce sujet.

Le soldat, dit le Sillon du 10 juin 1905, le soldat est traité comme une chose... Il ne choisit rien, il n'y a pas moyen pour lui de coordonner un peu ses actions, d'arranger sa misérable existence ; il sent bien qu'il est une chose inconsciente et irresponsable, qu'il n'a pas le droit de vivre, mais qu'on vit pour lui, ou plutôt que des règlements anonymes commandent à tous et remplacent la vie... Le soldat est voué aux travaux forcés, son métier est un métier d'ilote : la liberté individuelle n'existe pas pour lui, les lois qui protègent les autres hommes ne s'appliquent pas à lui ; il est frappé de mort civique.

L'anonyme auteur de ces lignes, dont le style rappelle si étonnamment Marc Sangnier1, ayant noté, non la brutalité,

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