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mis en location le premier et le second étage de la vaste demeure, se réservant seulement le rezde-chaussée, où elle avait fait transporter les meubles et souvenirs de famille.
Ce n'avait pas été une mince hbesogne que d’entasser tant de trésors dans deux salles closes, tout en résèrvant deux chambres à coucher et ce qu'il fallait pour loger sa concierge. Mais l'ingéniosité de Julienne était sans pareille, et elle avait réussi.
Au fond de son âme, elle aspirait après le jour où elle pourrait déclarer la vérité à son neveu et reprendre la possession de la maison entière.
En ce moment, sa vie était en suspens ; elle ne voulait contraindre en rien le courageux gar- Ççon qui avait si vaillamment accepté une vie bien différente de celle qu'il avait coutume de mener.
Jean voudrait-il devancer l'appel et s'occuper du domaine à vingt et un ans, ou bien demanderait-il à passer trois ans dans une école d’agriculture ?
Quoi qu'il décidât, l’un ou l'autre parti était acceptable et Julienne y accéderait.
Elle rentrait chez eile, pleine d'émotions confuses, triste surtout ; elle n'avait jamais rien espéré, mais le mariage d'Aymery était une lourde grille qui venait de retomber entre elle et le passé.
Espéré ? Non. Elle n'avait pas espéré qu’ l’attendit dix ans, et pourtant. tout au fond de son cœur, une cruelle mortification enfonçait un dard, qui pour être émoussé n'en était que plus douloureux.
Quelque chose était terminé, fini, dans son
existence ; quelque chose était mort, et derrière out cercueil se répandent toujours quelques larmes.
Elle avait entrevu Lubine à travers les glaces de la voiture. Ce n’était pas le visage qu’elle cût souhaité voir en face d'Aymery tous les jours de sa vie, ni la face qu’elle eût désiré voir s'incliner sur la couche de son dernier repos.
Cette femme-là ne ferait pas pour Aymery ce qu'elle-même avait fait pour son frère ; avec de douces paroles, de tendres illusions, elle ne saurait pas l'endormir pour son dernier sommeil..… Et quels enfants lui donnerait-elle ? Des enfants pareils à elle peut-être, jolis, élégants, de noble prestance, mais avec des yeux froids et un cœur plus froid encore... Avmery ne serait pas heureux... |
Et Julienne s'aperçut que l'espoir du bonheur d'Aymery l'avait soutenue depuis huit ans ; qu’eile n'avait jamais songé à son propre bonheur, mais que l'éducation de Jean et le bonheur d'Avmery l'avaient aidée à vivre sans trop de peines secrètes.
. C'est singulier, avait-on demandé plus d’une fois à Mme Carval, qui connaissait les âmes à travers leurs enveloppes ; Mlle de Puyvarrou a perdu une bonne partie de sa fortune; :i l’on en croit les racontars, son neveu lui a donné pas mal de souci, car il a la tête de la famille, et ils n’ont pas dû être toujours d’accord ; on a parlé jadis d'un mariage manqué, et, malgré tout, elle porte avec elle une sérénité parfaite !
C'est qu'elle a sa joie en elle et non au dehors, avait répondu Céphise.
Mais, aujourd'hui, Julienne n'avait plus de
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