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plus difficile à persuader. On parle de l’orgueil de luygarrou.…. c’est bien peu de chose auprès de l’orgueil de Gaudens.
— De quoi don: serait-il orgueilleux ?
— Comme tous ceux de Sang catalan, il s’estime aussi haut que les plus hauts, et, loin de voir en toi un parti brillant pour sa fille, il t'en voudra d'être plus riche qu'elle, 11 la donnerait volontiers à un homme de son rang: à toi, ce sera très difficile.
— Comment le savez-vous ?
— M. Lambert m'en Parlait l’autre jour, sans se douter que cela Pourrait nous toucher l’un et l'autre. Mais le moment esi lointain où tu auras à te débattre avec l’orgucil de Martel Gaudens. Songe maintenant à tenir ta promesse envers moi,
— Oui, tante, répondit Jean d’un air préoccupé. I faudra pourtant que je voie Mariette et Que je lu dise ce que vous exigez ! Je ne puis pas la quitter sans un mot d’expl'cation. C'est pour le Coup qu’elle aurait à se plaindre ‘de moi !
— Où la voyais-tu ? demanda Julienne, s’aviant que ce jeune amour n'avait pas poussé comme un gênet dans la forêt de chênes.
— D'abord chez M. Lambert, qui lui à aussi donné des leçons ; et puis, je ne sais comment cela s’est fait, mais on se rencontrait un peu partout, dans Ja garrigue, près de la maison de son père...
— Où tu rôdais, cherchant quelque a-entrre !
fit Julienne avec un dem:-sourire. Eh bien, il fait beau ; demain tu Pourrais la voir une fois Encore et lui rapporter notre conversation, En-
suite, après-demain, nous partons pour Perpignan, où nous habiterons la vieille maison...
— La vieille maison ? répéta Jean en fronçant le sour“il.
11 préférait de beaucoup le château.
— Si nous voulons rentrer dans le monde, il le faut bien! répondit sagement sa tante.
Nous avons là des parents que tu connais à peine...
— Les Carval ?
— Les Carval et d’autres... Tu verras quelle femme adorable est (‘éphise ; voilà la femme qu’il faudrait dans ton intérieur pour y mettre l'ordre et la joie. Tu l’aimeras, et elle t’aime-
ra, Car je l’aime.
L'entretien avait assez dure ; la tante et le neveu se quittèrent sur. une tendre caresse, et Jean s’en alla dans la garrivue.
Julienne lui avait permis de voir Mariette le lendemain ; elle ne lui avait pas défendu de la voir aujourd’hui, si un hasard heureux les protégeait…
Mais il n’y eut point de hasard heureux ce jour-là. Seul, Jean parcourut ses promenades préférées, pendant que Mariette racontait sagement à son père la fête du mardi gras et les danses qu’elle avait danséee,
— Tu y as rencontré le fils Puygarrou ? demanda Gaudens en retirant sa pipe de sa bouche.
— Oui, père; qui vous l’a dit ? fit Mariet'e surprise.
— Est-ce que tout ne se sait pas ? répondit-il philosophiquement. Tu sais, ma fille, ce garçon-là n’est pas pour toi. Iln’y faudrait pas songer, Car ce serait te préparer des soucis inu-
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tiles. Le château ne se marie point avec la métarie...
— Même si le château le voulait ? demanda Mariette d’un air innocent,
Gaudens la revarda longuement, Si jolie, si bien élevée, une vraie demoiselle !” Que lui manquait-il pour être une dame ? Avoir de belles robes et dévider des bêtises dans un salon tout le long de l'heure.
Meis Gaudens n’entendait point que sa fille enrât par grâce dar: une famille où on le recarderait de haut & pas.
— Si le château le voulait, dit-il enfin, c’est la métairie qui n'y consentirait pas. Je suis têtu, ma fille, tiens-le-{oi pour dit. Viens m’embrasser. Quand le temps en sera venu, et quand tu auras vingt et un ans et que la sagesse de t°n vieux père ne pourra plus te défendre de ts propres sottises, espérons que l'âge et la rai- Son t'auront apporté leurs leçons.
Mariette s’en alla dans le jardin, mais l’air y était vif ; elle remonta à sa chambre, et tout à COUP, Sans Savo’r pourquoi, comme tombent les rosées d'avril, elle se mit à pleurer.
Les journées de larmes passent aussi vite que les autres, et le sommeil de la jeunesse est un don si précieux qu'il tombe de lui-même sur les veux les pius lassés.
Le soleil du lendemain éclaira la chambre de Mariette Gaudens, :aoins matinale que d’ordinaire. Lorsque, après avoir fait sa toilette, ‘
RE
elle ouvrit sa fenître, elle aperçut en face d'elle, sur le mur de l’enclos, une branche de fleurs de pêcher d’un rose vif, qui certainement n'était pas venue là toute seule.
En grande hâte, elle descendit, prit la bran che, sans avoir rencontré son père, et s’en al la l’enfermer dans un tiroir où elle se dessécherait doucement, sans rien révéler à personne.
Puis, Mariette rejoignit Martel dans la salle où ils prenaient ensemble le premier repas de la Journée, et un sentiment très tendre, très tou chant, fit monter des larmes dans ses yeux i: nocents pendant qu’elle l’embrassait comme coutume, les deux bras autour du cou.
— Pauvre père ! C'est mal, ce que je fais là ! pensaït-elle, et pourtant, Dieu m'est témoin que je ne, veux rien de mal ! loin de là
— Tu n’as pas d’appétit, fillette ? demanda le vieillard en la voyant émietter son pain d’un air distrait. Tu ne manges guère, depuis quelque temps. C’est la croissance, sans doute... hegarde-moi ?
I] la tint sous son regard, les mains sur <es épaules, pendant qu’elle baissait obstinément les yeux.
— Comme tu ressembles à ta mère! fit-il après une longue contemplation. Puisses-tu vivre plus longtemps, heureuse, aimée !… Je n'ai que toi, ma petite fille, et ton bonheur est ce que j'ai de plus cher au monde. Je me suis marié un peu trop tard, fillette, et, quand j j'ai perdu ta mère, il ne me restait plus rien à attendre de ja vie, plus rien que pour toi... Aus:i je te fais un beau domaine, ma petite Mariett Tu ne seras pas millionnaire, mais tu seras che tout de même, et, le temps venu, tu pourras
choisir à ta guise. Mais ne me quitte pas trop tôt, ne laisse pas le vieux nid avec le vieux hi-
bou dedans... Nous avons le temps d’y songer.
Il la baisa sur les cheveux, poussa un soupir et sortit.
Tous les jours, il accomplissait la même tou: née, Surveillant attentivement les jeunes taillis comme les vieilles plantations, et rentrait à mi di sonnant,.
Mariette, le cœur gros, le regarda sortir; trop de choses s'agitaient en elle : elle eût voulu savoir, tout comprendre, dénouer le fil de sa destinée en un instant, afin de rester fixée, pour toute sa vie, sur ce que la Providence aurait ordonné.
Mais rien n’est simple ici.bas, pas même d’aimer. Lentement, comme à regret, Mariette sortit de l'enclos et s’en alla le long du mur, à l'endroit où elle avait vu la branche de fleurs roses. Jean était là, et l’attendait ; pas depuis longtemps car les fleurs avaient été cueillies et portées avant qu'il prît son repas avec Julienne.
La tante et le neveu n'avaient pas échangé une parole relative à ce qui les inquiétait tous les deux ; à quoi bon ? N’était-ce pas convenu ?
Debout sur le Perron, Julienne regarda s'éloiner Île jeune homme, dans la direction de la métairie.
C'était un jeune homme en vérité ; un enfant, sans doute, par l’âge, mais la nature en avait: fait un homme à l’heure où beaucoup sont encore de maigres gringalets, incertains de leur
sort, et même de leur existence. Elle le suivit
des yeux tant qu’elle put, puis elle rentra en soupiraut, elle aussi.
Mlle Gaudens n'avait pas eu de pe:ne à retrouver Jean sous le mur de clôture,
— Tu es venu de grand matin, dit Mariette, sans tendre la main à son amoureux.
C'était une fille à l'âme ardente, mais à la tête solide, comme son père,
— Nous avons à parler sérieusement, dit Jean. Assieds-toi là, et écoute-moi, Je suis bien heureux, Mariette... Ma tante est si bonne ! Si bonne ! Tu avais raison ! Elle a le cœur tendre de ceux qui ont souffert, et elle ne s'oppose point à ce que je t'épouse.
— Vrai ? s'écria la jeune fille, son jeune visage tout illuminé de joie et d'aurore.
— Oui, mais elle ne veut pas que je te revoie, ni que je te parle, avant que mon service militaire soit terminé. Elle veut que j'aie vingt et un ans avant de me laisser faire mon choix, et d'ici là nous allons demeurer à Perpignan pour voir nos parents et nos amis, que je connais à peine ; car tu ne sais pas. je ne pourrai jamais t'expliquer cela... nous n'avons jamais été ruinés, Mariette. C'était pour mon bien que ma tante voulait me le faire croire, à moi et aux autres... Dis-moi, chérie, m'aimeras-tu si longtemps ? Presque quatre ans ! Pense donc !
C’est un siècle !
— Je t’aimerais toujours, répendit-elle en ca- j chant dans ses mains son joli visage couvert de ,i larmes ; mais c’est bien long ! Et tu es riche ? Ça, c’est un malheur de plus ! ft
Un malheur ? a
— Oui ! Mon père m'aurait plutôt laissé épou-
ser un homme moins riche ; si tu es non seule-
ment le seigneur de Puygarrou, mais encore l'homme le plus riche du Pays, Comment veuxtu qu'il y consente ?
Jeun lui prit les mains et, tirant son mouchoir, lui essuya les vel
Heureuse jeunesse ! T le bon ur et de urâce, où les larmes se s Corn : ondées de printemps, où les rai ne! us # bsurdes ont bientôt «d': a ( mn .eux échafaudée !
Eh bien, oui, ils ser s d is ans sans se voir... Personne ait ue à défendre de s’écrire : mai 1 ette vait écrire à Jean, celui-ci ne r jue de lui envoyer le moin | ut des permissions, certaineme in fin serait celui qui l’empêch Mariette !
— Oui, disait-elle, n s
— Certainement, r nd, a: ensuite, toute Ja vie !
Les heures étaient trop tout ce qu'ils avaient à «<e €. lançant son appel trois fois pét ur, les fit
tressaillir.
— Îl faut que je rentre, dit M rietie.
Et moi, j'ai un bon bout de chemin à faire; mais tante Julienne sait bien qu je suis avec toi, et je ne serai pas g'ondé. Mariette, Ma promise, ma femme, donne-moi un baiser !
‘ici bien longtemps, ce sera le dernier.
Elle se jeta sur la poitrine de son bien-aimé, contenant ses larmes pour n'avoir pas à les exbliquer à son père. Muette, elle le serrait, avec passion, pendant qu’il couvrait de baisers les cheveux, le cou, les tempes si pures, les joues veloutées.…
Elle s’écarta de lui.
— Jean, dit-elle, c'est à jamais, ou à toujours. Si tu m’oublies, je n'épouscrai personne, mais je ne te le pardonnerai pas. Si je t'oublie, tu peux me mépriser comme ces feuilles mortes que nous foulons aux pieds. C'est que je me serai trompée sur moi-m°me et alors je ne vaudrai ni un regret ni un reproche. Tu pourras passer près de moi sans me regarder É ra la pire insulte ct la mieux mérite.
— Ma femme ! ma femme ! pour vivre et Pour mourir ensemble.
Il le regardait éperdu.
— Mariette ! cria Catherine, le déjeuner est prêt ; voici le père qui rentre !
— Adieu, dit-elle en s’enfuyant, Fr
— Adieu ? jamais. Au revoir, mon bonheur, mon espérance, au revoir !
Courant comme un jeune chevreau, il se dirigea vers Puygarrou, escaladant les clôture.:, au risque de se briser les membres.
Il'entra dans !a salle du château, rouge, les yeux brillants, les vêtements en désordre, mais rayonnant de beauté virile.
— Eh bien ? fit Julienne, qui ne pouvait s'empêcher de l’admirer.
— Eh bien, tante, elle m'aime ; elle m’atterdra. Vous me laisserez bien la voir rai des permissions ?.….
— Nous n'avions pas parlé de cela, fit Julienne d’un air grave.
— En revanche, nous avons renoncé à nous écrire. Tante, ne Soyez pas plus cruelle que la Providence...
— Va faire un brin de toilette et viens déjeuner, répondit-elle.
ce se-
quand j'au-
rn
— Mile et M. de Puygarrou ! annonça le valet de chambre,
Aussitôt Céphise se leva, jeta l'ouvrage auquel travaillaient ses doigts agiles, toujours où s, et s'avança vers sa parente.
« parenté n'était pas très proche, mais la -vmpathie était grande entre ces deux femmes «éducations si différentes, et de destins pour ainsi dire opposés. Les quelques années de plus que portait Céphise ne lui étaient pas lourdes, et son teint délicat de femme du monde lui donnait un avantage sur le hâle léger de Julienne, toujours exposée aux intempéries d’un bout à l'autre de l’an, dans son domaine, si vaste et si bien dirigé.
— Cousine Julienne, nous nous demandions si les destins ennemis nous permettraient enfin de vous rencontrer dit! dir Mme Carval, en embrassant sa visiteuse. Jean, je suis ravie de vous voir ; vous êtes le vivant portrait de votre père. J'espère que la ressemblance n’est pas purement extérieure.
— Jean est un brave cœur, dit Julienne, dont les yeux erraient dans le salon. Nous nous sommes, en effet, manquées plusieurs fois, mais :.‘ourd’hui le charme semble être romp".
f', voin obscur Lubine émergea, avec un air las et de taché de tout, ce qui lui paraissait le
iprere le l’élégance.
- À de Morillac, dit Céphise; Mile de Paye. ou... Au fond, je vois que vous êtes du mit ge... Pardonnez à ce que ma présenta-
tion pourrait avoir d’incorrect,
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