‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 19 sur 43 · REA · texte numérisé non relu

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il avait app:is cette leçon en regardant et en écoutant les autres.

Moins préoccupé d’une unique pensée, il eût fait tout de suite une bien étrange découverte: sa beauté d’éphèbe triomphant avait attiré l’attention de Lubine, et, il l’ignorait encore, Mais ses yeux ne tardèrent pas à s'ouvrir.

Mme de Moxillac ne se cachait guère pour lui témoigner ses préférences. KElle poursuivait ainsi un double but : ennuyer son mari et tourmenter Julienne.

L'âme de Lubine était incapable de concevoir la grande et noble affection qui unissait la tante et le neveu ; de même, elle ne pouvait coinprendre l’amitié que son mari semblait porter à ces deux êtres, mais elle sentait très bien qu’en initiant Jean aux délices raffinées du flirt elle serait désagréable à tout le monde.

‘Elle le couve ! ”’ se disait-elle parfois avec une sorte de rage, en songeant à Julienne. Lubine, autrefois si pressée de quitter Perpignan, trouvait maintenant un plaisir maladif et compliqué à extorquer des compliments à “ce lourdaud de Jean.” Volontiers elle lui passait sous le nez ses mains fines et blanches, elle laissait flotter sur l’épaule du jeune homme les dentelles de ses costumes d'intérieur, imprégnées d’un parfum savant, et se disait qu’en vérité ce garçon devait être bien sot pour ne pas comprendre qu’elle souhaitait entamer avec lui une bonne coquetterie dans toutes les règles.

Pas si lourdaud, Jean ! Il savait purfaitement à quoi s’en tenir, et, lorsque Mme de Morillac croyait le mener savamment, au bout d’une ligne, jusqu’au bas-fond herbeux où elle le laisserait pantelant au soleil — pauvre

goujon maladroit ! — c'était lui qui se donnait, le plaisir de la voir jouer pour lui cette comédie vilaine, indigne d’une konnîte femme, dans le sens que les Puygarrou avaient toujours attaché à ce mot, de père en :ils, de mère en fille.

Aymery n'était pas aveugle. Plus d’une fois il avait été violemment tenté de se mettre dans une de ces belles colères qui renouvellent le sang d’un homme. Mais il sentait obscurément que ce serait imprudent et maladroit de sa part. IÎl donnerait ainsi à sa femme sur lui un avantage dont elle profiterait, et qui le mettrait à sa merci pour longtemps, peut-être pour toujours.

Que Julienne pât être blessée des façons de Lubine à l'égard de Jean, il ne pouvait le croire... De telles choses n’existaient pas pour eux ; ils voyaient de plus haut.

Cependant Julienne souffrait. Les avances de Mme de Morillac la choquaient dans sa dignité de tutrice, dans sa pudeur de femme, et parfois elle avait envie de crier à son neveu :

— Mais ouvre donc les yeux, et regarde ! Ou bien prends-tu vraiment plaisir à ce vilain manège ? ;

Oui, Jean y prenait du plaisir, mais non pas celui que croyait Lubine. Jean s'était mis dans la tête qu’il ouvrirait les yeux d’'Aymery, si celui-ci était aveugle, et. s’il ne l'était, pas, qu’il l’aiderait à rompre sa chaîne.

Jean se reprochait d’avoir été l'instrument

aire ct inconscient des chagrins de tante Julienne, et ce gamin, rusé comme un vrai Gascon qu'il était, jouait si bien son rôle, que tout le monde y était pris.

Julienne se sentait mal à l'aise, de même que

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Céphise ; ces deux âmes, honnêtes et faites pour le devoir, ne pouvaient comprendre cette singulière partie, où l'honneur de la famille se trouverait peut-être engagé, — se fût trouvé engagé, si Jean eût eu quelques années de plus.

Mais que faire ? Que dire ? Tout se passait en paroles indécises, en regards fugitifs qui ne liaient rien ni personne.

Souvent Mile de Puygarrou songeait à Mariette Gaudens. Pauvrette ! Si vite oubliée, après tant de serments solennels ! I avait suffi de l’apparition d’une Parisienne au cerveau fèlé pour détruire la charmante idylle ébauché à l’ombre des pins parasols.

— Si elle savait ! pensait Julienne. Ce serait pure charité que de le lui dire !

Mais l'honneur de Mlle de Puygarrou se refusait à une délation. Et puis, il y avait dans l'attitude de Jean uuelque chose de si bizarre, il semblait parfois se moquer de lui-même, comme des autres, avec tant d'’invincible raillerie, que sa tante n’y comprenait plus rien.

— Autres temps, autres mœurs, Se disait-elle ; et pourtant, il n’y a pas encore tant d'années...

Un sentiment de. pitié bien naturel lui fit souhaiter un jour de voir Mariette. Elles se rencontraient à l’église autrefois, le dimanche ; on échangeait un mot de bon voisinage ; mais, depuis que les Puygarrous habitaient Perpignan, elles ne s’étaient plus revues.

— Je la verrai! se déclara Julienne, je lui parlerai : avant de m’en prendre à Jean de cette étrange conduite, qui, d’ailleurs, va forcément cesser b'entôt, je veux connaître mieux cette enfant, et savoir si elle mérite que je me fasse du souci à son sujet.

Julienue fut tout étonnée ne pas y avoir songé plus tôt ; mais elle S'était absorbée dans sa nouvelle vie et dans ses propres inquiétudes, au point de négliger tout ce qui ne la touchait pas de très près.

Un samedi, Mlle de Puygarrou déclara à son neveu qu'il serait maître au logis pour vingtquatre heures.

— Le domaine a besoin de moi, dit-elle ; je l'ai beaucoup négligé en ces temps derniers eë je n'aurai pas trop de toute une journée. Je coucheraïi au château et je reviendrai demain soir.

Elle s'attendait à la demande ordinaire :

— Tante, vous m’'emmenez ?

Elle fut extrêmen.ent surprise de ne rien entendre. de pareil, une lueur malicieuse brillait au fond des yeux de Jean, mais il ne dit rien.

— Tâche de te conduire comme un homme, ajouta-t-elle.

— Ma tante, répondit-il, vous savez bien que je ne suis plus un enfant.

— Malheureusement ! murmura Julienne.

Elle se sentait extraordinairement troublée.

Ce n’était pourtant pas la pensée de laisser son neveu seul au logis : bientôt, il lui échapperait pour tout de bon. Ce n’était pas non plus l'idée de l’entrevue qui l’attendait : elle s’y était préparée. Quoi donc, alors ?

Elle n’eût su le dire, et elle partit dans un état d’esprit parfaitement désagréable, mécontente d'elle-même et de l’univers, après avoir recommandé Jean aux soins maternels de Mme Carval.

— Ne craignez rien, répondit celle-ci. 11 sortira avec mon mari et peut-être Aymery ; puis

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