‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 20 sur 43 · A NU · texte numérisé non relu

A NU

CEE DK RE nn AMIS

il dînera chez nous, et vous le trorverez endormi ce soir quand vous rentrerez par le dernier train.

— Je ne pourrai peut-être pas revenir avant lundi, expliqua Julienne. Enfin, je ferai de mon mieux.

Jean écoutait silencieusement, avec cette paillette de malice luisant au fond de ses yeux. Il embrassa sa tante de toutes ses forces lorsqu'elle prit congé de lui à la gare, où il avait voulu l'accompagner.

__ Tante, lui dit-il, vous verrez peut-être Mariette ; vous re voudriez pas vous charger d’un message pour elle ; il serait inutile de vous le demander.

Tout à fait inutile, mon enfant, répondit Julienne. Amuse-toi bien. Tes dimanches heureux sont comptés, à partir de maintenant.

Le train partit, et Julienne, pensant à mille choses, regarda fuir la sombre masse du Canigou, chaperonnée de neige, qui semble si proble si proche, et qui est toujours si lointaine, — comme tous nos espoirs et toutes nos joies.

Le lendemain, à l'issue de la grand’messe, Mile de Puygarrou se trouva fort entourée.

L’aimable familiarité qui, dans le Midi, dégénère bien rarement en laisser-aller, appelait autour d’elle tous ceux que, pendant de nombrouses années, elle avait soignés, encouragés, consolés, et parfois guéris, de leurs souffrances ou de leurs chagrins.

C'est après son départ qu’on s'était aperçu de la très grande place qu'elle occupait dans la vie morale aussi bien que matérielle des voisins, pauvres ou aisés, de tous, en un mot.

Son absence avait été un véritable désastre pour plus d’une famille, moins pour les secours, dont elle ne s'était cependant jamais montrée avare, que pour la sagesse de ses conseils, là prudence affectueuse de ses paroles, toujours bienvenues et toujours en conformité avec les besoins de ceux qui les demandaient.

— Oh ! mademoiselle ! Vous voilà revenue ?

Sans M. Jean ? Pour tout à fait, alors ?

Si Julienne revenait sans son neveu, c’est qu'évidemment celui-ci était au régiment, ou parti pour Paris, ou pour quelque autre endroit éloigné, où sa tante ne le suivrait pas.

— Non, mes amis, pas encore, répondit Julienne. Je repars ce soir ou demain matin. Mais je m’ennuyais de ne pas voir le vieux domaine, et aussi vous tous. Bonjour, mademoiselle Mariette... Catherine, voulez-vous me confier votre fillette, pour que nous fassions ensemble un tour de promenade ? Je la reconduirai jusqu’à la porte de la métairie.

La nourrice ne savait trop que répondre, et, cependant, la proposition de Mlle de Puygarrou était une faveur si marquée, que déjà tout le pays s’en montrait jaloux. Et puis, qui sait ce que cachait cette proposition, en &apparence innocente ?

— Ne craignez rien, vous dis-je. Maître Gaudens n’attendra pas son dîner de midi. Prenez les devants, nous vous suivrons de près. Mais le voudrais causer un peu avec cette mignonne.

Mignonne, Mariette l’avait toujours été, et,

en 2 cs crie

# à pe & & L:

durant ces longs mois de lente souffrance qui de l’enfant avait fait une femme, elle l'était devenue plus encore.

Elle avait grandi ; l’ovale de son visage s'était allongé, ses yeux, toujours profonds, s’étaient encore approfondis. Elle était plus que jolie, maintenant ; elle serait belle, lorsque les années auraient accompli leur œuvre, en même temps que l’attente et la patience.

Svelte, élancée, comme le sont rarement les femmes de son pays, elle trahissait une origine plus relevée que le troupeau frétillant de jeunes filles qui s’envola en caquetant hors du cimetière pendant qu’elie prenait place silencieusement au côté de Julienne.

Nous nous sommes rencontrés bien des fois, dit celle-ci, et pourtant nous ne nous connaissons guère...

— Oh ! moi! je vous connais bien ! fit Mariette en rouc 'ssant.

— Si bien que cela ? On vous a parlé de moi?

— Tout le monde parle de vous, reprit sagement la jeune fille, et tout le monde en dit du hien. Vous avez manqué à tout le pays, pendant que vous étiez là-bas.

Elle indiquait la direction de Perpignan, d’un geste doux et mesuré. Julienne ne put s’empêcher d'admirer la correction de son attitude. |

- Alors, vous avez un peu d’amitié pour moi ? demanda Julienne.

Elles suivaient une route étroite, vrai sent'er de chèvres où il fallait s’attendre si l’on voulait obtenir une réponse. Délibérément, Mlle de Puygarrou s’assit sur les cystes brûlés par le

soleil de l'été, à l'ombre courte des chênes-

lièges.

— Nous pouvons bien prendre cinq minutes, dit-elle. Nous les regagnerons ensuite...

Mariette s’assit auprès d'elle. Les cigales chantaient dans l’air embrasé de midi, car il n'est presque pas d’automne dans ce pays aimé des dieux, comme la Grèce, à laquelle il ressemble,

— Vous avez de l'amitié pour moi, sans me connaitre, reprit Julienne ; il en serait peutêtre différemiment si vous me connaissiez mieux...

— Je ne croix pas, fit Mariette avec un joli signe de dénégation, fait de sourire et de grâce modeste.

— Et si je voulais vous causer du chagrin ?

— C’est que ce serait nécessaire, dit Mariette, d’un air résigné.

Son joli visage portait l’empreinte d’une sagesse, d'une gravité bien au-dessus de ses années. Le temps, pour bref qu'il eût été, avait fait son ouvrage: elle n’était plus l'enfant joyeusement inconsciente, Psyché avant l'amour ; c'était une jeune fille qui aimait et qui acceptait la vie telle que la vie se présenterait devant elle, fût-ce lourdement chargée de peines.

Julienne se sentit profondément émue de tant de simplicité.

— ‘Je ne voudrais pas vous faire de chagrin, Mariette, je vous l’affirme. Le chagrin viendra peut-être ; il vent à tout le monde, en cet- . vie, mais ce n’est pas moi qui vous l’apporerai.

Mariette leva sur la demoiselle de Puygarrou

ses beaux yeux tendres et candides, qui avaient déjà pleure souvent, et lui dit soudain :

— Jean ne m'aime plus ?

Julienne demeura interdite. Serait-il vrai qu’il y eû chez certaines âmes, particulièrement faites pour la joie et la douleur, une sorte de divination, qui les avertit du mal encore ignoré ?

__ Jean vous aime. Rien ne m'autorise à penser qu’il ne vous aime plus, répondit la tante, parlant un peu plus affirmativement, qu’elle ne l'eût voulu, mais se sentant incapable de désespérer cette jeune âme avant que la nécessité s’en fi sentir.

— Alors, mademoiselle... Oh, mademoiselle, vous lui permettrez... vous nous permettrez de nous marier ! dit la jeune fille en joignant les mains, comme si le paradis s’ouvrait devant c'le.

Julienne ne répondit pas eur-le-champ.

Au bout d'un instant, elle posa sa longue main de patricienne sur la main de l'enfant qui l'implorait, mais sans chercher à lire dans ses yeux.

— Comprenez-moi bien, Mariette, dit-elle ; je ne veux vous causer aucun souci inutile. Pour moi, les questions de noblesse et de roture sont sans grande importance. Je sais seulement que, lorsque deux jeunes cœurs se sont pris d’amour Jun pour l’autre, il serait téméraire de chercher à entraver les desseins de la Providence. Qui sait où est le bonheur ? Aujourd’hui, nous croyons le voir ici; demain, il est ailleurs. Si Jean vous reste fidèle plusieurs an-

nées, c’est en quelque sorte un gage de fidélité

Pt dE

j be 1

MONT De La NM dti Un

CRAN trier

pour l'avenir, — à moins que ce ne soit tout le contraire, hélas !

Mariette la regardait sans la comprendre. A son âge, quatre ans étaient un siècle ; une fidélité de quatre ans, c'était l'éternité.

— Mais il ne faut pas espérer, mon enfant, continua Julienne, il ne faudrait pas espérer, parce que vous avez vu quelques mois, quelques années s’écouler sans apporter de changement dans les sentiments de mon neveu... J’ai vu s'éteindre et mourir des fidélités plus longues, ct il n’en restait rien que le regret. Ne pleurez pas, Mariette... Nous autres femmes, nous savons mieux aimer ; seulement il se peut qu’on nous revienne, et qu’alors on nous demande de consoler des chagrins infligés par d’autres. Dans ce cas-là, mignonne, il faudrait pardonner, pardonner toujours... Vous ne comprenez pas ?

— Jean ne peut avoir cessé de m’aimer ! s’écria la jeune fille dans un bel élan de colère juvénile,

— J'espère que non ! J’espère qu’il vous reviendra... après le temps voulu et qu’il tiendra toutes ses promesses, dit Julienne avec douceur. C’est alors que vous verrez combien j'ai été sage, en apportant un obstacle momentané à votre idylle... Vous êtes si terriblement jeunes tous les deux ! Il en est que cela ferait rire. Moi, l'aurais plutôt envie de pleurer, en voyant votre vie d’amour, votre vie de femme au cœur tendre commencer si tôt

Mariette s’inclina sur la main de Julienne et la baisa avec un mélange”de tendresse et de respect. La tante de Jean passa son autre main

ME NT ae nds senc tes vente os crne ataletes

és.

Es

Page 1