‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 28 sur 43 · AE D NAME · texte numérisé non relu

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On devine sa stupéfaction, sa joie triomphante mais affreusement troublée, lorsque Céphise lui annonça le brusque départ de Lubine. Le hasard et le choc des caractères avaient plus fait pour ce résultat que ses propres combinaisons : mais, malgré tout, sa part de responsabilité restait grands.

Comment Aymery prendrait-il, dans cette histoire que Jean trouvait maintenant assez vilaine, le rôle de son jeune cousin ? Croirait-il à sa parfaite innocence ?

Lubine avait abominablement fÎlirté, ce n'était pas douteux ; Jean s'était laissé faire. Où commençait sa part de responsabilité ? Pour être plus exact, où M. de Morillac trouverait-il qu’elle commençait ? \

— Je lui donnerai toutes les satisfactions qu’il croira devoir me demander, résolut ‘Jean. Je ne puis n: plus, ni moins.

C’est après avoir réglé ce point avec lui-mênfe qu’il était entré chez Avmerv. Puis, sans perdre de temps, il enfourcha sa bicyclette, doubla ses enjambées, et se tr. uva au coup de midi en présence de sa tante, plein de questions qui lui brüûlaient les lèvres, mais qu'il n’osait formuler.

Lorsqu'ils furent seuls, cependant, et sûrs de n'être pas troublés, Jean ne put se contenir :

— Tante, dit-il, vous avez été à la messe, hier. Vous avez vu beaucoup de personnes...

Vous avez vu Mariette ?

Julienne regarda le beau visage de son neveu, enflammé d’orgueil, d'amour et d'une sorte de honte secrète, qu’elle ne pouvait comprendre en ce moment.

— J'ai vu Mariette, répondit-elle loyalement.

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Si tu es digne d'elle, la race ne déchoira pas. C'est une noble et charmante jeune fille.

— Oh, tante ! Il faut que je vous embrasse pour cette parole-là ! s'écria-t-il en l’entourant de ses bras.

— Grand gamin ! Et cela veut se marier! fit Mlle de Puygarrou, en rétablissant l'ordre de sa coiffure, très compromis par la furieuse embrassade de son neveu. Tu veux savoir toute la vérité ? Eh bien, la voici : cette enfant —car elle n'est qu'une enfant, de même que toi—posséde le germe de toutes les qualités essentielles chez une femme de bien. Je l'accepterai pour nièce dans quatre ans, si tu n’as pas changé d'avis et si son père y consent.

— Moi ! Oh ! moi ! fit Jean d’un air assuré.

Tout à coup il s'avisa qu'une confession générale était absolument nécessaire, s’il voulait conserver la bonne opinion que sa tante avait de lui. Si Julienne apprenait par Aymery ou Armand, voire même Céphise, le moindre fragment de ce qui s'était passé dans l’après-midi de la veille, la fidélité de Jean devenait la chose la plus problématique du monde !

— Tante, reprit-il d'un air grave, vous n’avez pas été absente bien longtemps, et, pendant ces quelques heures, il s’est passé des événements d'une extrême importance.

— Tu as cassé quelque chose de très précieux ? demanda Julienne.

— Je n’ai rien cassé du tout, ma tante !

Vous me traitez toujours comme un enfant et l'estime, au contraire, m'être conduit comme un homme: votre am', ma tante, oui, votre ami reconnaissant... Et ne croyez pas qu’il ne

m'en ait point coûté... Je vous assure que j'ai

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passé des moments très durs . Mais je songeais à vous, et il me semblait que je remplissais mon devoir, mon *trict devoir, envers celle qui avait sacrifié sa jeunesse pour mol.

Les veux du jeune homme s'étaient voilés d’une rosée de larmes.

La veille, il n'avait envisagé que le côté comiaue de l'aventure: laisser Lubine prendre l’appât ‘tensuite lächer la ligne avec l’hameçon, c'était un plaisir quasi royal. Aujourd’hui, ce n'était plus drôle du tout.

Ce qu'il devait faire, et cela sans perdre un instant, c'était de dire la vérité à sa tante,afin que Mariette ne pû l'accuser d'infidélité, si le bru + du départ de Mme le Morillac venait à ses ureilles, avec les circe. ‘ances qui l’avaient accompagné. Que ne £°! as en province, même loin de la ville ?:

Les chances “taient peu ...reuses de ce cûté-là, pourtant ; la métairie était un coin ret du monde, où les bruits de Perpignan n'art vaient guère ; mais tout est possible... Et enfin, Jean était un brave gars n; Sa faute — car c'en était une — lui pesait uijà très lourdement sur le cœur, et il lui tariiait d'en faire l’aveu.

__Ma tante, reprit-il avec courrge, j'ai fait une chose que vous blâmerez sûrement et, cependant, je l'ai faite à bonne intentica. L’avepir nous prouvera si je me suis trompé ou non. Quoi qu'il en soit, je voulais bien agir, quoiaue j'aie mal avi, suivant Îles lois de notre courtoisie hérédi' ir

I] s'arrêta. Jamai: Jean de Puyzarrou n’eût cru que le récit d'une pauvre petite heure—une heure ? une demi-heure tout au plus ! — pou-

vait être si difficile à faire à celle qui, depuis qu'il avait ouvert ses yeux d'enfant, lisaiti dans son âme comme dans un livre aimé, feuilleté souvent, repris à toute heure du jour.

— Quand même je tournerais autour de l’his toire pendant une heure ou deux, rien n’en serait plus avancé, au contraire, dit-il bravement; voici Je fait, ma tante Julienne. Vous savez que je n'aime guère ma cousine de Morillac :

autant Son mari m'est devenu cher, tout à coup, je ne sais pas pourquoi.

Les yeux de sa seconde mère interrogeaient si directement sa jeune âme honnête, quoique fine et fûtée, qu’il se sentit en défaut et n’ose peasser Outre en escamotant la difficulté.

- Si, tante Julienne, je sais très bien pour-quoi j'aime Avmery de Morillac et pourquoi je voudrais l'avoir sans cesse auprès de moi; il me semble qu'avec cet ami-là je n’aurais jamais pu faire de bêtise ! Mais ce n'est pas de cela qu'il s’agit maintenant. J'aime mon consin de Morillac et je n’ai jamais pu souffrir se temme. 'e vous l'ai dit sur-le-champ, vous vous en souvenez ?

Julienne fit signe qu'elle s’en souvcrsit.

Eh bien, avec Mme de Morillac, il n’en

était pas de même, C’est, une flirteuse invétérée. Elle s’est mariée pour s’amuser ;: pas comme vous auriez voulu le faire, tante : pas comme je le souhaite moi-même, c’est-à ire pour fonder une famille on perpétuer la n°ire, pour rendre lee sens heureux artour de nous ; pour vivre de la vie nohle et saine de ceux qui servent leur patrie, aiment leur femme ou leur mari, élèvent leurs enfants et s’en font chérir au-

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