‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 30 sur 43 · PAT US · texte numérisé non relu

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Dr LUN

bine n’était pas du tout la belle-fille de ses réves, si vous voulez m'en croire !

— Mais la famille est détruite ! Plus de petitsenfants, plus d'espoir de voir se conserver le nom.

— J'y ai bien songé. Mais rien n'est perdu :

ils ont le divorce.

Julienne regarda son neveu avec un étonnement sans bornes. .

— Tu avais pensé à cela ? Comment, et à quelle occasion, y avais-tu songé ?

Une lumière étrange se faisait dans l'esprit troublé de Mile de Puygarrou ; elle ne comprenait pas encore, elle craignait de comprendre, et cependant, si ce que disait son neveu étais vrai, le mariage d'Aymery n'était plus qu'un mauvais rêve — à condition que Lubine n’en fût pas avertie, et qu'elle ignorât la joie que sa fuite apporterait dans plus d’une âme trou:

blée.

Soudain, Julienne s’avisa d’un détail.

Et toi, garnement, pourquoi n'étais-tu pas au cirque ? Tu devais y aller, c'était convenu ! Je te croyais passionné pour les bêtes.

Jean prit un air repentant, tout à fait drôle.

— J'aurais dû être au cirque, j'en conviens, dit-il. Cela m'aurait mfme fait un sensible plaisir. Mais ce n'était pas absolument nécessaire, et Mme Lubine avait déclaré qu’elle n'irait pas. Elle m'avait prié de venir lui tenir compagnie, puisqu'elle devait rester seule.

Mile de Puvgarrou commençait à y voir plus clair.

— Jean ! fit-elle, oh ! Jean ! tu as médité et exécuté ton beau plan, à toi tout seul ! C’est abominable... Non ! Ne me parle pas. Laisse-

le EEE

FRA re ve

moi ! le ne puis pas te voir, en ce moment du moins.

— Tante, fit-il très humblement, dites-moi ai moins ce que deviendra Mariette pendant ma longue absence ? Car vous croyez à ma fidélité, le pense, maintenant ?

Je pense... je ne sais pas ce que je pen:

affreux garnement ! répondit Julienne en détournant la tête. S'il est une qualité que je croyais pouvoir te reconnaître, mon neveu, c’était la sincérité !

- Eh bien ?

Tu as agi avec un machiavélisme indigne !

s écria Mlle de Puygarrou, ne sachant si elle devait rire ou pleurer, ou se mettre en colère,ce qui eût tout concilié.

— Moi ? fit Jean dè cet air ingénu qu'il savait irrésistible sur le cœur de sa tante depuis sa plus petite enfance. Moi ? un Machiavel ?

Vous me faites trop d'honneur. ie vous assure ! J'ai laissé aller les choses, tout simplement.Et VOUS, vous avez vu Mariette par hsard, à la soertie de messe ? Vous nè pensiez pas la trouver là, assurément, ?

Prête à se mettre en colère pour tout de bon, et se retenant à grand'peine de serrer sur son cœur cet étrange neveu, si mûr pour ses années, Mlle de Puygarrou reyarda la pendule,

I faut absolument que j'aille chez Cépuaise, dit-elle. La maison doit être dans un désarroi complet...

Ah bien oui! fit Jean. Vous ne connais- “eZ pas notre Céphise ! Si vous la croyez femme à se laisser démonter par quoi que ce soit ! Hier, l atmosphère était saturée d'électricité, —

au figuré, s’entend,—et Mme Carvaï présidait à

ste

la table tout comme si elle eût donné à diner au préfet ! Enfin, avec un calme merveilleux. Jamais on ne se fût imaginé qu ‘il était arrivé quelque chose dans cette maison-là ! Son mari est tout pareil, d’ailleurs, je dois le reconraitre, et Aymery, Lien qu'un peu déconfit,—il y avait de quoi !—doit être fait de la même composition chimique. Ils étaient superbes, tous les trois, c’est indéniable.

— Eh bien, et toi ? demanda Julienne.

— Je faisais de mon mieux. À vrai dire, ma situation était la moins embarrassante. Tous les torts étaient du côté de dame Lubine ; moi, un pauvre innocent de dix-sept ans...

— Tute rajeunis, à présent ? dit ironiquement sa tante.

— C'est ce que j'ai de mieux à faire, répondit Jean avec un sang-froid admirable ; si vous voulez vous donner la peine d’y refléchir un instant, ma tante Julienne...

Elle avait de plus en plus envie de le battre et de l’embrasser. Pour sortir d’une situation par trop tendue, elle mit son chapeau, devant la glace, et envoya chercher une voiture.

— Nous causerons ensemble quand j'aurai vu Céphise, dit-elle à son neveu. Jusque- -là, ja t’engage à ne pas L'aventurer trop près de moi, car j'ai grandement envie de te tirer les oreilles.

— Oh ! tante! Maltraiter un pauvre orphelin ! Vous n'en auriez pas le cœur ! dit Jean en lui passant les deux bras autour du cou.

Elle l'écarta doucement, mais avec fermeté.

—- Il faut que vout ceci soit tiré au clair, ditelle, avant que je sache si je puis te pardonner

ou si je dois te tenir sévèrement riguet ur ; Car si

Satitmatienissssostente-ne cd

tu es coupable, Jean, tu l'es beaucoup, mais beaucoup !

— Vous verrez, tante chérie, que vous n'aurez rien à me pardonner, ou pas grand'chose. Allez voir Mme Carval : vous savez qu'on l’avait surnommée sainte Céphise de Bon-Conseil. Je m'en rapporte à elle, absolument, et en tout.

Julienne avançait la main vers le lourd vantail de la porte, son neveu la prévint, d’un joli geste de chevaleresque courtoisie.

Comment tenir æigueur à cet être charmant !

Mais ce sont ceux-là, précisément, songeait-elle, qui déchirent les cœurs des femmes, et qui détruisent le bonheur des familles... 11 faudrait voir, avant de lui pardonner, à ce Machiavel de dix-huit ans.

XXIIT

54 Julienne n'avait pas encore tourné le coin de : la rue, dans la voiture découverte. lorsqu'elle à aperÇçut, se diriveant à pied vers sa maison A v- 4 mery de Morillac, très préoccupé, très absorbé, Mais sans que son visage portât l'empreinte de la douleur où même de la tristesse.

Elle fit arrêter le véhicule d'emprunt et le conwcdia.

— Vous veniez chez moi ? demanda-t-elle à son visiteur surpris.

Oui, j'a' beaucoup de choses à vous dire, ft-il, soudain :uminé par cette présence ina: |tendue.

Fh bien,

aim

vaut mieux, je crois, que nous soyons chez moi pour y parler librement.

Elle tira sa clé et ouvrit sa porte. Jean avait regagné sa chambre et ne se doutait même pas de leur présence. Julienne entra dans son petit boudoir, ordinairement fermé, et indiqua un siège à Aymerv.

Il resta debout devant elle, si troublé, qu'il ne trouvait plus de paroles.

— Monsieur, dit Julienne, : ai des excuses à vous présenter. Mon neveu <'est conduit d'une façon inqualifiable. S'il n'etait un enfant, on devrait porter sur lui le jugement le plus « vère…..

— Un enfant ? répéta Avmery. Un enfant de bonheur ! tombé dans ma vie autrelois pou m'apprendre toutes les mâles vertus que j'ignorais, et retrouvé pour. je ne dirai pus pour m'ouvrir les yeux... hélas ! Ia chose était faive, depuis le lendemain même de ce malheureux ma riage, mais pour justifier devant les autres ti tes les mesures que j'ai le droit et le devoir dl prendre pour sauvegarder l'honneur de m nom.

Aymery n'était plus le jeune homme triste mal résiwné qui, dix ans auparavant, avai franchi le seuil de cette pièce, la tete basse cœur saignant, incapable de lutter contre force qu'il sentait supérieur à ia sienne : it maintenant un homme, mûri par le trava

par la souffrance. ’ Trois mois de vie em commun avec Lubine avaient étrangement changé sa manière de vou

en toutes choses. Il avait compris que, si bien peu de femmes ressemblaient à Julienne, en re- 1 1 1 — 1 : 1 = 11 =

LISIRE LI: 2 LR Fe *s + rs sse RES: tre Serres 1. VUHIUIIC, Veatiis IC HRUHIUC CU ICS UCI IBSUiIICS

rier cherchent un époux, Mlle de Santès n'était pas une très rare exception.

Certes, elle ne valait pas grand'chose, ma elle n'était pas pire que certaines autres. Il avait vu d'aimables personnes, saupoudrées de ileur de riz, embaumfes de parfums violents, oil hardiment ouvert, prêtes à détailler l'A pollon du Belvédère comme on détaille un simple poulet dans une exposition de produits alimenta'res où sur la table de la cuisine — sauf qu'elles n'entraient jamais dans cette pièce vul saire et peu engageante.

Les maillots de bain, sur toutes les plages à la mode, enseignaient à certaines baigneuses à apprécer la beauté d'un homme comme on aporecie celle d'un cheval, simplement vêtu de son suiden, lorsqu'il parade sous les yeux avertis d'un connaisseur émerite.

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À mery avait vu tout cela avant son mariate, eti s'il avait consenti à épouser Lubine, é cest parce qu'elle iui avait semblé différente 3 des autres. [l avait cru voir en elle une simplià (læ, une retenue rares ; et voici qu’à peine ma- +, dès le premier dîner donné en leur honneur ns cette brillante préfecture, il avait vu surles épaules que l’admiration ne faisait pa:

uuir; il avait rencontré le regard d’yeux rt accoutumés à détailler un homme par le tenu... Lubine était comme les autres, les maues, du moins ; elle ne l’aimait pas, lui; elumait pas son mari, Aymery ou tout au-

Oup avait été très cruel et très inattena perle ekôïsie pour lui par M. de Moril-

tait plus qu'une imitation douteuse, et

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