‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 31 sur 43 · CE 0 CONTENT" 0 DES · texte numérisé non relu

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c'est à cette femme, faite entre toutes pour lui déplaire, qu'il était lié pour toute sa vie !

L'idée du divorce avait traversé son esprit ; mais le divorce n'était qu'un chagrin éventuel de plus pour l'honnète vieillard qui portait si haut le nom et les traditions de sa famille.

— Quand mon père n'y sera plus, s'était dit Aymery, il sera temps de me lilérer, si d'ici là cette femme n'a point commis quelque irréparable faute, de celles qui contraignent un homme d'honneur à briser une chaîne infamante.

Et voici que, tranquillement, sans esclandre, —- car nul ne soupçonnait le fond des choses hormis Jean, instrument docile, mais sans doute involontaire de cette extraordinaire équipée, — Lubine avait rompu la chaîne qu’elle trouvait trop lourde.

Elle était partie pour être libre, pour agir à sa guise, pour éviter les sermons, rares pourtant, de son mari, les insinuations, discrètes toujours, de Céphise, les silences de Julienne, tous ces riens qui, réunis, formaient un faisceau intolérable de blämes.…

Lubine ne pouvait supporter aucun blâme ; elle voulait être libre, et, la liberté se trouvant à portée de sa main, elle l'avait prise.

On la blâmerait, une fois partie ! Que lui importait ! Et à cette pensée, Aymery se sentait rougir, car lui non plus ne pouvait supporter le blâme — le blâme immérité.

— Jean n’a pas de reproches à se faire, dit-il enfin, après un silence pendant lequel ses pensées avaient flotté dans son cerveau, comme ces corpuscules qu'on voit passer devant ses yeux fatigués. Jean a été l'objet d'une très

vilaine tentative...

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— Le croyez-vous si innocent ? demanda Julienne, de sa voix profonde.

— Et vous, le croyez-vous réellement coupable ? répondit Aymery.

— Je croit qu'il voyait le piège et qu'il a ieint de s'v laisser prendre, répliqua honnûtement Mlle de Puygarrou.

— Dans quel but ? demandait Morillac surpris.

Soudain, 11 lumière se fit en lui, aussi.

— Le brav enfant, s'écria-t-il. Jean a voulu m'aider à reconquérir ma liberté...

— Trouvez-vous le moyen irréprochable, en admettant que le but fût louable ?

— Le moyen...le moyen n'est pas en cause, s’écria Morillac avec la vivacité de ses jeunes années. J'étais attaché à la plus lourde chaïne, Jean m'a délivré ; je ne veux rien savoir de plus.

Il regarda Julienne et, dans ces beaux yeux de femme éprouvée par toutes les honnêtes douleurs, il aperçut une aube lointaine, comme si le soleil se levait très loin, derrière une longue traînée de nuages, dans les montagnes...

Qu'il avait de peine à percer, ce soleil encore timide ! et pourtant sa chaleur se faisait sentir : les neiges £smassées par des années—des siècles, des éternités -- de peines supportées en silence, ces neiges fondaient et la brume qui ternissait les radienses :runelles, c'était la fin d'un long et sinistre hiver, le commencement d'un printemps qu, pour être tardif, n’en était pas moins plein d’heurenses promesses.

— Julienne, je suis libre, r'péta Aymery ; la femme indigne de mon nom m'a rendu la liberté, je m'appartiens... Et vous, votre devoir est

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