LS SR
ERP RE à
ER Een
De Dos a el CUS DL LS UT
D PS Le M Ni el
- cn ina es era rmnncaneree éme 2 me en end sen NT Le deal
TS CONEMR
mt
A nn UT dE A
— Vous m'avez fait frissonner ! dit Aymery.
C’est vrai, pourtant. Alors nous sommes condamnés au mystère, au silence ?
— Jusqu'à ce qu’un délai se soit écoulé, assez long pour la mettre tout à fait dans son tort. Je ne connais pas la loi ; je ne sais qu’une seule chose : c’est qu'après avoir souffert dix ans, s’il me fallait voir s’écrouler encore une fois mon rêve de bonheur, je n’y résisterais pas !
— Vous m’aimiez donc, Julienne ? Vous m'’avez aimé pendant dix ans, sans espoir et sans joie ?.. Quelle chose merveilleuse qu’un cœur de femme ! Un cœur comme le vôtre !
-- N'avez-vous pas agi de même ? demandat-elle, en ouvrant sur l’âme de celui qu’elle avait toujours adoré ses yeux de tendressè et de foi.
— Moi ? Oui. Mais un . homme, c’est, si différent ! Et j'avais ma carrière, mes soucis, un tantinet d’ambition : j’avais mon père...
— J'avais Jean, dit-èlle avec douceur. Celuilà va apprendre la vie. S'il est vraiment digene des nôtres, il apprendra aussi à souffrir. C’est par la souffrance seulement qu’on cesse d’être un enfant. J'en sais quelque chose! J’étais à bien peu de chose près une enfant quand je vous ai banni, Aymery ! J’ai cru remplir mon devoir jusqu’à l’extrême limite ; je m'étais créé un idéal factice, comme on le fait si volontiers, si facilement à vingt ans ! Et je n’ai pas vu les vrais côtés de la vie... Jean eût été un autre homme, et meilleur, dans vos mains. Il a joui de trop de liberté dans notre vie d’ermites, où je pouvais le surveiller que très peu.
— T1 ne s’en est pas servi pour mal agir ? interrogea Avmery anx'eusement.
— Mal? non. mais imprudemment, très imprudemment. Le résultat, c’est que s’il avait vécu comme les jeunes gens de son temps, il serait bien près de devenir un homme...
— Eh bien ?
— Et je crains qu'il ne soit qu’un grand enfant, pas méchant, mais avec les défauts de l'enfance... °
— Rien n’est perdu, dit Aymery. Tel qu’il est, vous avez le droit d’être fière de lui...
— Pas tant ! fit Julienne £vec un joli sourire embarrassé qui la rendit toute jeune.
— Quand part-il, ce scélérat ? demanda Aymery.
— Dans huit jours, et, d’ici là, j'aurai bien de la peine à le retenir ici.
— Le retenir, pourquoi ? Une amourette ? demañnda Morillac.
— J'espère bien que ce n’est pas une amourette, et cependant, pour tous, il vaudrait mieux qu'il en fût ainsi. Quel vilain mot et auelle vilaine chose ! Non ! quel que puisse en ôtre le résultat, j'espère mieux de Jean. Il n’a pas été accoutumé à considérer l’amour comme une fantaisie. On n’en parlait guère, dans notre maison close, mais quand on en parlait c’était comme d’une chose grande et sainte, une épreuve que l’homme doit accepter avec ses peines et ses joies, et dont il sort toujours
f grandi.
— Vous parliez pour nous, Julienne ! fit Aymery en la regardant avec une orgueilleuse tendresse. Eh bien, je m’en vaïs. Nous attendrons
encore ; nous avons attendu si longtemps. ma bien-aimée ! ii
Es, |
+ pen tin ptet mt
11 l’attira doucement à lui.
sgh rm ren stars nunte Ÿf com
| | fl
— tit
— Au revoir, à toujours, dit-il, soudain devenu très grave. Savez-vous comment je vous vois, quand je pense à vous ?
— Comme la jeune fille hautaine qui vous a fermé son cœur et sa maison ? demanda:-t-elle avec un sourire craintif.
— Oh ! pas du tout ! Vous rappelez-vous, un jour... Qu: y a longtemps! Vous étiez allée cueillir des fraises sauvages dans la garrigue ; vous portiez un petit panier... je le vois encore...
— Îlest là, dit-elle en indiquant une menue corbeille d’osier tressé, placée sur une étagère, de façon à ne pas attirer le regard, — Oh ! chère ! précieuse et chère Julienne !
Vous vous en souveniez donc, vous aussi ? Vous étiez très jeune... seize ans, peut-être ? Vous aviez une robe rose pâie, qui s’harmonisait si bien avec votre teint mat et vos yeux sombres! Et vous aviez l'air d’une enfant, une enfant heureuse et timide... J'avais laissé mon cheval au château, sachant que vous étiez en forêt : mais je n’avais pas grande envie de rencontrer votre frère, ce jour-là, s'il faut être sincère... c'est vous que je cherchais... Et lorsque je vous vs, agenouillée sur la mousse, l’ombre des grands pins jouant sur votre visage et sur l’étoffe rose tendre, un grand mouvement se fit en moi. Sans vous avoir dit un mot, rien qu’à voir vos yeux profonds se lever sur moi, je compris que je vous aimais...
Julienne écoutait, et ses larmes coulaien: silencieusement sur sa robe.
— Pourquoi ne vous l’ai-jè pas dit ? J'étais orgueilleux, moi aussi ; vous étiez riche, je ne l'étais pas. Depuis, les héritages et les fluctua-
un
tions commerciales ont rétablit l'équilibre, je crois, et puis, qu'importe !
— Qu'importe ! répéta Julienne, de sa voix lointaine.
— Je voulais être un homme et non un enfant.
Il y a peu de différences entre nos années, vous le savez sans doute ? J'étais trop jeune. Et cette apparition de mon amour me semblait un rêve... Je l'adorais en siience. C’est ainsi que J'ai laissé fuir l’occasion et que, le jour venu, vous m'avez parlé comme une femme...
— Hélas ! soupira-t-elle doucement.
— Mais le bonheur viendra : il est là, à la porte. Sachons nous garder de toute imprudence, le mal serait irréparable. Et moi, confiant en vous, je vais agir... Vous entrerez dans ma maison, aimée et respectée, ma Julienne, la Julienne de toute ma vie.
— Alors, partez ! lui dit-elle.
Il l’entoura de ses ‘bras. Ce n’était plus la passion irrépressible de la prime jeunesse, mais c'était l’amour maître de tout, maître de luimême au besoin.
— C’est notre baïser de fiançailles, dit-il, en ouvrant les bras pour lui rendre la liberté. Le temps me semblera long, Julienne, mais nous avons l'éternité.
11 sortit d’un pas tranquille, la tête haute. La vieille rue était déserte, personne ne l’avait vu entrer ni sortir; dès que Morillac se trouva dans une voie plus large, il prit le pas alerte d’un homme qui rentre chez lui. En vérité, il avait besoin d’être seul avec son âme.
“A ia