‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 35 sur 43 · D M AE CT EE REA ARR GITHQ · texte numérisé non relu

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__ Ma tante, déclara Jean, sitôt après le déjeuner du matin, c’est demain mon dernier jour de liberté ; je vais à Puygarrou.

Julienne le regarda.

— Nous étions convenus, dit-elle, à ce que je croyais, que tu ne reverrais pas Mile Gaudens avant ton départ...

Ma tante, vous sentez vous-même que ce n’est pas possible ! Je ne puis pas m'en aller pour trois ans sans l'avoir revue, sans m'être assuré...

___ De choses que tu sais parfaitement ! dit Julienne.

__ Admettons que je les sache, cela se peut.

Mais je suis jeune et je l’aime. J'aurais pu

pper en cachette, vous laisser me chersoute la journée, et revenir ce soir, tranutilement. Je trouve plus digne de vous et de

moi d’agir ouvertement. Est-ce vous qui allez . me blâmer ?

Julienne médita, puis regarda son neveu:

__ Fais comme tu voudras, dit-elle. En effet, tu aurais pu me le cacher...

__ Vous êtes ma bonne chère tante, s’écria le jeune homme. Et si l’on m'envoie aux colonies, dans quelqu'un de ces vilains endroits où l’on attrape les fièvres, où l’on attrape aussi des balles, vous serez bien aise, tante Julienne, d’avoir laissé à votre garnement de neveu cette journée de congé — dont il aurait pu faire un plus mauvais emploi.

Les fièvres, les balles... et. aussi les flèches em-

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poisonnées... Julienne y avait songé pius d’une fois, mais elle espérait que Jean, préoccupé

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À — 187 — d’autres soucis, n’avait pas pensé à ceux-là.

Il y avait pensé. Décidément, c'était un brave cœur, un vrai Puygarrou.

— Embrasse-moi, et dépêche-toi, dit-elle. Tu as juste le temps de prendre le train. Mais je t'attends pour le dîner ; ne te mets pas en retard, tu me ferais beaucoup de chagrin.

— Tante, je ne ferai jamais rien, maintenant, qui puisse vous causer du chagrin. Vous ne l'avez pas mérité. Et puis, je veux que vous gardiez un bon souvenir de moi, quand je serai parti pour tout de bon.

Il l'avait embrassée en courant, et la porte s'était refermée sur lui.

Parti pour tout de bon ! Jean n'avait pas attaché d'importance à ces paroles, et sa tante en avait le cœur serre. Ces quelques mots contenaient toute la v'e de cet être jeune et charmant, si bien fait pour jouir de tout, et si largement !

La lourde porte, en se refermant, ébranla la maison.

‘Il est parti ! ”” pensa Julienne. Et elle se sentit le cœur serré de pas l’avoir mieux embrassé.. Elle aurait le lendemain pour les tendresses, il est vrai, mais encore à condition de ne pas trop s’amollir. Ce n’était pas pour faiblir au dernier moment qu’elle avait passé sa jeunesse à le tremper dans les études et les pensées qui elèvent les âmes.

Jean avait couru tout d'un trait à la gare.

‘Il se sentait des ailes. Le ciel bleu, l’air vif,

la gaieté des gens et des choses le pénétraient au point de faire de lui une sorte de jeune animal à demi sauvage, plein d’une joie communicative.

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