‹ La demoiselle de Puygarrou [microforme]Chapitre 37 sur 43 · CENTRES · texte numérisé non relu

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n’en avaient plus fait qu'une dans l'avenir, si le destin s’y prêtait.

Courant comme un cabri par-dessus les buissons embaumés, où s'étaient conservée la bonne chaleur des jours d'été, encore si proches, Jean arriva sous le grand pin parasol..

Il l'avait deviné : Mariette était là.

Un livre sur les genoux, elle ne lisait pas ; elle regardait la mer bleue, où de petites barques, couronnées d’une voile couleur de boïs, semblaient emporter avec elles, vers des pays inconnus, tout l'éclat et la beauté du jour.

Où vont-elles, Mariette, ces barques montées par des pêcheurs inconnus ? Elles rentreront ce soir, apportant avec la pèche la geieté dans les petits ports de la côte; mais, pour la jeune fille, elles vont beaucoup plus loin.

Un massif de pins les dérobe aux re; :rds et laisse flotter la pensée, avec le sillage déjà imperceptible... Barques dnt on re sait pas le nom, qui vont vers une ‘ve incornue, barques semblables à la vie. Et la jeune fille sentit son cœur devenir très triste.

— Mariette ! fit la voix mâle de Jean, je suis venu te dire au revoir.

Ellevoulut se lever, avec un petit cri d'oiseau effrayé, et le livre tomba.

Elle pensait à lui; n’y pensait-elle pas toujours ? Mais elle ne croyait pas le voir. Elle avait compté les semaines et les jours et, à mesure que s’approchait l'heure triste où il s’en irait sans l'avoir revue, elle sentait qu’elle avait trop présumé de ses forces, que vivre sans Île voir était déjà trop cruel ; mais le laisser partir sans l'avoir revu, c'était plus qu’elle ne pou-

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vait faire. Son cœur se brisait à l’idée de ce départ.

Et il était là, debout, devant elle, lui tendant les bras, souriant, pleurant presque, tant l'émotion de se revoir était violente, en lui comme en elle.

— Jean ! dit-elle faiblement.

Elle posa un doigt sur sa bouche,

— On a marché dans la garrigue..…. Si on nous surprenait, Jean, que ne penserait-on pas ?

— Rien que j'aie à cacher ! répliqua-t-il fièrement. On dit que je suis trop jeune, cela se peut : mais je suis un homme d'honneur et je n'ai à cacher à personne que je veux t'épouser. Ma tante sait que je suis ici...

— C’est fort heureux pour vous, jeune homme, fit la voix rude du métayer, qui parut derrière le pin parasol. Sitôt averti de votre arrivée dans le pays, j'ai pris mon fusil pour aller à la chasse, et, foi de Gaudens, si vous n’aviez pas parlé comme vous venez de le faire, il n’y aurait plus d'héritier nour le château de Puygarrouf ,

— Monsieur Gaudens ! fit Jean blessé, je mérite un meilleur accuci!.

__ Alors, vous allez entre, dans ma maison, dit le viciilard : car ilne ferait pas bon venir me raconter qu’on vous a vu parler avec ma fille. Si vous avez quelque chose à lui dire, vous le direz devant moi. Je verrai ensuite ce que je dois répondre.

La joie du jour était tombée. Les barques, l’une après l’autre, rentraient au port, sur la mer, d’un bleu de lapis : les oiseaux chantaient dans le bois, mais Mariette était triste, et Jean

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ne sentait plus en lui la jeunesse et la joie qu’il avait emportées au départ.

Ils entrèrent tous trois dans l’enclos de la métairie ; en les voyant, Catherine ouvrit de grands yeux, mais sans se montrer surprise. S' quelque chose avait pu l’'étonner, c'eût été que les jeunes gens ne se fussent pas laissé surprendre plus tôt.

La salle de la métairie ressemblait à celle du château ; elle était seulement moins grande et les bois ouvragés qui donnaient à l'une son aspect héraldique étaient remplacés ici par de simples dressoirs garnis de vaisselle à fleurs.

— Asseyez-vous, monsieur Jean, fit Gaudens, et dites-moi, je vous prie, pourquoi, au lieu de troubler ce pauvre petit cœur par des idées folles, absurdes, qui ne deviendront jamais des réalités, vous n'êtes pas venu me parler franchement, à moi, qui suis son père ?

Jean, d’abord humilié, releva la tôte.

— Monsieur, dit-il, je pensais que vous m’auriez traité comme un enfant et qu’il était inutile de vous déranger. Maintenant qu’elle m'aime comme je l'aime, ma’ntenant que ma tante Julienne me promet de me donner son consentement quand je reviendrai du service, ce n’est plus la même chose. J'aurai vingt et un ans... Je sais bien que c’est trop jeune pour être heureux. Et si vous y consentez, monsieur…

Gaudens étala sur la table sa large main de travailleur.

— Nous ne sommes pas gentilshommes, nous autres, dit-il, mais nous ne voulons pas être traités comme des mamants. Sile fils de Puygarrou veut entrer dans ma maison, il devra

faire ses preuves. Nous valons les plus grands seigneurs, monsieur Jean ; nous ne sommes pas riches, quoique pas pauvres non plus.

— Je ne vous demande rien que Mariette toute seule ! fit Jean, intimidé devant cette rudesse imprévue, lui l’enfant choyé de tous.

— Et moi, je ne la donnerai qu’à celui qui apportera en mariage autant qu’elle — juste autant qu'elle; ni moins ni plus. Vous voyez bien que ce mariage-là n’est pas possible !

Les yeux de Jean lançaient des flammes. S’il avait pu dire la vérité ! S’il avait pu raconter que Sa tante Julienne, en se mariant, emporterait la moitié des ‘biens de la famille ! Mais c'était un secret que nul ne pouvait révéler.

Jean, tout inexpérimenté qu’il fût, avait assez deviné Lubine pour comprendre qu’elle s’empresserait de revenir si elle pouvait faire une mauvaise action. Et si elle revenait, plus de divorce ! Le bonheur de Julienne s’émiettait en poussière ! Quel recours Aymery aurait-il contre une femme docile, rentrée d’elle:même au lo- “is conjugal, après une courte absence ?

Jean souffrait cruellement ; mais, au prix méme de son propre honheur, il devait se taire. Julienne ne s’était-elle pas sacrifiée pour lui, iadis ? Serait-il incapable d’en faire autant, à cette heure ?

— Monsieur Gaudens, dit-il, jene suis pas aussi riche que vous le croyez : ma tante peut se marier, maintenant que mon éducation est linie..

— Î ne manque pas de hobereaux par ici, “rommela Gaudens, qui la prendraient sans fortune, rien que pour sa forte tête et son bon cœur !

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