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MÉCANISME, LÉSIONS ANATOMIQUES, INFECTION

Le rapport existant entre l'apparition de la dent de: six ans sur l’arcade alvéolaire et l'accroissement des maxillaires, constitue deux processus en connexion étroite, qui dominent l'anatomie, la physiologie et la pathologie de la première phase de la seconde dentition.

Le développement physiologique des maxillaires, et surtout du maxillaire inférieur, présente, en effet, un grand intérêt pour l'étude de la pathogénie et du mécanisine des accidents de l’éruption.

On rencontre ces accidents le plus souvent à gauche, et c’est là aussi d'ailleurs qu'ils présentent le plus d’acuité. L'explication de la fréquence du siège a été donnée par Reclus, auquel une série de mensurations à permis de constater une inégalité sensible des deux moitiés de la parabole du maxillaire inférieur. Conformément à la loi qui fait prédominer à droite le développement de nos organes, le côté gauche a 6l6 trouvé le plus souvent de moindre longueur. Il y a en général environ de sept à huit millimètres de variation. |

Le périmètre de la bouche, c’est de constatation facile, est essentiellement différent de l'enfant à l’adulte. Alors qu'il forme un gracieux demi-cercle chez le premier, on

le voit s’allonger en élégante demi-ellipse chez le second.

Cette différence de forme, de volume et de grandeur, est le résultat des modifications que subissent les machoires à l’époque de l’éruption des premières grosses molaires, de la chute et du remplacement des dents de la série temporaire. Ces modifications se traduisent par l'accroissement des maxillaires et portent exclusivement sur la partie postérieure correspondant aux grosses molaires. C'est sur l'espace compris entre la dernière moläire de lait et l'apophyse coronoïde que se fait le dé sveloppement en longueur du maxillaire supérieur et des branches du maxillaire inférieur. j

L’allongement de la mâchoire et la production de l’angle mandibulaire sont donc corrélatifs au développement des organes dentaires. La dent de six ans, quand elle se développe et prend de l'ampleur, fait reculer l'apophyse coronoïde et accroît ainsi l’arcade maxillaire ; à la màchoire supérieure, elle surplombe l'extrémité postérieure du bord alvéolaire et emplit toute la tubérosité maxillaire, dont elle détermine la forme et la saillie, puis le prolongement.

On comprend, dès lors, qu'il y ait, après ce travail osseux additionnel, une transformation du demi-cercle en demi-ellipse et, en outre, des différences de rapport entre la longueur définitive des branches de la mâchoire inférieure et le volume des dents qui viennent s'y implanter.

La dent de six ans va donc naître et prend place immédiatement après la dernière dent temporaire, c’est-à-dire la deuxième molaire de lait. Elle occupera sur l’arcade alvéolaire le sixième rang. Les parois osseuses reconvrant et protégeant cet organe dentaire forment un étui et comme une sorte de crypte qui, débordant un peu la marge alvéolaire, constituent comme une cellule osseuse

O0 presque close, semblable au tissu qui enveloppe une amande.

A la mâchoire supérieure, cette dent s'implante sur le point le plus résistant, le plus épais, le moins extensible du maxillaire supérieur, immédiatement au-dessous du plus fort pilier de la face, entre l’apophyse malaire et la tubérosité maxillaire. A la machoire inférieure, elle se trouve enclavée à la base de l’apophyse coronoïde, au sein même de la branche montante. Cette disposition anatomique donne l'explication de la rareté relative des accidents provoqués par les premières grosses molaires supérieures et, au contraire, de leur fréquence à la mâchoire inférieure. Libre en arrière et sur les côtés, la tubérosité maxillaire, très mince, n’oppose qu'un faible obstacle à l’éruption, tandis qu’à la mâchoire inférieure, la dent se trouve en quelque sorte encapsulée au sein de tissus durs, offrant une résistance à la sortie, surtout dans certaines dispositions de l’apophyse coronoïde.

L'éruption s'effectue par suite de l’élongation graduelle des dents et par l'absorption simultanée des tissus osseux et muqueux superposés. Cette absorption commence par les bords de la face triturante de la couronne, dont la coque osseuse s'affaisse et se résorbe progressivement, pour aboutir à l’atrophie et à l’amincissement par degrés. de la couverture membraneuse, seul obstacle restant pour livrer passage à la dent.

Pour que l'éruption s'effectue normalement, il faut une harmonie complète entre les phénomènes du processus érupüf et entre les divers tissus qui y prennent part,

La relation du contenant au contenu, le rapport de la dent, de la coque osseuse et de la membrane fibro muqueuse qui l'emprisonne, la situation de la dent, sa direction, son volume, l'espace qui lui est dévolu, sont autant

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de facteurs qui interviennent pour faciliter l'éruption ou l’entraver. Le mécanisme de l’éruption dépeñdra donc de Tl'accommodation de la dent de six ans à son milieu.

Si l’on veut bien ne pas perdre de vue que la première grosse molaire est de beaucoup la plus volumineuse des molaires, on comprendra que son évolution el son éruption soient susceptibles d'entraîner quelquefois des désordres.

Or, le défaut de place seul est un obstacle qui peut résulter de la résistance exagérée à la dilatation des parois alvéolaires et du volume excessif de la couronne de la dent. Il peut y avoir étroitesse ou occlusion alvéolaires, insuffisance ou inégalité de développement des maxillai-. res. L'écartement imparfait des lames osseuses des parties coronales ou latérales de lalvéole, qui doivent disparaître, peuvent n'offrir, comme passage, qu'un étranglement annulaire, réalisant un orifice de sortie imparfait, d'où résultera une odontocie, c’est-à-dire une difficulté à peu près insurmontable dans la progression ascensionnelle et dès lors incarcération de la dent.

La dent peul encore être gênée dans son mouvement éruptif par l'insuffisance d'espace résultant soit d’un arrêt de développement ou d’un développement incomplet dans le sens antéro-postérieur ou par dévialion en avant de l'apophyse coronoïde et de la branche montante où leur inflammation. Il en résulte un enclavement de la dent par rapprochement supérieur des lames alvéolaires qui sertissent la couronne, constituant une barrière difficile à franchir.

Le maxillaire, dont le développement est moins rapide quelquefois que celui de la dent, la loge avec peine, lui refuse un espace proportionné à sa forme et à son volume et ne lui permet pas une facile extension à cause de la

pe EN disproportion existant entre l'accroissement tardif de l'os et, au contraire, l’accroissement prématuré de la dent.

Quand le tissu osseux, par une résorplion trop lente et difficile, el la fibro-muqueuse, par son épaississement el sa résislance, entravent la marche et la libération de la dent caplive, il se produit une série de pressions en vue de la délivrance supérieurement sur la couronne et au fond de l’alvéole. L'accident est alors constitué et il se manifeste par des phénomènes aigus du côté de la sur-face, lents, sourds et profonds du côté des racines. Il en résulte une compression et une irritation mécaniques exercées par la couronne sur les tissus durs du maxillaire, faisant obstacle à la sortie, une compression exercée par les racines sur le nerf dentaire inférieur et, par contrecoup, inflammation d’origine mécanique, se traduisant par une ostéite périalvéolaire qui affecte la partie rétrécie de l’alvéole et le tissu spongieux qui entoure la racine.

L'irritation inflammatoire péridentaire amène l'irritalion nerveuse à cause des phénomènes de circulation capillaire et de nutrition dont l’appareil dentaire est le siège pendant la période de travail.

Les accidents nerveux ne surviennent pas seulement dans les cas de dentition difficile ou même laborieuse qui provoquent un afflux sanguin dans le rayon de la dent, mais encore dans les cas ordinaires où 1l y a névralgie odontogénique où névrite périphérique. ,

Dans certains cas, il y a plutôt continuité que violence des accidents. Ce sont ce:x qui engendrent le mieux les gingivo-stomatites variées observées dans le voisinage.

Quant à la muqueuse, devenue fibroïde, elle oppose elle aussi à son tour une résistance au passage de la couronne. 11 se développe là, par suite de ce travail, une tension avec intégrité à laquelle succède une rougeur super-

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ficielle, une inflammation locale, un mâächonnement par compression autour du capuchon dont la couleur varie du rouge vif au violet, puis une ulcération qui ira de la gingivite érythémateuse à la gingivo-stomatite ulcéro-membraneuse, et s’'étendantau voisinage, produira pharyngite. amygdalite, otite, parotidite, adénite et infiltration œdémateuse des muscles, sialorrhée, fétidité de l’haleine, douleurs variéés, désordres sympathiques de siège et de nature divers.

Mais il n’est pas rare, la place ne faisant point défaut, nulle compression, nulle gêne n’existant dans le mouvement éruptif, que les mêmes accidents, les mêmes comphcations se produisent. Il existe donc en dehors des accidents mécaniques des phénomènes morbides compliquant l'éruption. C’est à l'infection locale, bien dénommée poison buccal, qu'il faut les attribuer.

Au point de vue physiologique pur, la bouche est une étuve présentant, par sa température et les phénomènes physiologiques qui s’y passent, des conditions bien propices aux fermentations.

Aussi les microbes pullulent-ils dans la cavité buccale, apportés par l’air, les aliments, les boissons.

La bouche est un milieu où les microorganismes trouvent dans les débris alimentaires, épithéliaux, des éléments de nutrition et de prolifération, réalisant les conditions les plus favorables à leur développement. Ils y trouvent aussi de nombreuses retraites où ils peuvent élire domicile, comme les anfractuosités et les interstices dentaires, la sertissure des dents, les sillons des muqueuses, les cryptes de lamygdale.

Pour exercer leur action, illeur faut pénétrer dans l’organisme. Pour cela, une porte d'entréeel un lerrain sont nécessaires. Les portes d'entrée des germes septiques

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de la bouche sont les érosions de la muqueuse buccale. Ils se traduisent par des tuméfactions et des ulcérations au collet des dents ou sur le capuchon muqueux qui les recouvre avant l’éruption. Quant au terrain, le poison buccal exerce son action et produira des effets variables d'intensité et de gravité, suivant qu'il y sera préparé par un tempérament plus ou moins éprouvé. Sa virulence et ses ravages seront d'autant plus grands que l'organisme lui présentera moins de résistance. La dentition, comme toutes les étapes physiologiques, est étroitement hée avec l'évolution générale de l'individu et son état constitulionnel. ; à

Mais si le maxillaire oppose une résistance sérieuse au progrès de l'infection, il n’en est pas de même de la muqueuse de la bouche qui se décolle, se gonfle, s’infiltre et s’ulcère facilement. Le réseau vasculaire des gencives ne contribue pas peu à augmenter par la transsudation du sang tous les déchets qu'on observe à l’état normal. La structure de son épithélium pavimenteux, comme la desquamation incessante de la muqueuse, constitue une prédisposition si favorable, qu’elle peut être considérée comme une sorle de traumatisme physiologique inhérent : à la structure même de la muqueuse. Donc, le moindre traumalisme du revêtement buccal, et il est réalisé de toute pièce dans le travail d'éruption, aboutit à une ulcération.

La réaction si souvent acide du milieu buccal ne jouet-elle pas elle aussi un,rôle dans les fermentations ? Guinon, cité par Lesage (1), a obtenu les résultats suivants sur 68 examens :

(1) Dyspepsie et diarrhée du premier âge (Revue de Méd., 1888).

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